Simone Ehivet Gbagbo: Une Prisonnière Qu’on ne Casse Pas

Simone Ehivet Gbagbo: Une Prisonnière Qu’on ne Casse Pas

Simone Ehivet Gbagbo, coupable de participer à l’exécution du projet de libération nationale, suspectée d’adhérer aux idées anticoloniales, a été dès les années ’70, intimidée, arrêtée, emprisonnée, et humiliée dans des camps disciplinaires d’endoctrinement antinationaliste créés par le PDCI-RDA de Houphouët Boigny. Puis dans ceux du RDR de Alassane Ouattara, qui révèlent la barbarie d’un régime civilo-militaro-analphabète au pouvoir depuis 2011. Et qui demeure aujourd’hui, avec certains Etats Asiatiques, l’un des plus répressifs de la planète.

Persécutée par la DST 

Ainsi donc, pour son militantisme et pour sa lutte en faveur du multipartisme, Simone Ehivet a été plusieurs fois emprisonnée et torturée dans les années ’70-’90. Mais elle n’a pas cédé à la peur et aux douleurs. Filée, harcelée, intimidée, après le départ en exil de son époux Laurent Gbagbo, elle ne se conforte pas dans l’exil intérieur qui consiste à embrasser le silence et à chausser l’injustice. Elle refuse d’être une séquestrée en liberté dans son pays. Elle refuse que la peur endorme sa parole. Elle a le talent, la force de caractère, et les arguments pour persévérer et décrier les abus qu’elle récuse.

“Mourir debout que vivre à genoux,” Simone la tient déjà cette sagesse. Le retour d’exil de son époux ne change rien dans son engagement. D’abord parce qu’elle est Simone, ensuite parce que, ce n’est pas Laurent Gbagbo qui l’a amenée en politique ni façonné son engagement patriotique. Alors, son calvaire ne s’arrête pas. Le couple est maintenant le centre d’intérêt de la DST qui les interpelle régulièrement et les soumet à des interrogatoires harassants. Simone, au courage prodigieux, affectionne ces moments de questions-policières opposées aux réponses non d’intellectuelle, mais d’idéologue, qui irritent mais suscitent admiration, et revoient certains flics étudier la pensée philosophique de Gauche. Un succès!

Un Nom qui Rythme avec Odienné 

Mais victime de la “lutte contre l’hydre néocolonialiste,” elle est kidnappée le 11 Avril 2011 par les forces spéciales Françaises et confiée aux rebelles de Ouattara qui lui infligent un traitement humiliant au Golf Hôtel. Frappée, partiellement déshabillée, insulter, traiter de “sorcière,” foulard déchirée, et les cheveux arrachés par Kandia Camara, une analphabète nommée ministre de l’éducation, qui a confirmé son illettrisme avec des mots de son cru comme “capturation,” “recrutation,”….arrestation des cours,…Un vrai “génocide intellectuel.”

Après les avanies du Golf, elle est déportée à Odienné. Séquestrée dans une résidence “protégée”—pour reprendre l’expression du milieu, elle y passe plus de quatre ans de privation. Dans sa case-résidence-protégée-surveillée-de-déportation, tenue secret, Simone Ehivet Gbagbo vit dans l’isolement et la solitude. “A part quelques privilégiés tel que Mgr Antoine Koné, évêque d’Odienné, personne n’a accès à elle.” Même pas sa famille. Ni les responsables du Front populaire Ivoirien qui révèlent, “nous avons rencontré les autorités administratives pour leur exprimer notre volonté de rendre visite à la première dame ou, tout au moins, lui faire des dons. Mais, elles nous ont signifié que c’était impossible.”

Ce viol d’un des droits élémentaires du prisonnier par Alassane Ouattara n’étonne personne. Il est arrivé au pouvoir par effraction en violant la constitution. Il s’y maintient en violant les règles les plus simples qui régissent une nation. Tout en réveillant les méthodes Hitlériennes. Ainsi, la déportation, l’emprisonnement, et l’isolement servent de moyens pour intimider une population considérée comme susceptible de s’opposer à l’impérialisme occidental dont il est le garant en Côte d’Ivoire.

