Scandale dans la filiale camerounaise du Groupe français Banque Populaire-Caisse d’Épargne (BPCE)

Scandale dans la filiale camerounaise du Groupe français Banque Populaire-Caisse d’Épargne (BPCE)

La Bicec, qui se présente comme le premier réseau bancaire du pays, est au centre d’une affaire de malversations qui a conduit plusieurs de ses hauts responsables en prison. Dans le pays, beaucoup se demandent comment les détournements ont pu durer plusieurs années sans être détectés, dans cette filiale du Groupe Banque Populaire-Caisse d’Épargne.

Douala, capitale économique du Cameroun, on ne peut pas manquer le siège de la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (Bicec), installé dans le quartier administratif de Bonanjo : l’immeuble qui l’abrite prend de la place, en surface comme en hauteur. Normal, la Bicec, filiale du groupe français Banque Populaire-Caisse d’Épargne (BPCE), est le premier réseau bancaire du Cameroun, selon son site internet. Ce dernier ne précise pas, cependant, que la Bicec est aussi au centre d’une vaste affaire de détournements : plusieurs de ses hauts responsables ont volé, durant plus de dix ans, des dizaines de millions d’euros. On parle d’au moins 75 millions d’euros ainsi disparus.

La Bicec et le Groupe BPCE sont très peu diserts sur ce sujet qui a commencé à faire les gros titres des médias camerounais début mars 2016, quelques mois seulement après l’arrivée d’un nouveau directeur général à la tête de la Bicec. C’est le quotidien Cameroon Tribune, propriété de l’État du Cameroun, qui a le premier levé le lièvre : il a annoncé que le « directeur de la comptabilité et de la trésorerie de la Bicec », Samuel Ngando Mbongue, était suspecté d’avoir détourné trois milliards de francs CFA (4,7 millions d’euros). Une « enquête interne est en cours », a dû avouer dans un communiqué la direction de la Bicec, affirmant qu’elle prendrait « les mesures nécessaires », mais sans donner plus de détails.

Quelques semaines plus tard, l’histoire s’est un peu précisée lorsque ont été annoncés la démission du directeur adjoint de la banque, Innocent Ondoa Nkou, 68 ans, à ce poste depuis 1997, et le limogeage de cinq de ses collègues. Mieux encore : en juin, la Bicec a déposé une plainte contre X à Douala. Au même moment, ses actionnaires ont été informés que le bénéfice de 2015 avait baissé de 63 % par rapport à celui de l’année précédente, à cause de la fraude dont avait été victime la banque, soit seulement 6,9 millions d’euros de bénéfices. Deux mois plus tard, le 9 août, nouveau rebondissement : Innocent Ondoa Nkou et Samuel Ngando Mbongue ont été arrêtés, ainsi que deux patrons d’entreprises qui ont longtemps travaillé comme sous-traitantes pour la Bicec. Tous quatre ont été placés en détention à New Bell, la prison centrale de Douala. Ils y sont toujours, accusés de faux, complicité de faux en écriture privée, abus de confiance et escroquerie aggravée.

Depuis, la direction de la Bicec refuse toujours d’en dire plus sur la nature et l’ampleur des fraudes. À Mediapart, elle a expliqué : « Nous vous remercions de votre intérêt concernant les malversations dont a été victime la Bicec. Comme vous le savez déjà, une plainte a effectivement été déposée au tribunal de grande instance de Douala. Une instruction judiciaire est en cours et la Bicec ne souhaite pas faire des commentaires y afférents. » Le Groupe BPCE, dont le siège est à Paris, ne veut pas non plus communiquer : « Ce dossier concerne la Bicec. Comme vous le savez, une instruction judiciaire est actuellement en cours par la justice camerounaise. Pour ces raisons, nous ne ferons donc aucun commentaire », a répondu son service de communication.

La Bicec précise que, en tant que filiale du Groupe BPCE, elle « bénéficie de l’expertise et de la solidité financière de ce grand groupe international, tout en conservant son identité camerounaise : prise de décision locale, cadres nationaux… » Le Groupe BPCE est en effet concerné de très près par le fonctionnement de la Bicec, reprise en 2000 par le Groupe Banque Populaire. Le Groupe BPCE en détient aujourd’hui 61,22 % des parts selon le site de la Bicec (le propre site internet de la BPCE parle même de 68,50 %). À ce titre, le directeur général de la Bicec est toujours un Français issu de ses rangs, tout comme plusieurs hauts cadres, dont le secrétaire général, le directeur central de l’audit interne et le directeur central finance de la Bicec. Entre 2003 et 2015, quatre directeurs généraux français venus du Groupe BPCE se sont ainsi succédé à la tête de la filiale camerounaise. Preuve que la Bicec compte pour le Groupe BPCE, son PDG, François Pérol, s’est rendu au Cameroun en septembre 2014 pour une visite de deux jours. Sur le site internet de la Bicec, il apparaît en photos aux côtés d’Ondoa Nkou, par ailleurs chef traditionnel, maire d’une commune, Lokoundje, et membre du parti du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Pérol a aussi rencontré le premier ministre camerounais.

Parmi les autres actionnaires de la Bicec, notons qu’il y a l’État camerounais (17,50 % des parts), mais également l’État français : Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD), possède 7,50 % de la banque. Proparco a en outre prêté plusieurs fois de l’argent à la Bicec : elle lui a fait un crédit de 40 millions d’euros mi-décembre 2015. Soit quelques semaines seulement avant la révélation de l’existence d’un mécanisme de fraudes au sein de la banque.

Malgré le silence des principaux concernés, des médias camerounais ont réussi à obtenir quelques détails supplémentaires sur ce scandale. Ainsi, on sait que le système de fraudes a fonctionné de manière très classique, par le biais de surfacturations et de dépenses fictives. Selon le quotidien Mutations, la Bicec, qui compte 39 agences dans le pays, aurait par exemple acheté 450 véhicules et 1 000 coffres-forts imaginaires.

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