Soro Guillaume se positionne pour diriger une éventuelle transition

Soro Guillaume se positionne pour diriger une éventuelle transition

Entre attendre un hypothétique passage de témoin de Ouattara en 2020 qui lui laisserait peut-être une marge de manœuvre et tirer profit d’une crise politique qui, à trois mois des élections présidentielles, se joue dans un contexte plutôt lourd de menaces, Guillaume Soro semble avoir choisi cette année, d’autant plus que le chef de l’état commence à provoquer une sérieuse crise de nerfs chez son jeune allié.

Entre les deux interventions annuelles que lui offre la tribune de l’assemblée nationale, Guillaume Soro maintient le contact avec des centaines d’Ivoiriens à travers son compte tweeter. C’est sans doute l’homme politique local qui tweete le plus. Soro dispose également d’une télévision en ligne « guillaumesorotv » qui relaie également ses activités.

Tous ces moyens sont bons pour lui permettre de se prononcer sur l’actualité religieuse par exemple, son principal jeu favori de ces derniers mois, ou pour montrer des liens tissés le long de son parcours particulier avec certaines composantes de la société ivoirienne. C’est le cas, il ya quelques jours, avec ses ex-congénères du petit séminaire de Katiola. Cette rencontre a en effet fait le tour des médias de Soro, depuis son blog jusqu’à sa télévision en ligne. Avec ces images-là, le président de l’assemblée nationale espère surtout se rapprocher des chrétiens plus difficiles à conquérir, il est vrai, que leurs homologues musulmans dont certains se fendent régulièrement d’un « salut au futur président » qui n’est pas pour déplaire au jeune ambitieux.

Les adresses à la communauté musulmane sont en effet devenues, au fil des jours, les plus commentées. Et certainement pour cette raison, le président de l’assemblée nationale s’est fait, par ces temps de chasse aux djihadistes, le protecteur attitré des musulmans pour lesquels il demande de faire la part des choses dans la politique de répression de la secte terroriste. « Parce que la Côte d’Ivoire est un pays ouvert, parce qu’elle sort d’une longue crise militaro-politique, parce qu’elle a des frontières avec des pays déjà pris dans la nasse des groupes terroristes, la Côte d’Ivoire est particulièrement exposée », a déclaré le PAN à la clôture de la deuxième session ordinaire de l’assemblée nationale qu’il présidait.

Guillaume Soro a surtout insisté pour que les musulmans ne soient pas in- dexés « car aucune religion n’appelle à la haine de l’autre et n’incite au meurtre », souligne-t-il. Tout est dans le mot. Car celui qui a aujourd’hui des raisons de confondre djihadiste et musulmans n’est autre que le gouvernement de Ouattara dont le régime vient d’ailleurs d’essuyer une vive protestation du mouvement national de la libération de l’Azawad (MNLA) basé au Mali suite à l’arrestation de ses dignitaires à l’aéroport d’Abidjan par Interpol, la police internationale. Le MNLA se demande pourquoi c’est chez Ouattara qui fut l’un des médiateurs de la crise malienne que de telles arrestations sont opérées alors que, dans le cadre de la résolution de cette crise, une amnistie avait été décrétée pour tous les dirigeants du mouvement.

Protecteur des musulmans, le président de l’assemblée nationale aime également à les prendre à témoin pour parler à ceux qui ont usurpé son combat et qui en tirent profit. Contre ces derniers, Soro promet un châtiment impitoyable. « Que se passe-t-il quand nous usurpons les sacrifices, bonnes œuvres et efforts d’autrui ? Nous bâtissons sur du sable et non sur du roc. L’âme de notre pays brille grâce à votre persévérance dans l’Amour de Dieu, en ce rigoureux et éprouvant mois du Ramadan, où vous donnez le meilleur de vous-mêmes pour vous rapprocher de l’idéal de la Charité. Puissiez-vous poursuivre cette quête ardente de l’unicité de Dieu pour faire de nous des êtres uniques par leur sens du Devoir et de la Reconnaissance ! Ma méditation coranique matinale m’a conduit ce vendredi 10 juillet 2015 sur un très beau texte de la Troisième Sourate Al Imran (La famille d’Imran), en son verset 188 : « ne pense point que ceux-là qui exultent de ce qu’ils ont fait, et qui aiment qu’on les loue pour ce qu’ils n’ont pas fait, ne pense point donc, qu’ils trouvent une échappatoire au châtiment. Pour eux, il y aura un châtiment doulou- reux ! »», écrit Soro dans ce tweet d’une rare violence. Car entre le PAN et son président d’allié, plus rien ne va.