Simone n’en a cure. Dans la région du Denguélé, “son nom rime désormais avec Odienné—sa ville prison.” grâce à elle, cette cité est devenue célèbre. “Sur toutes les chaînes étrangères, quand on parle de Simone Gbagbo, on dit le nom d’Odienné.” Une aura décrite par un Odiennekois, qui déchaîne passions et suscite de nombreux débats. 

Traitée Comme une Ennemie  

Arrêtée, interrogée, condamnée… humiliée, Simone Gbagbo n’est pas le type de prisonnier que l’on casse. D’une arrestation à l’autre, elle est interpellée en 1990. Le 18 Février 1992, aux côtés de Laurent et des principaux leaders du parti, lors d’une marche non-violente, protestant contre l’invasion musclé de la résidence universitaire d’Abidjan suivie du viol des étudiantes, elle est arrêtée et soumise aux pires tortures. Inhumanité orchestrée par Alassane Ouattara—premier ministre imposé à Houphouët par le Capital qui préparait déjà son installation à la tête de la Côte d’Ivoire.

Au camp Gallieni, elle est livrée à la soldatesque semi-coloniale Ivoirienne ou elle a “été avilie.” Transportée inanimée au CHU de Yopougon, elle restera dix-huit jours avant d’être transférée à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan–Maca– où elle est détenue au quartier Kremlin réservé aux femmes. Jugée pour tentative de subversion, elle est condamnée à deux ans de prison ferme. Mais elle sera libérée au bout de six mois de détention, graciée par Houphouët, l’exécutant du système francafricain à qui il avait été ordonné de procéder à cette libération pour se faire la virginité d’homme magnanime.

Se souvenant de cet épisode, elle confie ceci à l’Express en 2001. “Au côté des hommes, j’ai mené des combats très durs contre le régime en place. J’ai fait six mois de prison. J’ai été battue, molestée, presque laissée pour morte. Après toutes ces épreuves, il est normal qu’on ne badine pas avec moi.”

C’est dit! Et c’est clair. La terreur, Simone la connaît. La résistance, elle l’a en elle. Torturée par les garde-chiourmes de Ouattara après le coup d’Etat de la France, interrogée sans arrêt pendant de longues heures consécutives, forcée à donner des informations que bien souvent elle n’avait pas, traitée comme une ennemie, elle est restée digne. L’inventivité, l’invective, le cynisme de ses tortionnaires, et les méthodes Birmane et Chilienne qui lui sont appliquées n’affectent pas son opiniâtreté.

L’arbitraire de ses arrestations, la durée de sa détention avant le procès, la sévérité des peines prononcées pour des “délits” spécialement inventés voire non commis tout comme l’arsenal juridique créé pour contrer sa bataille pour la souveraineté nationale, participent au même titre que les exécutions sommaires, la torture et les exactions sur les militants du FPI et leurs proches, suspectés d’être des dissidents politiques sans que rien ne prouve qu’ils collaborent avec cette organisation politique, ou qu’ils ont un lien idéologique avec ce parti en lutte.

Maintenue en isolement, aucun jugement oral et public n’est réalisé qui aurait pu l’innocenter ou la condamner. Mais une fois l’instruction déclenchée, beaucoup de polémiques suivent. Les juges du tribunal militaire sont incapables de qualifier les chefs d’accusation et les soutenir par des faits probants. Qu’à cela ne tienne, elle doit faire les frais de cette politique d’exclusion violente de Ouattara, dont le maitre mot est la terreur. Simone Gbagbo est condamnée en 2015, à 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Un chef d’accusation retenu avant l’instruction qui enfonce ce procès à trous parce que émaillé de nombreux manquements, et “considéré par tous comme insatisfaisant.” Surprise? Non. Les condamnations sous la dictature Pinocheto-Ouattara, en plus d’être arbitraires, sont souvent très lourdes.

Privée de Soins Mais Pas de Dance 

Simone Ehivet reste inflexible. Ouattara qui ne tarit pas d’idées diaboliques s’était aventuré à autre chose. Priver la première dame de soin pour l’affaiblir et obtenir sa reddition. Cet essai a été comme un coup d’épée dans l’eau.

