Séka Séka à la barre: «Personne ne nous a dit qu’il y a ralliement. Tous nos chefs avaient fui. Un des chefs est allé dans une ambassade»

Séka Séka à la barre: «Personne ne nous a dit qu’il y a ralliement. Tous nos chefs avaient fui. Un des chefs est allé dans une ambassade»

Le commandant Anselme Séka Yapo Anselme était, le jeudi 11 juin 2015, à la barre pendant plusieurs heures pour donner sa version des faits dont il est accusé. Ici l’essentiel de son échange avec le président du tribunal militaire.

M. Séka Séka, savez-vous les raisons de votre présence ici ?

Oui M. le président. Je suis ici pour répondre des faits de violation de consignes, de meurtres, de détournement de deniers, etc.

Expliquez-vous alors !

Merci à vous. Pour le cas de meurtre qui m’est reproché, il s’agit d’un fait dont je n’ai pas connaissance. Car, le 7 avril 2011, j’ai été commis pour aller chercher des vivres à Bingerville et récupérer le ministre Désiré Dallo à la 7ème tranche. J’étais aussi en charge d’aller prendre Stéphane Kipré à la Riviera Palmeraie.

Au cours de cette mission, mes éléments et moi sommes tombés sur des individus qui nous ont tirés dessus. Mon élément de convoi qui est en tête a essuyé des tirs. J’ai demandé qu’il riposte.Cela a été fait jusqu’à une position où ils ont trouvé le ministre Joël N’Guessan. Ils m’ont rendu compte en disant qu’il y a un monsieur du nom de Joël N’Guessan qui serait conseiller du Président Alassane Ouattara.

J’ai demandé qu’on le sécurise en attendant mon arrivée sur les lieux. Quand je suis arrivé, j’ai demandé à le voir. Il était seul. Il n’avait pas de garde du corps ni de chauffeur. Il était couché à même le sol. Je l’ai aidé à se relever et je lui ai dit que son neveu Stéphane Kipré était avec nous. J’ai pris le ministre et lorsqu’on a pris la direction de la 7ème tranche, on a essuyé à nouveau des tirs. On a riposté. Il faisait nuit et on a rebroussé chemin après l’appel du colonel Ahouman nous informant qu’il y avait une embuscade devant nous.

Sur le chemin du retour précisément à la Riviera 2, on a été pris à partie là-bas. On a réussi à nous dégager grâce à l’Onuci. C’est ainsi qu’on est arrivé à la résidence du Chef d’Etat. Là-bas, je l’ai mis dans une salle avant d’aller rendre compte aux chefs. Mes chefs m’ont dit de faire partir Joël N’Guessan dans une destination de son choix. Je suis surpris d’entendre le ministre dire que mes éléments ont tué ses collaborateurs. C’est la Cpi qui m’a posé la première fois cette question. Depuis lors on ne cesse de me poser cette question. Voici les faits.

Vous pouvez poursuivre!

Lors de la confrontation, le juge a demandé au ministre s’il confirmait cette version des faits. Le ministre a dit qu’il ne m’a pas vu tirer sur son chauffeur mais que je me suis abaissé pour prendre le sang et badigeonner son corps. Je n’ai jamais fait cela. Car, comment comprendre que pendant que son neveu Stéphane se trouve avec moi en route pour récupérer une autorité, je vais faire cela. Concernant la blessure du jeune lieutenant Tchapo Nangui, on était à l’école de gendarmerie pour prendre du carburant. On était au rassemblement quand le capitaine Roland comptait son matériel dans une salle d’à côté, cet élève est venu de la ville.

Il a pris une arme et a commencé à tirer des rafales. Je suis allé vers lui pour lui arracher l’arme. Comme il venait de tirer ma main est rentré dans la détente et en baissant l’arme le tir est parti. C’est un incident de tir. Le capitaine Roland m’a interpellé. Je lui ai dit que je ne l’avais pas fait exprès et que c’était un incident de tir. Je ne savais pas qu’il était élève officier car il revenait de la ville. Pour les faits de détournement de deniers, je m’inscris en faux. On le dit car j’ai des comptes en France, aux États-Unis et en Lettonie.

Je n’ai pas de milliards dans ces comptes. J’ai 1000 euros dans un compte et 3000 euros dans les autres. Je n’ai pas détourné du matériel militaire.

Qu’en est-il de la violation de consigne ?

