Seydou Compaoré : «Fatou Diendéré née Diallo était ma femme»

Seydou Compaoré : «Fatou Diendéré née Diallo était ma femme»

Que de rendez-vous manqués avec cet homme bien connu des Burkinabè et qui s’est bâti une solide réputation d’animateur, d’abord sur les antennes de radio Haute-Volta aujourd’hui radio Burkina, avant de poursuivre sa carrière dans les médias privés. Pourtant avec son parcours professionnel haché à la fonction publique et une vie privée tumultueuse, Seydou Compaoré, dit Compaoré Seydou, ou encore Let’s go my friend pour les intimes, puisque c’est de lui qu’il s’agit, avait bien de choses à raconter aux Burkinabè. Surtout que son histoire se confond par moments avec celle de cet ex-honorable député qui n’était autre que l’épouse du patron de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle, le général Gilbert Diendéré. Un sujet sur lequel toute sorte de rumeurs ont circulé depuis plusieurs années et autour duquel, le principal intéressé a toujours gardé un mutisme sur ses supposés liens avec Fatou Diendéré. Fallait-il donc attendre l’embastillement du général pour le voir enfin sortir de sa réserve, et accepter de rétablir la vérité ? Rien n’est moins sûr, même si notre interlocuteur a choisi d’esquiver certaines questions y relatives et qu’il juge pour le moment très sensibles. Mais dans cette interview qu’il nous a accordée, Seydou Compaoré nous parle de sa carrière à la radio nationale, de ses bisbilles avec Ynoussa Sankara, et affirme sans ambages que Fatou Diendéré fut sa femme. Lisez plutôt ! 

Si je vous demandais de vous présenter à nos lecteurs surtout à la jeune génération, que diriez-vous ? 

Je m’appelle Seydou Compaoré. J’ai 74 ans aujourd’hui et je totalise près de quarante ans de métier. J’ai d’abord commencé comme technicien avant de devenir animateur. Ma vie, c’est la radio et c’est tout ce que je sais faire. C’est un métier qui m’a beaucoup passionné. Malgré mon âge, j’ai toujours du plaisir à parler au micro. Actuellement, je travaille avec Horizon FM et collabore avec le studio d’animation du marché central de Bobo. C’est tout ce que je sais faire. Avec mon expérience, j’arrive à fidéliser des auditeurs à travers des émissions auxquelles ils prennent activement part.

Comment avez-vous embrassé cette carrière ?

Je suis venu à la radio grâce à Joachim Zongo. C’est lui qui m’a amené à la radio nationale en 1971. J’ai commencé par la technique où mon rôle était simplement d’enregistrer. J’ai fait huit ans de bénévolat avant d’être embauché à la Fonction publique en 1979. C’est à partir de là que j’ai commencé l’animation à la radio rurale où j’ai fait près de dix ans. Ensuite, j’ai été affecté à la radio nationale où j’ai fait cinq ans pour ensuite être reversé à la télévision. J’avais une émission qui était très prisée par les téléspectateurs et qu’on appelait Reem dogo ou folklore de chez nous. Mais je vous apprends que je n’ai pas quitté la radio nationale par mon propre vouloir. J’excellais plus à la radio, mais seulement l’environnement ne m’était pas trop favorable.

Qu’est-ce à dire ?

Je faisais les communiqués et le concert en mooré. Il y avait aussi feu Ynoussa Sankara qui était plus un rival pour moi qu’un confrère. Ce monsieur, je vous le dis en vérité ne voulait pas me voir de ses yeux. Il nourrissait une haine viscérale contre ma personne parce que tout simplement nous faisions la même chose à la radio, et de nombreux auditeurs avaient beaucoup d’admiration pour moi. Je crois savoir que sa cote de popularité auprès des auditeurs avait commencé à baisser et il le digérait très mal. Mais en 1978 il a embrassé une carrière politique et il a eu un poste de député sous la bannière de l’UNDD de Macaire Ouédraogo.

Vous étiez alors le seul capitaine à bord puisque celui que vous présentez comme un rival à la radio siégeait désormais à l’Assemblée. 

C’est plutôt lui qui avait des problèmes avec moi et non le contraire. Mais il n’a pas beaucoup duré à l’hémicycle puisqu’avec le coup d’Etat de Saye Zerbo en novembre 1980, l’Assemblée a été dissoute et il est revenu à la radio. Mais mal lui en a pris, puisqu’avec cette fonction politique qu’il venait d’occuper, il n’inspirait plus confiance auprès du public. Je vous dis franchement que les auditeurs ne voulaient plus l’entendre parce qu’il faisait plus de la politique sur les antennes que de l’animation. La crise entre lui et moi ne faisait que s’exacerber et la principale pomme de discorde était le concert des auditeurs en mooré les samedis à partir de 14 heures, que chacun voulait animer. Le directeur Joachim Zongo a fini par trancher en ouvrant une nouvelle tranche pour moi les jeudis à partir de 23 heures. Donc c’était à Ynoussa Sankara d’animer les samedis à 14 heures, une période de grande écoute. Et moi j’avais réussi à rassembler mes auditeurs à 23 heures avec une chanson en mooré qui voulait dire tout simplement que l’heure du concert est arrivée et ceux qui dorment n’ont plus qu’à se réveiller. Beaucoup d’auditeurs avaient énormément du plaisir à m’écouter et même si on reculait l’heure de ce concert à tard dans la nuit, il y aurait eu toujours des gens pour faire l’ambiance avec moi. Malgré tout, Ynoussa Sankara a toujours cherché à me nuire au point de me créer des ennuis judicaires.

