Sous Ouattara, la République est un masque dans le Nord

Sous Ouattara, la République est un masque dans le Nord

Ceux qui ont pris les armes contre la côte d’Ivoire et constituaient la rébellion armée sont toujours les maîtres dans le nord du pays. Désormais, leur influence s’exerce via l’administration depuis l’installation de Ouattara au pouvoir. Enquête express.

On a pensé qu’avec leur accession au pouvoir d’etat par les armes, les rebelles proouattara de 2002 allaient enfin libérer la partie nord du pays. La réalité n’est pas différente des années rébellion dans le nord. et comme le reconnait Kd, un fonctionnaire, « Pour la majorité des villes du nord comme Touba, Odienné (sièges d’origine des seigneurs de guerre de 2002), la République n’est hélas qu’illusion».

Pour ce travailleur de l’etat qui observe la vie en communauté dans le nord après avoir servi dans d’autres localités, « La situation n’est pas non plus reluisante dans les communes comme Doropo, Oumé et Abobo où le Rassemblement des Républicains (RDR) peut se vanter d’avoir beaucoup de partisans». ce sont encore les com’zones (anciens chefs de guerre) qui gouvernent. Maintenant qu’ils sont au pouvoir, les choses semblent plus faciles pour les chefsrebelles. mlle ac, étudiante en criminologie, atteste que désormais, haut placés dans la hiérarchie de l’administration publique, Soro Guillaume, le roi des seigneurs de guerre, et ses acolytes «trouvent leurs actions légitimées par le fait d’avoir le pouvoir d’Etat». Et «leurs emprises se déploient à travers les institutions de la République».

Dans un restaurant-maquis, notre présence et nos causeries déclenchent le débat sur la nouvelle réalité dans « les zones supposées Rdr ».

Aussi bien des agents de l’etat que des fils de la région, permettent de comprendre que, «pour exercer leur pouvoir sur les régions, les com’zone d’hier, utilisent principalement le corps préfectoral et les maires, subsidiairement les autres élus (députés et présidents du Conseil régional), mais aussi les juges et les responsables de sécurité ». Outre l’administration, les chefs de guerre au pouvoir disposent d’autres relais.

Au plan local, Ben Laden, Wattao, Chérif ouasmane, Koné Zacharia, l’adjudant Beugré et autres sont représentés, chacun dans sa zone par des jeunes, qui sont leurs alliés de sang d’hier, des jeunes gens qui ont combattu pour qu’ils accèdent au pouvoir d’Etat. «Ils ont tous leurs hommes sur le terrain ici, qui constituent leur relais et qui leur rendent compte de tout ce qui se passe », dit un cadre de la région. Qui ajoute que « ces relais locaux sont d’autant puissants que même les chefs coutumiers et les guides religieux les craignent.

Par le passé ce sont les imams et autres chefs de terre qui exerçaient l’autorité sur la ville, aujourd’hui ce sont les anciens combattants. Ils ont pris la société en otage ». A en croire nos interlocuteurs, ces jeunes tantôt des ivoiriens, tantôt des étrangers de la sous-région ont en commun d’avoir été « armés par Alassane Dramane Ouattara », comme le soutient Koné Zacharia, pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir.

«Et bien que n’ayant pas été casés dans l’armée, dans la police, dans les douanes, des les eaux et forêts comme les autres,ces anciens combattants laissés pour compte, sont restés au bercail à la solde des seigneurs de guerre. Cependant, désormais affranchis par la position dans l’administration de leur maître les jeunes gens détiennent toujours les armes », affirme Traoré, un propriétaire de moto taxi à la causerie facile. « On les connait et on se connait ici », ajoute le transporteur. Comme l’a fait constater affi n’guessan dans les villages visités du 1er au 7 juin, la majorité de ces anciens rebelles passent leur temps sur les routes, en brousse à dresser des barrages.

Mais de sources unanimes, « Il y en a qui sont devenus des coupeurs de route » avec les armes qu’Alassane Dramane Ouattara leur a mises entre les mains. D’autres sont dans les gares exerçant des petits métiers pour survivre ce qui les rend disponibles à tout moment. Un élément des ex-fds en partance pour Yamoussoukro révèle même que « Dans les postes de police, ce sont ces anciens combattants qui sont les chefs de postes. Pour la plupart, ils n’ont pas de matricule et ne connaissent pas le travail, mais ce sont eux qui commandent nos officiers».

