Soro et le « jaillissement » imprévisible (Par Germain Séhoué)

Soro et le « jaillissement » imprévisible (Par Germain Séhoué)

Dès son retour de voyage, ce samedi 21 octobre 2017 à l’Aéroport international Félix Houphouët-Boigny, Guillaume Soro a voulu tout de suite sauver ce qui semble cher à ses yeux : son poste, sa place. Et il le dit franchement. Parce qu’en son absence, trop de paroles ont fusé de partout relativement à son poste : « Je suis venu prendre toute ma place dans le jeu politique ».

Il y a ce qu’on dit lorsqu’une personne ou une autorité n’est pas là, et ce qu’on dit en sa présence. En son absence, trop de mots ont vibré. Certains, peut-être lâches, d’autres, peut-être courageux. Maintenant, il est là. En chair et en os. Et il s’appelle Guillaume Kigbafori Soro. Ancien secrétaire général de la Fesci. Ancien secrétaire général de la rébellion des Forces nouvelles (Fn). L’homme qui a revendiqué la rébellion armée au moment où même ses commanditaires n’osaient pas assumer leurs responsabilités. Il a été absent pendant longtemps.

En Europe, il est allé de réunion en réunion, de rencontre en rencontre au nom de l’Institution qu’il dirige, l’Assemblée nationale. Derrière lui, son ombre a subi des coups de boutoir. La vilénie a fait son ballet au carnaval de l’ingratitude. Mais ça, c’est bien petit ! Petit pour un homme qui, depuis un moment, se veut spirituel. S’adressant aux musulmans les vendredis et aux chrétiens les dimanches avec la même ferveur. Un de ses collaborateurs, Souleymane Kamarété dit Soul To Soul, son directeur de protocole est jeté en prison. Et cela, pour un délit qu’il ne veut certainement pas commenter ni qualifier pour l’instant.

Les gens pensent pouvoir le déstabiliser avec ce détail pour qui sait où il va. Ils ne le trouveront pas sur le ton de la polémique et de la confrontation. Il s’appelle Guillaume Kigbafori Soro, le maître de la feinte. Un homme pressé, dans la patience. Un homme qui sait attendre, quand il est pressé. Provoquez-le autant que vous voudrez, ce n’est pas là que vous pouvez avoir le Soro Guillaume que nous, nous connaissons. Quand il réagira, ce sera trop tard pour ses adversaires, alors préoccupés à retrouver leurs esprits. Il y a des choses avec lesquelles on peut badiner. Pas celles concernant son poste et ses ambitions : sa « place » et le « jeu politique ». Le voyage a pu être long. Il a même paru interminable. Mais il a eu une fin : le 21 octobre 2017. Qui conteste à Guillaume Soro, sa place ? Qui veut lui arracher son fauteuil ? Un poste qu’il avait négocié avec tant d’humilité hier, en disant : « Je ne rêve pas, je suis réaliste. C’est pourquoi, le petit poste de Président de l’Assemblée nationale, si on me le redonne, je serai content. » Cette question semble non négociable. Et on l’a vu, lorsque cela coinçait, il a fallu le coup de pouce d’une mutinerie « respectée » pour que la situation se décante rapidement. Ce n’est donc pas négociable, puisqu’il dit : « Je suis venu prendre toute ma place dans le jeu politique ». Il veut avancer. Et avec sa place, et avec le jeu politique. Mais, il tient à le faire dans sa buée de camouflage : la réconciliation.

La réconciliation est une denrée prisée en temps de crise, pour un peuple en quête de paix. Serait-il sincère ? Est-ce une ruse pour atteindre son objectif ? Pour sûr, Soro persiste et signe. Il veut la réconciliation. Le croit-on ? Ne croit-on pas ? A force de crier « réconciliation », avec un ton courtisan, les gens finiront par croire. L’essentiel, il est de retour. Au-delà de l’officiel, quels contacts aurait-il pris en Europe ? Avec quelles assurances serait-il rentré au pays ? Quand il y a la tourmente, sur quoi peut se fonder sa sérénité ? En clair, sur quel « caillou » se trouve désormais son pied ? Ou alors serait-il capable, lui Soro, avec les ambitions qui sont les siennes et l’adversité ambiante qui le presse, de ne compter sur rien ? Ce n’est pas possible, Guillaume Soro ne peut pas être un adversaire improbable. C’est seulement son « jaillissement » qui est imprévisible. Sinon, son silence et son amabilité sont trop éloquents pour que ses adversaires jubilent.

Germain Séhoué

One comment

  1. La guerre de succession a commencé……donc tous les coups sont permis entre ces assassin qui ont attaqué et mis la cote d’ivoire sous leurs ailes….On vole ,viole et tue….Maintenant tout est mélangé entre eux. Suivons cela car on saura qui est le chef bandit ou le brave tchè qui va tomber…..

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