Je n’ai jamais entendu parler de ralliement. C’est un juge d’instruction qui m’a informé que je suis inculpé pour violation de consignes et refus de ralliement. Je lui ai expliqué que je n’ai violé aucune consigne car j’étais à mon poste à la résidence. Pour moi, à cette période, c’était Laurent Gbagbo qui était le Président de la République. Le 11 avril on a été arrêté emmené au Golf puis à l’Onuci. Je n’ai reçu aucune consigne particulière.

Avez-vous dit l’essentiel ?

Oui M. le président.

Quelle est votre fonction habituelle ?

J’étais aide de camp et chef de la sécurité de la Première dame.

Où exercez-vous les autres fonctions ?

A la présidence de la République.

Qu’est-ce que vous êtes allé chercher à l’école de gendarmerie au point d’en prendre le contrôle ?

Je n’avais pas le contrôle. J’y suis allé pour prendre du carburant.

Séka, avez-vous soutenu que c’est vous qui êtes le nouveau commandant de cette école ?

Je n’ai jamais dit cela. Le 30 mars 2011, j’ai parlé aux élèves gendarmes.

Mais qui était le commandant de cette école ?

C’était le général Guiai Bi poin.

Mais il n’était plus là-bas à un moment donné ?

Il était en fuite.

Qu’est-ce que cela veut dire être en fuite ?

Il était absent de l’école de gendarmerie.

Ok, après sa fuite qui en a pris le contrôle ?

Personne.

Quel était votre pouvoir là-bas ?

Aucun. Juste prendre du carburant ce jour.

Vous aviez dit qu’un officier est sorti et à tirer partout. Vous l’avez interpellé. Mais à quel titre avez-vous fait cela ?

Car j’étais un officier supérieur et j’étais au rassemblement avec les élèves gendarmes.

N’y a-t-il pas d’hiérarchie dans l’armée ?

Si. Mais ce jour-là, j’étais le plus gradé.

Est-ce la raison de son interpellation ?

Oui.

Que vouliez-vous faire avec du carburant ? C’est là-bas le lieu d’exercice de votre mission ?

On nous a dit qu’il y avait du carburant là-bas.

Qui on ?

La hiérarchie m’a indiqué.

Quel est le nom de cette hiérarchie ?

Le colonel Boniface. On pouvait faire des ravitaillements à Cocody, Agban et à d’autres points. C’est ce que j’ai fait.

Habituellement vous vous ravitaillez où ?

A la présidence.

Vous refusez d’aller à la présidence et vous partez à l’école de gendarmerie. Pensez-vous que cela est
légal car vous n’êtes pas commandant école ?

M. le président j’ai demandé.

A qui ?

Roland Yao.

Vous a-t-il donné ?

Il nous a servi.

Et la nourriture ?

Il ne nous servait pas. Nous mangeons à la résidence.

Et les munitions?

Non pas du tout. Nous avions nos dotations au niveau de la résidence.

Qu’est-ce qui s’est passé entre vous et le capitaine Roland lorsque vous avez tiré sur l’élève officier ?

Roland s’est dirigé vers moi. Je lui ai dit que je regrette mon acte car je ne l’ai pas fait exprès. Il avait voulu soulever une polémique, je lui ai proposé d’aller en parler à côté. Il a refusé.

Qui a donné instruction au capitaine Roland de conduire le blessé à l’hôpital ?

C’est moi.

L’avez-vous entendu déjà à la barre ?

Oui mais je sais qu’il ne se rappelle pas.

Qu’est-ce qu’il a dit ici ?

Il dit que c’est son initiative personnelle.

Vous travailliez sous l’autorité de quel chef ?

Du colonel Ahouman.

Sur le terrain qui vous donnait les ordres ?

Le colonel Boniface.

Pourtant, vous êtes intervenu à Cocody, Dokui, Williamsville, etc.

La crise a duré des mois. Au Dokui, j’avais rendu visite à mes parents quand le point des militaires avait été la cible d’attaque. Je n’ai fait que prêté main forte.

Avez-vous rendu compte à qui après avoir tiré sur l’élève officier ?

J’ai rendu compte au colonel Ahouman.

Avez-vous fait sortir des armes de l’école ?

Non.

Comment est mort le chauffeur du ministre Joël N’Guessan ?

Je ne peux rien dire. Je ne le connais pas.

Êtes-vous sûr ?

Oui.

Avez-vous vu le ministre le jour des faits ?

Oui.

Dans quelle circonstance?

Je l’ai vu couché par terre avec ses béquilles.

Qui l’a fait coucher par terre ?

C’est lui même pour se mettre à l’abri des balles. Ce n’est pas nous qui lui avons donné l’ordre.

Etait-il seul ?

Oui.

Avait-il un véhicule ?