Ils sont donc dans ces différentes positions, jusqu’à ce que les seigneurs de guerre, leurs chefs les appellent moyennant des miettes, soit pour attaquer l’opposition à l’occasion d’une marche ou d’un meeting, soit pour commettre d’autres forfaits pour le compte du RDR, parti qui a introduit la violence dans la politique. Selon plusieurs cadres, «Quand Amadou Soumahoro alias « cimetière », Secrétaire général du RDR promet que les militants du RDR et ceux du FPI vont se retrouver dans la rue, c’est sur ces anciens combattants armés et les dozos qu’il compte ».

Ce sont ces anciens combattants, supplétifs des FRCI qui ont empêché affi d’arriver à Odienné, le vendredi 6 juin dernier, ce sont les supplétifs des rebelles de 2002, qui ont fait en sorte que le meeting que le président du FPI devait animer, à Touba, samedi 7 juin,n’ait pas lieu.ce sont encore ces mêmes miliciens d’Alassane Dramane Ouattara qui avaient déjà tué en janvier 2012, en attaquant un meeting du FPI à Yopougon pour le compte de leur maître, les seigneurs de guerre du RDR. C’est aussi pour eux qu’ils ont interdit affi d’accès à oumé, Doropo et Abobo. en même temps qu’ils constituent les relais locaux des chefs de guerre de 2002, les anciens combattants sont aussi les mains par lesquelles la rébellion de 2002 fait la pression et la répression dans les différentes zones encore sous leur influence.

Dans les villes du nord principalement, et en général dans les localités sous leur emprise comme Abobo, Doropo… les seigneurs de guerre au pouvoir avec Alassane Dramane Ouattara disposent d’éléments de dissuasion et de sanction sur le terrain. « Si un ordre transmis par un chef de guerre n’est exécuté par un préfet, un procureur, un juge ou tout autre représentant de l’administration, gare à cette autorité. Elle reçoit la visite de jeunes. Ceux-ci sont connus dans la ville pour les représailles qu’ils conduisent pour le compte du RDR», dit un agent de sécurité.

Selon des informations concordantes, les premières heures de la prise de pouvoir par le RDR, des jeunes de la ville de Touba ont pris d’assaut la section de tribunal de la ville pour séquestrer le procureur.

Il est de notoriété que les repésentants de l’etat subissent des menaces et des agressions pour le compte des chefs de guerre de 2002 au pouvoir. « Le plus révoltant, c’est que ni la police, ni la gendarmerie ne peut agir parce que chaque élément craint la répression. Et en général, comme tous les agents de sécurité dans ces zones font l’objet de suspicion, parce que taxés de pro-Gbagbo, on ne leur donne pas d’arme. D’ailleurs ils ont été affectés dans cette zone par sanction, donc ils sont à la merci des miliciens qui eux, disposent chacun d’au moins une kalsch», confie un élément des FDS.

Ainsi, les chefs rebelles sont aujourd’hui les commettants, l’administration est l’exécutant et les jeunes laissés pour compte, constituent les bras qui sévissent pour les com’zone et autres cadres RDR. C’est pourquoi le samedi 7 juin dernier, Affi N’Guessan disait que l’administration est prise en otage par le RDR avec deux catégories de population, une armée et l’autre désarmée.

Cette situation de cohabitation risquée pour les populations constitue malheureusement une stratégie pour le pouvoir RDR qui veut régner par la terreur. C’est sur ces miliciens que compte Amadou Soumahoro pour maintenir le nord et certaines régions dans l’obscurantisme et pour entretenir une illusion de bastion sur des localités.

Le RDR qui a mis des armes dans les mains de jeunes gens et dont beaucoup ont péri ne veulent pas que leurs parents accèdent à la vérité. «Ce que je pense c’est le RDR veut maintenir les miliciens dans une situation constante de belligérance en leur faisant croire que ce sont les autres, surtout le FPI qui est à l’origine de la disparition des jeunes gens qu’il a envoyés dans la guerre», analyse un homme d’affaire ivoirien. Expliquant qu’ « en gardant les armes, les jeunes ont l’illusion qu’ils ont quelque chose ». D’ailleurs, au cours d’une visite d’etat, le chef de l’etat luimême a dit à ceux qui ont les armes de les garder sous leur lit.

Armand Bohui

Envoyé spécial dans le nord du pays

Source: Notre Voie

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