Soro Guillaume et ses encenseurs, Quel saut entre une opération de communication effrénée et les effets d’un imposant fardeau indélébile? (Par Claude Koudou)

Soro Guillaume et ses encenseurs, Quel saut entre une opération de communication effrénée et les effets d’un imposant fardeau indélébile? (Par Claude Koudou)

« Réconciliation et pardon », ce sont deux mots que Guillaume Soro a prononcés plusieurs fois dans son discours devant l’assemblée nationale ivoirienne le 3 avril 2017. Mais le même Guillaume Soro avait également souvent le mot « guerre » à la bouche pour soutenir la violence politique qu’il entendait institutionnaliser en Côte d’Ivoire.

Après la rébellion dont il a revendiqué la paternité, laquelle rébellion a pris ses débuts à l’échec de la tentative de coup d’Etat contre le pouvoir du Président Laurent Gbagbo le 19 septembre 2002 ; après avoir ensuite soutenu la fraude à l’élection présidentielle de 2010 en portant une victoire d’Alassane Dramane Ouattara dont il savait très bien qu’il n’a pas gagné cette élection présidentielle et qui a provoqué de nombreuses pertes en vies humaines sans compter les autres conséquences dont les traumatismes restent encore vivaces, Guillaume Soro s’affai-re à un activisme soutenu qui surprend beaucoup de nos compatriotes et autres observateurs avisés de la vie politique ivoirienne tant l’argumentaire de l’approche de l’homme est en totale contradiction avec les actes qu’ils a posés.

On pourrait dire « seuls les imbéciles ne changent pas » et penser que Guillaume Soro a entrepris d’abandonner l’école de la violence politique. Mais tout ce à quoi cet homme nous a habitués ne plaide pas en sa faveur. D’abord son art de la roublardise ne trompe plus personne. Aussi sa démarche ne porte-elle aucun brin de modestie. Il faut se souvenir du discours de Guillaume Soro à Gagnoa – ville de naissance de Laurent Gbagbo – où ses propos insultaient l’histoire récente de notre pays, en ce sens qu’il disait aux parents du Président Gbagbo de leur demander « pardon ». Aujourd’hui, comme à leur habitude, leur sens de la manipulation les pousse à utiliser à la marge, certains compatriotes qui sont soit en mal de reconnaissance soit instables psychologiquement pour des raisons diverses et variées soit qui veulent assouvir un instinct alimentaire.

Dans une longue tribune rédigée par Franklin Nyamsi et publiée sur le site « connectionivoirienne.net », le 1er mai 2017, on lit cet extrait « En face, où sont les excuses, où est la repentance, où est la demande de pardon de Laurent et Simone Gbagbo, où sont les actes de Pardon et de Réconciliation des Gbagbo-Ou-Rien, tels un Sangare Aboudramane, une Odette Lorougnon qui appelait encore l’an passé à l’extermination des étrangers de Côte d’Ivoire, un Koné Katinan planqué à Accra avec ses pseudo-évidences, un Stéphane Kipré davantage occupé à gérer le beurre des Gbagbo que leurs malheurs, ou Claude Koudou essentiellement intelligent pour voir les coups pris par Gbagbo et ignorer les coups donnés par Gbagbo … ». C’est une longue litanie ou celui qui est présenté comme le Conseiller spécial de Guillaume Soro empile invectives, contre-vérités et insanités éhontées. Ce monsieur est le prototype de ces intellectuels qui se fâchent avec leurs contradicteurs quand ils manquent d’arguments pour convaincre. Mais leurs considérations vont plus loin. En fait, elles expriment que nous sommes leurs obligés et que leurs positions leur donnent le droit de nous enrôler à leur convenance.

Quand des insultes ne marchent pas, le dit Conseiller de Guillaume Soro revient là où il aurait pu commencer. En effet, dans un message pour me demander une rencontre, voilà ce que monsieur Franklin Nyamsi écrit le 14 juin 2017 in box : « Cher M. Claude Koudou,

Je pense qu’il est temps que nous nous parlions. Pour accélérer l’élargissement des derniers prisonniers de la crise postelectorale et œuvrer au Pardon et à la Réconciliation intégrale des Ivoiriens. Si vous en convenez, rencontrons-nous dès que possible.

Meilleures pensées et salutations. ».

Il faut d’abord dire que chacun a choisi pour des raisons qui lui sont propres, son bord. Mais pour différentes raisons, d’un de vue purement intellectuel et sur un plan simplement humain et/ou personnel, on ne peut pas – tout en prenant des précautions pour éviter des amalgames – s’interdire d’avoir des rencontres pour échanger. Mais il faut que cela se déroule dans un climat et un environnement sains. Ce qu’on constate à l’inverse, c’est qu’à côté du manque de sincérité manifeste, il y a de l’arrogance, des feintes et de la mesquinerie qui meublent encore de façon insistante le caractère de Guillaume Soro et son équipe de campagne de communication. Cela nous fonde à penser qu’il s’agit là de la manifestation d’une posture surtout que de 2002 à 2010, les engagements pris par Guillaume Soro dans des accords qu’il a lui-même signés n’ont pas connu un début d’exécution ; le plus emblématique étant l’accord politique de Ouagadougou de mars 2007. Et Guillaume Soro n’a jamais exprimé de regrets à ce propos. Qu’est-ce qui donnerait à penser que Guillaume Soro est sincère et que sa bonne foi tenace hier dans sa logique de guerre est la même aujourd’hui dans sa tentative de rapprochement qui n’a en substance pour but que de construire une parade à l’acculement dont il est l’objet dans son camp ? Parce qu’il a prononcé un discours sur le pardon et la réconciliation le 3 avril 2017 ?