Les proches de Ouattara ne sont d’ailleurs pas avares en adjectifs pour dénoncer la déloyauté du président de l’assemblée nationale envers Alassane Ouattara et témoigner de la méfiance que celui- ci lui voue. En effet, autrefois plus soft, la guerre silencieuse entre le président de l’assemblée nationale et « son père » a pris des allures de confrontation. « Nous sommes en guerre », aiment désormais à dire en privé les Soro boys, sûrs de leurs forces depuis qu’ils ont le sentiment que le gouvernement français s’est aligné sur la réalité qu’il faut faire une transition politique en Côte d’Ivoire que Guillaume Soro en tant que président de l’assemblée nationale est bien indiqué de conduire. Le sachant, le chef de l’état a finalement refusé le cadeau de Guillaume Soro qui avait offert deux camions-podium pour sa campagne électorale.

Quelques mois auparavant, le président de l’assemblée nationale, pressenti pour assurer la direction nationale de campagne du chef de l’état avait également été évincé au profit d’Amadou Gon, proche d’entre les proches du chef de l’état sans compter qu’au RDR, les cadres lui demandent de militer à la base. Signe des temps, l’une des chargées de mission du premier ministre Daniel Kablan Duncan ne cache plus son aversion pour le PAN « plus dangereux que l’opposition qui vitupère pour rien », assure-t-elle. Pour ces raisons, Guillaume Soro a perdu, au fur et à mesure des vicissitudes, des soutiens au sein du gouvernement. Le dernier en date, Alain Lobognon, a été soufflé par une affaire de primes impayées. Il est ainsi le deuxième ministre, en cinq ans, à être ainsi viré pour malversations là où la presse démontre chaque jour les déprédations des ministres de Ouattara.

Le chef de l’état ou son alter ego le ministre de l’intérieur Hamed Bakayoko, avec lequel le président de l’assemblée nationale est dans une lutte sans merci de positionnement, recrute ostensiblement parmi ses proches. Il en est ainsi de son ancien directeur de cabinet du temps de la rébellion, le député Sidki Koanté, qui, il y a quelques années, a rejoint le camp de l’ennemi avec armes et bagages. A cela, il faut désormais ajouter que sur les cinq mandats d’arrêt lancés par la CPI, quatre visent les ex-chefs de guerre proches du président de l’assemblée nationale.

Guillaume Soro a d’ailleurs beau dire qu’il est serein tout comme les concernés, il sait que les cinq prochaines années risquent d’être sans repos pour lui. Dès lors, cette crise de l’article 35 est une aubaine pour lui et selon ses proches, le président de l’assemblée nationale est prêt pour diriger la transition « comme la constitution lui en donne le droit », assurent ses proches. Son programme de transition est d’ores et déjà établi. Il s’agit de la libération de tous les prisonniers politiques, du retour des exilés et d’une demande publique de libération de Laurent Gbagbo à la cour pénale internationale pour rendre possible la réconciliation nationale.

Au plan institutionnel, Guillaume Soro va s’engager à changer par référendum la nature du régime jusqu’à présent présidentiel pour l’adoption d’un régime plus souple, notamment le régime parlementaire. Avec ce rôle de pacificateur, le prési- dent de l’assemblée nationale espère redorer son image et échapper à la cour pénale internationale. Avec ce statut de recours national, Guillaume Soro espère conquérir la présidence ivoirienne, pour accomplir un rêve de gamin.

Par Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui N°935

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