Selon Anaky Kobena, la grogne sociale en Côte d’Ivoire “n’aura de fin qu’avec le départ du pouvoir de Ouattara’’

Selon Anaky Kobena, la grogne sociale en Côte d’Ivoire “n’aura de fin qu’avec le départ du pouvoir de Ouattara’’

Le fondateur du Mouvement des forces d’avenir (MFA, ex-mouvance présidentielle) Innocent Anaky Kobena a affirmé que la grogne sociale qui agite la Côte d’Ivoire depuis quelques semaines “n’aura de fin qu’avec le départ du pouvoir’’ du chef de l’Etat Alassane Ouattara, dans une interview dimanche à ALERTE INFO.

Le gouvernement fait face depuis quelques semaines à une grogne sociale doublée de mutineries à répétition. Est-ce qu’il faut lire cette situation comme les prémices de la fin du pouvoir du président Alassane Ouattara comme vous sembliez l’indiquer dans une récente déclaration ?

Pour tous ceux qui ont une certaine lecture de la situation sociale et politique dans un pays, ce ne sont pas ces émeutes qui sont les prémices de la fin du pouvoir Ouattara. Ces événements ne sont que des suites de ce qui a été pour tout le monde une évidence, c’est-à-dire, les dernières élections en Côte d’Ivoire avec leurs taux de participation qui ont été extrêmement bas. Ces élections ont montré qu’il y a désormais une espèce de rupture totale entre Ouattara et la population de Côte d’Ivoire. Ouattara s’est présenté comme un homme miracle, un messie qui avait tout le potentiel pour faire de ce pays une nouvelle Jérusalem. Mais très vite, les choses se sont délitées et le masque est tombé. Depuis les dernières élections, une chose est certaine, les Ivoiriens ont découvert tous qu’ils se sont trompés sur son compte. Ouattara lui-même le sait. Entre Ouattara et les populations ivoiriennes, depuis décembre 2015, c’est fini. Ces mutineries ajoutées à la grève des fonctionnaires sont des séquences d’un mouvement qui n’aura de fin qu’avec son départ du pouvoir. Une chose est certaine, Ouattara partira de lui-même, on n’aura pas besoin de mouvements ou de violence. Le Ouattara que vous voyez aujourd’hui ne sera plus le Ouattara qu’il a été. C’est un Ouattara déjà fini.

Vous avez dans une récente déclaration soutenu en d’autres termes que cette situation était inévitable au regard de la crise postélectorale qui a mené le président Ouattara au pouvoir…Qu’est ce qui vous faire dire cela ?

En 2011, peu après l’arrivée de Ouattara au pouvoir, je lui avait dit qu’il fallait considérer comme action prioritaire la question des ex-combattants. Je lui avait dit de se débarrasser au plus vite possible de tous les combattants qui n’étaient pas membres des forces armées régulières de Côte d’Ivoire. De trouver le moyen de les désintéresser à la chose militaire. Je lui avais dit également de trouver un financement spécial auprès des bailleurs de fonds ou de la communauté internationale afin de désintéresser ces personnes pour qu’elles sortent de la scène publique ivoirienne. Je n’ai pas été suivi et ce que nous vivons aujourd’hui n’est que la conséquence de cela. Il fallait absolument le faire il y a 5 ou 6 ans. Tant que cela ne sera pas résolu, la Côte d’Ivoire ne sera jamais un pays normal. Avec la manière de procéder de Ouattara ou d’Amadou Gon, je les vois difficilement arriver à des solutions dans la durée. Ils sont enclins à vouloir chercher des demi-mesures pour n’obtenir que l’apaisement qui les intéresse. Ils cherchent l’apaisement et non des solutions définitives aux problèmes.

Quelle solution préconisez-vous pour mettre fin à cette situation délétère dans laquelle se trouve la Côte d’Ivoire ce d’autant plus que vous soutenez que la loi de programmation militaire n’est pas une réponse à moyen ou long terme ?

La seule solution aujourd’hui est politique. Nous sommes devant une impasse politique. Il faut que toutes les forces vives de la nation, toutes les parties à la chose sociale et politique en Côte d’Ivoire se retrouvent pour discuter. Dans ce forum qui pourrait se tenir, il ne s’agira pas de trouver uniquement des solutions aux problèmes spécifiques de quelques groupes socioprofessionnels, mais plutôt de régler l’ensemble des problèmes qui se pose à la Côte d’Ivoire.

Le président du Front populaire ivoirien (FPI) Pascal Affi N’guessan propose des Etats généraux de la République. Souscrivez-vous à cette idée ?