En 2013, transférée du goulag du nord à la PISAM, à Abidjan pour des soins médicaux, elle avait été après une semaine ramenée manu militari “le 8 Mai sous anesthésie vers une destination inconnue par des hommes en armes, sans aucun document officiel approprié… Même l’appareil judiciaire légal n’avait aucune idée de sa destination.”

Trois ans plutard, à l’ouverture solennelle de la cour d’assises Ivoirienne le 9 Mai 2016, une autre session durant laquelle elle sera jugée pour de supposés crimes contre l’humanité, elle arrive tout sourire bien que malade sans soins depuis onze mois.

Digne, déterminée, elle exquise quelques pas de Zouglou dans le prétoire sur un titre de Abou Galliets—“Devant c’est maïs” que la CPI déteste et qui saoule Bensouda. Plus que des pas de dance, son autorité, fait contagion. Forces de l’ordre, avocats, greffiers, et juges, admiratifs, se mettent au rythme de ce morceau entonné par ses admirateurs venus lui apporter leur soutien.

Capacité à Résister

On comprend dès lors que rien ne peut freiner l’ardeur de cette femme pour la libération de son pays. Rien! Même la maladie n’a aucun pouvoir d’altérer sa détermination, son moral, et sa combativité. Elle demeure dans l’épreuve une femme imposante.

Pour comprendre son abnégation et sa capacité à résister aux tortures, à la violence carcérale, à l’humiliation, il est important d’analyser lucidement son parcours. D’interroger le sens que prend l’engagement politique pour elle. De comprendre comment elle perçoit cet engagement. Mais surtout avoir en conscience qu’elle n’a jamais cherché à élaborer son histoire, ni donner de façon motivée, des pièces à l’écriture testimoniale de son activisme politique.

Ce qui lui permet de tenir face à l’épreuve de la torture, ce n’est pas sa force physique. C’est avant tout le sentiment de devoir patriotique, la pratique des valeurs éthiques telles que la loyauté, la persévérance et la dignité, incontournables pour acquérir la liberté de penser et d’agir.

L’honneur—Ce qu’elle n’a jamais recherché, ne suffirait pas d’un autre point de vue à expliquer son refus de la compromission et l’attachement à ses convictions politiques dans la souffrance. Car outre entre autres son rêve d’un pays où l’offre en éducation équilibre la demande en emploi, un pays où l’accès au soin de santé est un acquis pour tous, un pays où la créativité est une expression libre, un pays libérer de l’analphabétisme, et de grandes pandémies, un pays où la pauvreté recule, son “ambition,” c’est que les Ivoiriens aient “un pays moderne, comme il en existe en Amérique, en Europe où en Asie.”

Son choix idéologique et sa constance pour la souveraineté politique et économique de son pays, est doublé de son combat identitaire qui consiste à révéler aux femmes la force qui dort en elles. Un atout qu’elles devraient exploiter pour assurer leur libération, mais également celle de leur nation. De cette ségrégation positive, elle “rêve aussi d’un pays où les femmes se retrouvent avec les mêmes possibilités que les hommes.” Cet autre front de combat est un élément d’explication supplémentaire de sa résistance.

Périr en Prison que Trahir la Cause

Simone, la prisonnière du “système” sait aussi que pour “résister, la seule alternative plausible face à une vie de honte et de trahison est la mort.” Tout effort de se préserver semble secondaire. Ce qui lui importe, c’est de ne pas “trahir” la lutte. Donc les siens. Et de ne pas manquer à son “devoir.” Celui dont chaque génération à l’obligation d’accomplir.

Ses entraves à l’injustice et à l’oppression l’ont ligotée derrière les barreaux. Dépossédée des siens, du soleil, de l’air frais, de l’horizon visuel, mais heureusement pas de sa joie ni des raisons de son engagement politique. Indignée mais déterminée, elle tient debout face à l’adversité.

Simone pourrait périr en prison, mais elle ne pourra jamais sous la torture ou la violence tomber dans la déchéance. Les raisons qui la font résister sont au-delà du discours de son parti. Elle répond à un idéal moral qu’elle ne compte pas sacrifier. Puisque “la mort vaut mieux que la honte.” Aussi, dans sa capacité de ne pas céder, il y a cette valeur caractéristique de la femme à endurer en silence ses peines et souffrances.

Feumba Samen

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