Sarkozy et la libération des infirmières bulgares : l’addition et les mensonges (Marianne)

Sarkozy et la libération des infirmières bulgares : l’addition et les mensonges (Marianne)

Cafouillages à Paris, coups de clairon à Tripoli. En deux semaines, l’affaire de la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien a pris toutes les allures d’un scandale. Elle est le premier loupé grave de l’équipe Sarkozy qui devrait avoir à s’expliquer à la rentrée devant une commission d’enquête parlementaire. Le joli coup médiatique de Cécilia pourrait ainsi se muer en un sparadrap collant aux basques du gouvernement.

Car un homme parle trop dans cette affaire. C’est Saïf al-Islam, le fils Kadhafi, qui distille les confessions, obligeant chaque fois la partie française à réagir, esquiver, démentir, reconnaître, le tout dans le désordre. Le président Sarkozy, a parlé trois fois. Cela n’a pas suffi. Bernard Kouchner, Claude Guéant, David Martinon, Jean-Pierre Jouyet, Hervé Morin sont entrés dans la danse. Toutes ces déclarations n’éclairassent en rien les conditions de la libération des infirmières, quand elles ne se contredisent pas!

Saïf al-Islam Kadhafi, lui, s’amuse et rend public le montant de l’addition en parlant d’abord au Monde, puis, cette semaine, à l’hebdomadaire Newsweek. « Au moins 300 millions d’euros » pour l’hôpital de Benghazi; « quelque chose comme 400 millions d’euros» pour les familles des enfants contaminés par le virus du sida ; « l’effacement de la dette » de la Libye auprès de plusieurs pays européens – probablement quelques centaines de millions d’euros; les contrats d’armement passés avec EADS (168 millions d’euros pour des missiles Milan et 128 millions pour un système de télécommunications) ; et, enfin, « un gros réacteur nucléaire que nous allons acheter à la France, c’est très cher, je ne sais pas, des milliards… »

« Il n’y a pas eu de contrepartie », martèle Nicolas Sarkozy. A en croire les petits calculs du fils Kadhafi, c’est pourtant en milliards d’euros qu’il faut parler pour évoquer les nombreux deals ayant entouré la libération des infirmières et du médecin! Aucun rapport, se défend-on à Paris, comme si un heureux hasard de calendrier expliquait seul cette avalanche d’accords!

La réalité est tout autre. Officiellement réintégrée dans la communauté internationale depuis 2003 et 2004, avec l’abandon de son programme d’armes de destruction massive, puis les accords d’indemnisation des victimes des actes terroristes fomentés par le régime Kadhafi, la Libye demeurait de facto un Etat paria. A Bruxelles comme à Londres et a Pans, il était acquis que rien ne se ferait en matière de coopération et de ventes d’armes tant que les infirmières et le médecin ne seraient pas libérés.

Nicolas Sarkozy, évidemment au courant des négociations sur les ventes d’armes – engagées dès 2004 et ayant donné lieu à plusieurs réunions interministérielles -, aura beaucoup de mal à accréditer la version que la négociation n’a pas porté sur un « paquet » global. De même, il lui faudra bien s’expliquer sur les conditions demandées par le Qatar, subitement appelé à la rescousse par Paris pour financer une bonne part de l’accord !

François Bonnet

Source: Marianne

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