Il est vrai que vous avez fait la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Peut-on savoir les vraies raisons de votre incarcération ? 

C’est une histoire montée de toutes pièces par Sankara Ynoussa en 1985. Il était en ce moment le délégué CDR du secteur 10 de Ouagadougou et avait une forte influence dans le milieu. J’ai reçu un jour deux visiteurs à mon domicile, venus pour aborder avec moi un sujet avec lequel je n’avais rien à voir. J’ai fini par croire qu’ils étaient venus pour m’escroquer et je me suis débarrassé d’eux le plus vite possible. Quelques jours après, je reçois la visite du commandant de la brigade territoriale de gendarmerie du nom de Dramé Seydou. Il dit être venu pour me conduire à la brigade pour une affaire me concernant. Lorsque j’y suis arrivé, on m’installe auprès des deux premiers visiteurs que je soupçonnais de mauvaise foi et que j’avais renvoyés de chez moi. On me demande si je les connaissais. Je réponds par l’affirmative tout en précisant qu’ils étaient passés chez moi récemment mais que je ne les avais pas écoutés. Ils parlaient d’une histoire de décès et je pensais plus qu’ils étaient venus pour m’escroquer. Et contre toute attente, le chef de brigade me fait savoir que les deux jeunes m’accusent de leur avoir extorquer la somme de 298 000 F. Je n’en croyais pas mes oreilles. Mais par la suite j’ai compris que c’est un coup monté par Sankara Ynoussa pour me mettre sous l’éteignoir.

Et comment savez-vous que c’était un complot fomenté par Sankara Ynoussa contre vous ? 

Il était très puissant sous la révolution et circulait à bord d’un véhicule en compagnie des CDR. Il était aussi toujours armé d’une kalachnikov. C’est avec son statut de délégué CDR qu’il a réussi à influencer la gendarmerie. J’ai été placé en garde à vue pendant 72 heures avant d’être libéré. Après j’ai été reconvoqué avec cette fois des menaces sérieuses de m’envoyer à la MACO si je ne me décidais pas à rembourser l’argent que j’aurais pris avec les deux jeunes hommes. J’ai demandé à la gendarmerie qu’il serait mieux d’enquêter sur les deux plaignants quant à l’origine de la somme dont il est question avant de jeter leur dévolu sur moi. Mais un ami m’a suggéré de m’engager à payer sinon je pourrais perdre mon emploi si je vais en prison. Une proposition que j’ai fini par accepter.

Pensez-vous alors avoir été victime d’une injustice ?

Bien sûr que oui. Je me vois obligé de rembourser de l’argent que je n’ai pas pris. C’était la raison du plus fort avec ces CDR. Et à l’époque, gare à celui qui osait les contredire. La gendarmerie, à mon avis, n’a fait qu’exécuter les ordres du délégué CDR qu’était Ynoussa Sankara. Il me fallait maintenant négocier avec elle (la gendarmerie) sur les conditions de remboursement puisque j’avais un salaire mensuel de 33 700 F à la radio nationale. Je pourrai même vous montrer mes bulletins de salaire que je garde toujours. Ainsi donc, on me prenait 25 000 F par mois et il ne me restait plus que 8 700 F, ce qui est insignifiant pour un père de famille. Cela a duré cinq mois et au sixième mois, la gendarmerie m’a demandé de laisser tomber. Je pensais que c’était fini alors que mes détracteurs étaient en train de passer à la vitesse supérieure. Quelques jours après, j’étais de nouveau convoqué à la gendarmerie et vers 16 heures on me conduit devant un juge qui m’a signifié mon transfèrement à la maison d’arrêt pour mon refus de me présenter à un procès me concernant. Et tout de suite il a dressé un mandat contre moi et les gendarmes m’ont immédiatement conduit à la MACO. J’avoue que personne ne m’a parlé d’un procès par rapport à cette affaire jusqu’au jour de mon incarcération. Et c’est Sankara Ynoussa qui a fait le tour de la ville pour informer les gens que j’ai été emprisonné pour escroquerie. Des amis m’ont rendu visite à la prison et me l’ont dit avec des preuves. Mais par la grâce de Dieu, j’ai été libéré après des mois de détention.

Aviez-vous fini de purger votre peine ou est-ce que ce sont des circonstances qui ont concouru en votre faveur ? 