Par rapport à la crise chaude que nous vivons actuellement, ces Etats généraux de la République pourraient éventuellement venir dans un second temps pour repenser totalement ce qui devrait être la Côte d’Ivoire dans l’avenir. Mais dans l’immédiat, ce qu’il faut c’est de convoquer toutes les parties prenantes à la crise, les forces représentatives de la nation ivoirienne à un rassemblement pour trouver des solutions.

A sa mise en place en mai 2005, le Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP) c’était Bédié-Ouattara-Anaky et Mabri. Aujourd’hui le RHDP se réduit à Bédié et Ouattara. Croyez vous comme certains observateurs que 2020 va marquer la dislocation intégrale de cette coalition ?

Le RHDP est déjà disloqué depuis 2011. Car depuis cette date à aujourd’hui, il n’y a pas eu une seule réunion du présidium du RHDP regroupant les 4 ou 5 présidents des partis membres du RHDP. Il n’y a uniquement que des concertations entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. C’est pourquoi au niveau du Mouvement des forces d’avenir (MFA), mon parti, nous avons estimé que le RHDP n’avait plus de raison d’exister. Et nous nous sommes retirés de la coalition depuis 2015. Nous avons tenu un bureau politique extraordinaire au cours duquel nous avons signifié que nous nous retirons définitivement du RHDP. Et ce qui nous a amenés à prendre cette décision, a été le fameux appel de Daoukro. Les ministres Mabri et Gnamien Konan ont été récemment jetés hors de l’alliance. J’ai eu trop vite raison.

Le président Anaky Kobena envisage-t-il se présenter à la présidentielle de 2020 ?

Nous n’attendrons pas 2020 en Côte d’Ivoire pour aller à des élections.

On vous a vu tour à tour aux côtés de Pascal Affi N’guessan au sein du Collectif des partis de l’opposition démocratique (CODE) et Aboudramane Sangaré au sein du Front du refus. Envisagez-vous à court ou moyen terme rendre visite à Laurent Gbagbo à La Haye ?

Le fait que je ne sois pas encore allé rendre visite à Laurent Gbagbo à La Haye ne veut pas dire qu’il y a un problème ou une division entre lui et moi. Je pense avant la mi-année être en France. J’attendrai que ceux qui gèrent ces visites puissent me dire tel jour ton frère Laurent Gbagbo t’attend et je me précipiterai à La Haye pour aller lui dire bonjour et le soutenir. Parce qu’il a besoin de soutien par rapport à ce que nous avons eu à mener ensemble comme lutte politique. Jusqu’à présent dans son procès, rien n’avance et la Cour n’arrive pas à établir quoi que ce soit. Je pense, qu’en dehors de toute considération politique et pour des questions de Droit, qu’il serait normal qu’on puisse lui donner la liberté quitte à prendre toutes les précautions pour qu’au moment venu au niveau de la CPI, il puisse se présenter.

Le ministre Anzoumanan Moutaye qui se présente également comme le président du MFA, a été récemment démis du gouvernement lors du récent remaniement ministériel. Quel commentaire ?

Au niveau du MFA, je tiens à dire qu’on n’a pas arraché le MFA à Anaky Kobenan. J’ai été élu et reconduit président du MFA en février 2014. Jusqu’à présent Anzoumanan Moutaye et les autres n’ont aucun papier qui les désigne comme les responsables du MFA. Il y a juste l’acte de dépôt de leur congrès extraordinaire au ministère de l’Intérieur. Cet acte ayant été attaqué à la justice, tant que la justice ne s’est pas encore prononcé, ils ne sont habilités en rien à parler au nom du MFA ou à user de ses couleurs ou de son logo. S’ils le font, c’est de manière totalement illégale parce qu’ils ont le pouvoir de leur côté. Anzoumanan Moutaye a fait une pyramide de faux qui a commencé à l’emporter. Ceux même qui les ont fiancé, commandité, pour aller faire ce faux ne croient plus en eux. Les trois députés du MFA ont été battus aux dernières élections législatives et nous savons qu’ils ont été battus grâce à des manœuvres des responsables du RHDP. Donc, le RHDP ne veut même plus d’eux. Anzoumanan Moutaye a été chassé du gouvernement parce que le gouvernement d’Amadou Gon, par rapport à son développement pour 2020 n’a pas besoin de ce genre de boulets inutiles. Au fond, il ne sert à rien au RHDP qui n’a pas besoin de lui. Si Ouattara et Bédié ont rejeté Mabri et Gnamien, ce n’est pas sur Anzouman Moutayé qui n’est rien et n’a rien qu’ils vont s’attarder. S’il avait un peu de culture politique, il comprendrait qu’il a été purement et simplement utilisé contre Anaky.

Par Serge Alain Koffi

Source: Alerte info

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