Je ne sais pas.

Comment avez-vous su qu’il était parent à Stéphane Kipré ?

Je le connais bien.

Aviez-vous des antécédents avec lui ?

Pas du tout. C’est d’ailleurs pour cette raison que je suis venu à son secours.

Votre cortège n’est pas tombé dans une embuscade ?

Non, sauf les tirs que nous avons essuyés en allant chercher le ministre Dallo.

C’est après la riposte que vous avez vu le ministre ?

Effectivement. Je l’ai vu seul. Il était couché à même le sol. Il était tout tremblotant.

Vous ne l’avez pas menacé en lui disant que c’est vous qu’on cherche ?

Non.

Pour vous le seul président que vous reconnaissez est Laurent Gbagbo ?

Je n’ai pas dit cela.

Qu’est ce que vous avez dit ?

J’ai dit à l’époque des faits que c’est lui qui était élu.

Vous étiez donc à son service?

Oui j’étais à son service.

De la personne ou de l’institution ?

De la personne car je suis aide de camp de Simone Gbagbo et de la présidence de la République. A cette période là j’étais à mon poste. Pendant ma détention à l’Onuci, j’ai appelé le général Kassaraté pour lui rendre de ma position. Il m’a dit reste là-bas car le Chef d’Etat lui a dit de mettre de l’ordre et après il viendra me chercher.

A quel moment avez-vous reconnu l’autorité d’Alassane Ouattara ?

Je reconnais le Président Alassane à partir du 21 mai 2011 dans mon fort intérieur.

Êtes-vous un juriste, gendarme ou un politicien ?

Évitez de nous associer à la politique. Je suis un gendarme.

Quelle est la devise de la gendarmerie ?

Pro patria Pro lege. Donc comprenez qu’on souhaite qu’on ne nous associe pas à la politique.

Vous avez choisi ce métier au service d’une personne ou au service de la patrie ?

Au service de la patrie.

C’est quoi la patrie pour vous ?

C’est l’Etat, la communauté, etc.

C’est à partir du 21 mai que vous avez reconnu les nouvelles autorités ?

Oui. Après son investiture. Disons-nous la vérité.

Pendant tout le temps vous n’avez aucun intérêt à recevoir des consignes venant de lui ?

Je n’ai aucun intérêt car j’étais au poste.

Vous obéissez à quel ordre ?

Aux ordres de Laurent Gbagbo. Personne ne nous a dit qu’il y a ralliement. Tous nos chefs avaient fui.

Pourquoi vous dites cela?

Un des chefs est allé dans une ambassade. D’autres sont restés chez eux. Nous, au niveau de la gendarmerie, nous avions un point de référence.

Pourquoi vous n’avez pas fui aussi ?

Je ne peux pas fuir car je suis l’aide de camp de la Première dame. On était au poste. On va fuir pour aller où?

Pourquoi vous n’avez pas fait comme le colonel Boniface?

J’avais la peur au ventre.

Vos chefs ne vous ont pas dit de faire reddition ?

Non. Que le commissaire du gouvernement ne nous dise plus que du 4 décembre au 11 avril nous étions dans l’illégalité car nous suivons nos chefs. (…). Si on parle de Séka aujourd’hui c’est parce que j’étais de tous les combats pour sauver la République. J’étais à la tête des officiers qui luttaient pour la paix.

Et au bénéfice de qui ?

Des populations.

Êtes-vous sûr ?

Oui.

Est-il normal de faire le rassemblement quand on veut prendre du carburant ?

J’ai profité du moment.

C’est à quel titre ?

Cela n’a rien à avoir. Ils étaient au rassemblement. Je suis commandant et j’ai dit un mot aux élèves.

C’est ce qui a fait dire que vous êtes le nouvel homme fort de l’école ?

Non. Moi même j’ai été blessé dans les affrontements de la Rti donc les élèves sont partis chez eux. Donc voyez-vous que je n’avais pas le contrôle de l’école ?

Pourquoi avez-vous choisi la Lettonie pour ouvrir un compte ?

Car j’y avais mon avocat.

Est-ce suffisant ?

Oui. Mais permettez que je ne vous explique pas en long et en large.

Avez-vous entendu parler de la certification ?

De quoi?

Des élections!

Par qui?

Arrêtez de me poser des questions. Je suis très doux et je sais m’énerver. Ici nous ne sommes pas à un spectacle. Ne me posez plus de question. Avez-vous entendu parler de la certification ?

Non.

Propos retranscrits par Diomandé Mémoué

Correspondant communal

Source: fratmat.info

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