J’ai été libéré grâce au président Thomas Sankara. Nous étions à l’époque de la révolution et comme vous le savez, le sport était très prisé par les révolutionnaires. Un jour, Il y avait à la MACO un match de football entre les autorités politiques et les prisonniers. Le président Sankara et Blaise, qui était ministre de la Justice à l’époque, ont pris part à la rencontre ; et moi étant reconnu comme animateur et homme du micro, j’ai été chargé de la narration du match, puisqu’ils avaient installé des hauts parleurs autour du terrain. Dans mes commentaires, j’essayais de galvaniser les prisonniers et on sentait que j’avais pris parti pour eux. Cela n’a pas échappé à Blaise Compaoré qui écoutait mon commentaire pendant le match. Et après, il est venu me voir pour comprendre pourquoi je manifestais tant de sympathie pour les pensionnaires de la MACO qui ont d’ailleurs gagné le match par cinq buts à un. Je lui ai d’abord montré ma tête rasée comme tous les détenus avant de lui faire savoir que j’étais moi aussi prisonnier. Il était logique pour moi de supporter les détenus puisque j’en étais un. Blaise Compaoré était surpris et il a tout de suite alerté son ami Sankara pour lui demander s’il me connaissait. Sankara a répondu par l’affirmative parce que lorsqu’il était encore à Pô, il jouait avec l’orchestre Missile Band, et c’est moi qui faisais les enregistrements. Sankara était un grand guitariste. Après concertation j’ai été libéré parce qu’il n’y avait aucune preuve contre moi. J’ai été tout simplement victime d’une injustice. J’occupais la chambre 6 à la MACO en compagnie de Moussa N’Gom, (1) de Drissa Traoré, dit Saboteur et d’un Mauritanien dont j’ai oublié le nom.

Après votre sortie de prison, comment s’est effectuée la reprise pour vous à la radio ? 

Je dois ma réinsertion sociale et professionnelle à Moustapha Labli Thiombiano, le P-DG des chaînes de radio Horizon FM, qui a cru en moi et qui m’a aidé à me reconstruire. Il a suivi l’affaire de bout en bout et même qu’un jour il a dénoncé sur les antennes l’injustice politique dont j’ai été victime. Je pense aussi à Sidnaaba de la radio Savane FM. Ce monsieur aussi avec qui j’ai travaillé m’a beaucoup soutenu moralement, financièrement et matériellement. Je dois surtout mon retour au micro grâce à Moustapha et à Sidnaaba. Je ne veux pas revenir ici sur certains détails, mais sachez tout simplement que je ne saurais jamais oublier ces deux personnes que je viens de citer. Aujourd’hui j’anime à Horizon FM Bobo mais je peux vous assurer que je ne vais jamais quitter cette maison. J’ai eu des contacts mais je veux être reconnaissant à ce Labli Thiombiano qui m’a remis sur les rails après la prison.

Vous êtes moréphone et pourquoi avoir choisi de vous installer à Bobo qui est plus dioulaphone ? 

Mais à Bobo on parle bien le mooré. Je suis ici depuis des années et toutes les émissions que j’anime sont très bien suivies par les Bobolais. Je suis chaque fois assailli de coups de fil et même que souvent je n’arrive pas à répondre à tous les appels.

Pourtant selon certaines informations, c’est l’ex-chef du RSP, Gilbert Diendéré, qui vous aurait sommé de quitter Ouaga ?

Pas du tout. Ce sont les manœuvres déstabilisatrices de Sankara Ynoussa qui m’ont finalement obligé à partir de la capitale. J’ai tout simplement choisi de m’installer à Bobo.

Avez-vous connu Gilbert Diendéré ?

Oui mais je n’en dirai pas plus 

Avez-vous connu Fatou Diendéré née Diallo ?

Fatou était ma femme. Et jusqu’à l’heure où je vous parle il y a toujours un respect mutuel entre son père Sibiri Diallo et moi. Mais je ne voudrais pas qu’on parle de ça maintenant ?

Etiez-vous officiellement marié et avez-vous eu des enfants avec Fatou ? 

Je ne peux pas répondre à ces questions pour le moment. S’il vous plaît, parlons d’autres choses.

Vous ne devriez plus être inquiet puisque Gilbert Diendéré est en prison ? 

Vous n’êtes donc pas au courant de sa tentative d’évasion ? Je préfère qu’on laisse tomber ce sujet pour le moment. Je me donne un temps de réflexion pour rassembler tous les éléments de preuves nécessaires avant de vous faire signe. Je vous demande de patienter encore.

Et pour conclure. 

Je souhaite tout simplement une bonne et heureuse année à tous les Burkinabè et que le pays retrouve la paix et la quiétude. 

Propos recueillis par Jonas Apollinaire Kaboré 

Note (1) Ancien Secrétaire exécutif de la CEAO, ancêtre de l’UEMOA, incarcéré suite à l’affaire Diawara. Le Mauritanien en question, du nom de Sy, était à la MACO dans la même affaire

Source: lobservateur.bf

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