Selon Jean-Louis Debré, Sarkozy  est un “chef de clan” sans “aucun sens de l’Etat”

Selon Jean-Louis Debré, Sarkozy est un “chef de clan” sans “aucun sens de l’Etat”

Jeune retraité du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré n’a pas attendu longtemps avant de lâcher les coups qu’il a dû retenir pendant ses neufs ans en fonctions. Et sans surprise, c’est d’abord l’ennemi au sein de son camp Nicolas Sarkozy qui en prend pour son grade, dans le journal de bord que publie l’ex-ministre chiraquien.

Libéré, délivré. Jean-Louis Debré n’est plus président du Conseil constitutionnel depuis qu’il a passé la main à Laurent Fabius, le 8 mars dernier. Pendant ses neuf ans à la tête de l’institution, l’ancien ministre et président de l’Assemblée nationale devait respecter un strict devoir de réserve. Mais il consignait soigneusement des notes dont il fait aujourd’hui un livre en forme de journal de bord, Ce que je ne pouvais pas dire (Robert Laffont). Et à en lire les bonnes feuilles publiées par ce jeudi 14 avril, cela fait mal ! Surtout pour son ennemi juré, Nicolas Sarkozy, avec lequel les relations ont été notoirement tendues pendant tout le quinquennat de ce dernier.

Jean-Louis Debré dénonce notamment l’attitude de Nicolas Sarkozy après la censure par le Conseil constitutionnel, en février 2008, d’une partie de la loi sur la rétention de sûreté. Le chef de l’Etat confie alors une mission au premier président de la Cour de cassation pour “trouver un moyen de contourner notre jurisprudence”, écrit Debré. Qui ne se retient plus : “Rien ne m’étonne plus de Sarkozy. Il n’a aucun sens de l’Etat. C’est un chef de clan auquel il est interdit de résister, surtout au nom du droit.”

Debré raconte au passage que Nicolas Sarkozy l’avait carrément appelé pour faire pression sur lui avant la décision du Conseil constitutionnel. “C’est moi qui l’ai voulue, je m’y suis engagé. Tu ne dois pas y toucher”, lui aurait intimé le président. “Cette agressivité, qui ne me surprend pas chez lui, me paraît inadmissible à l’égard d’une institution comme la nôtre”, s’indigne aujourd’hui Jean-Louis Debré.

Les pressions de Sarkozy avant l’examen de ses comptes de campagne

L’auteur raconte aussi l’un de ses entretiens avec Nicolas Sarkozy alors que celui-ci n’est plus à l’Elysée, en janvier 2013. “Il me redit qu’il n’a pas l’intention de briguer un nouveau mandat présidentiel, mais sera peut-être dans l’obligation de le faire. ‘Si je suis réélu, ajoute-t-il, je ferai appel à toi pour présider de nouveau le Conseil constitutionnel, car rien n’empêche après un temps d’absence que tu reviennes’. Une manière à peine voilée de m’inciter à faire en sorte que le Conseil réfléchisse bien avant de statuer sur la décision concernant ses comptes de campagne. Du pur Sarkozy !

Peine perdue : six mois plus tard, les Sages . Jean-Louis Debré ne s’en cache pas : il était parmi les membres du Conseil constitutionnel qui ont plaidé pour cette décision. “Accepter qu’un candidat à la présidence de la République et a fortiori le président sortant puisse ne pas être sanctionné s’il n’a pas respecté les règles légales en dépassant le montant des dépenses fixées, c’est laisser croire que la loi n’est pas la même pour tous, et ajouter au discrédit qui touche toute la classe politique”, justifie-t-il.

Dati “petite fille gâtée”, Juppé qui abandonne Chirac…

Nicolas Sarkozy n’est pas la seule cible de Jean-Louis Debré, très peu avare de critiques. L’ancien patron du Conseil constitutionnel raconte ainsi ce jour d’avril 2008 où il croise Rachida Dati à un colloque à Doha. Elle se conduit comme une ‘petite fille gâtée’, exige un coiffeur à 11 heures du soir, traite l’ambassadeur comme son valet, est en retard au déjeuner officiel… Je suis obligé de demander à nos hôtes de commencer sans elle tant j’ai honte de son comportement.”

Alain Juppé en prend aussi pour son grade. Par exemple lorsque Jean-Louis Debré constate, en 2012, que le maire de Bordeaux a quelque peu pris ses distances avec Jacques Chirac. Il “ne s’est pas souvent déplacé depuis cinq ans pour lui rendre visite à son bureau de la rue de Lille”, rapporte Debré, fidèle d’entre les fidèles de l’ancien président. ‘Si je ne viens pas souvent, m’a-t-il dit pour se justifier, c’est que cela me fait mal de le voir dans l’état où il est maintenant’. Cette réflexion résume bien Juppé, qui ne s’est manifestement pas demandé si cela aurait fait du bien à Chirac qu’il lui accorde un peu de temps… Trois petits points lourds de reproches.

Louis Hausalter

Source: Marianne.net

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