Dans un livre, Guillaume Soro écrit « pourquoi », il est « devenu rebelle ». Il y a quelques semaines, à un meeting, Amadou Soumahoro soutient : “Il y a 10 ans un Djoula n’avait pas le droit de porter un boubou dans ce pays. Et c’est grâce à Ouattara que cela est possible aujourd’hui.” A supposer un instant que ce qu’on appelle communément les « Dioulas » soient exclus, cela mérite-t-il que des Ivoirien(ne)s soient tués à bout portant, découpé(e)s à la machette ou brûlé(e)s vifs ? S’il s’agit d’exclusion, on doit rappeler que plusieurs groupes ethniques en ont été victimes dans ce pays. Ont-ils pris des armes contre la République ? « Le pardon et la réconciliation », oui ! Laurent Gbagbo en est un grand artisan. On peut lui reconnaître le forum de réconciliation nationale de 2001 ; mais aussi ses efforts pour faire rentrer Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara au pays. Pourquoi ceux qui demandent la réconciliation aujourd’hui n’ont-ils pas saisi la main tendue à ce moment-là ? Tout cela nous convainc que la volonté de manipulation pour garder le pouvoir par la force n’a pas disparu chez les Soro et al.

On doit également dire que la Côte d’Ivoire est un pays multiethnique bâti sur la base d’un brassage réussi. Venir déchirer ce tissu à partir de 1999 et trouver des justifications, est non seulement irresponsable et inhumain mais aussi cela étale les divergences que les bâtisseurs de la démocratie ont avec des faiseurs de coup de force.

Par ailleurs, tout en constatant que la Côte d’Ivoire est une terre d’immigration depuis de nombreuses décennies, il est en même temps inacceptable que des non-Ivoiriens continuent de prendre plaisir à attiser la haine que certains Ivoiriens se sont plus à instiller ici et là comme un fond de commerce. Il faut donc dire que la logique de prédation ne doit pas autoriser à travestir la vérité. Dans sa conférence de presse tenue le samedi 24 juin dernier, monsieur Franklin Nyamsi compare Guillaume Soro au Général de Gaulle qui fut de son point de vue un rebelle en son temps. Dans son raisonnement qui encense celui qu’il sert, monsieur Franklin Nyamsi compare le régime du Président Laurent Gbagbo à celui qu’avait combattu le Général de Gaulle. Quelle honte ? Quel scandale de penser cela ? Quelle falsification de l’histoire ? Quelle imposture ? Que l’argent puisse avilir le mental et la raison d’un homme et obscurcir le fond d’une pensée ! Faire croire que le pouvoir du Président Laurent Gbagbo terrorisait les Ivoiriens est un fantasme que seuls les adeptes de ceux qui veulent justifier des crimes de sang peuvent porter. « Escadrons de la mort, exclusion », quel raccourcis ?

Les mêmes avaient utilisé le sociologue belge Benoît Shauer, des intellectuels ivoiriens et des acteurs en vue de valider la « charte du grand nord ». Pour les « 50 corps » dont la mort avait été attribuée à Laurent Gbagbo dès sa prise de pouvoir en 2000, de même que pour les « sept femmes d’Abobo » en mars 2011, aucune démonstration scientifique n’est disponible pour prouver ce qui est reproché à l’otage détenu à La Haye. A mon sens, il sera vain d’insister à vouloir donner dans la diversion et dans la propagande tant qu’on contournera le fond du problème. Et « de qui se moque-t-on » ? A sa conférence de presse du 24 juin dernier, monsieur Franklin Nyamsi annonce un colloque au mois de septembre, dit-il avec Christian Bouquet qui s’habille d’une toge de spécialiste de la Côte d’Ivoire. La réalité est que cet universitaire est un versatile qui a été décoré par Alassane Dramane Ouattara pour service rendu. Où est donc la crédibilité dans la démarche ?

Si l’actuel Président de l’Assemblée nationale est en demande du pardon pour qu’il y ait une réconciliation viable, il y a une voie toute évidente. Celle de demander au Président Abou Drahamane Sangaré une rencontre. Si cette rencontre a lieu, elle peut construire la suite. Il est donc artificiel de courir dans la Diaspora pour – dans un esprit purement manipulateur -, espérer utiliser des compatriotes qui sont pour certains dans la déprime et pour d’autres en quête de prébendes pour subsister.

Claude Koudou

 

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