Sur les traces du dossier Moustapha Al-Chafi: Zida, Coris bank, Blaise Compaoré

Sur les traces du dossier Moustapha Al-Chafi: Zida, Coris bank, Blaise Compaoré

Entre des affaires florissantes et un territoire qui vient d’être bombardé par le gouvernement, la caisse de solidarité n’est plus sûre. Il faut un petit paradis fiscal et une laverie. Blaise Compaoré exhaussera ce désir en créant en Janvier 2008 Coris Bank International. Mais avant d’y arriver, poursuivons sur les activités de la rébellion.

Hold Up sur les minerais du nord de la Côte d’Ivoire

Le diamant ivoirien, dans le nord du pays est très vite passé au registre des actifs de la rébellion. Une fois extrait des rivières de Tortiya, sous la vigilance des soldats des FN, il est transporté au Mali et en Guinée. C’est là que sont installés les « comptoirs » des diamantaires, clients des trafiquants, dont ceux d’Anvers. Le Mali n’est pas signataire du processus de Kimberley, comme la Côte d’Ivoire et la Guinée. Ce qui fait de lui l’endroit approprié pour écouler du diamant sal. Notons que le processus de Kimberley « vise à garantir au consommateur que les diamants qu’il achète ne sont pas des diamants bruts utilisés par les mouvements rebelles, ou leurs alliés, pour financer des conflits visant à déstabiliser des gouvernements légitimes ». Il est important de relever qu’il y’a eu une clientèle intérieure à ce diamant. Des commerçants libanais, qui ont pris l’option de l’économie de guerre et qui sont restés en zone rebelle.

La production de diamants extraite dans cette zone selon l’Organisation des Nations Unies (ONU) est de l’ordre de 300 000 carats par an. Cela représente des revenus annuels, d’une valeur d’environ 25 millions US$, soit plus de 40 milliards de Fcfa. C’est beaucoup d’argent qui leur a permis de financer leur effort de guerre. Quatre localités ivoiriennes ont fourni l’essentiel des stocks de diamants à Guillaume et à ses amis : Séguéla, Bobi et Diarabala, sans oublier la région de Tortiya. L’instabilité de la Côte d’Ivoire à ce moment, a permis à la rébellion de se bâtir une fortune immense. Si nous considérons les revenus tirés des taxes, du cacao et des minerais, nous réalisons que tout cet argent ne pouvait pas être stocké à Bouaké, après l’opération dignité et le casse de la BECEAO. La caisse de solidarité recevait entre 30 à 35% des revenus de la rébellion. Des centaines de milliards de Fcfa stockés au fil des années dans un établissement financier de fortune. La caisse de Solidarité est très vite devenue exiguë, inadaptée dans un environnement à risque. Alors des banques du Burkina Faso vont prendre le relais.

Blaise Compaoré pour la laverie et A-l Chafi pour le réarmement

Beaucoup d’argent circule et la zone devient de moins en moins sûre. Il faut donc trouver des solutions pour sécuriser les fonds, mais surtout pour se réarmer et au plus vite. Il faut être prêt en cas de reprise des hostilités. Mais Guillaume Soro avait anticipé l’avenir. Le 13 Mars 2004, il ouvre le compte d’opération libellé 3A/ Diomandé Mama, Numéro de compte 51800184630, à la Financière du Burkina Faso S.A, qui deviendra en janvier 2008 Coris Bank international. Faisons remarquer que 3A signifie (amicale des amis d’Abidjan). Ce compte restera actif jusqu’au 4 Décembre 2014, soit trois semaines après la chute de Blaise Compaoré. Il avait vu juste. Quelques mois plus tard, l’armée ivoirienne avait lancé l’Opération dignité et infligé un revers aux Force Nouvelles, en Novembre 2004. Blaise Compaoré tenait là une position incontestablement renforcée ; l’argent de la rébellion, donc contrôle total sur les opérations. On comprend aisément pourquoi Guillaume Soro disait de lui, qu’il était son père spirituel. Compaoré va ainsi activer des leviers essentiels pour remettre à flot ses poulains. Il faut équiper de nouveau la rébellion qui, n’étant pas un pays, ne peut acquérir des armes. L’armée burkinabé est un bon alibi. Blaise Compaoré est chef des armées et cela est convenable. Un officier sera en charge de ces opérations : le lieutenant-Colonel (à l’époque des faits) Yacouba Zida, officier de liaison avec Bouaké. Zida jouera un rôle clé jusqu’à la chute de Blaise Compaoré. Il n’existe pas à ce jour de photo officielle de Blaise et de Guillaume en rapport avec cette période. Le Lt-Colonel Yacouba Zida était le contact entre les deux hommes.

Comment coordonner les opérations bancaires et logistiques ?

Une fois ce dispositif mis en place, le fournisseur Moustapha Al-Chafi se mettait en action. Le matériel venu de la Libye après la chute de Kadhafi, ou acheté aux frères musulmans et bien d’autres groupes terroristes, était enfoui dans le sable du désert. L’armée burkinabé passait commande des armes pour le compte du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP), auprès d’Al-Chafi. Une fois les stocks mis en place, la présidence du Burkina Faso ordonnait les paiements via le compte 3A/mama Diomandé.  Les armes étaient alors débarquées à l’aéroport de Bobo-Dioulasso, puis livré à Bouaké. Si l’ONU dans un de ses rapport a fait cas de 300 tonnes d’armes possédées par Guillaume Soro, le gros du stock, est lui, resté au Burkina Faso sous la bonne garde du Lt-Colonel Yacouba Zida. Une mesure de précaution qu’avait prise Compaoré pour éviter d’être coincé. Soro également y avait adhéré pour se donner les moyens de rebondir en cas de besoin. Mais à la chute de Blaise Compaoré en 2014, le désormais général (radié de l’armée) Yacouba Zidava revendre ce gros stock d’armes au Burkina Faso, alors qu’il est premier ministre de la transition militaire.

Cela, avait-il justifié, était nécessaire pour palier au sous équipement de l’armée Burkinabé face à la menace terroriste. Il confisquera par la suite de nombreux biens et comptes bancaires personnels de Guillaume Soro. Il en connaissait tous les nœuds. On comprend aisément le soutien de Guillaume Soro au Putsch manqué de 2015 au Burkina, et l’origine de l’affaire des écoutes téléphoniques.  Alors si le gouvernement ivoirien accuse par presse interposée, Guillaume Soro, de pactiser avec des djihadistes pour semer le chaos en Côte d’Ivoire, peut-être qu’est-il prêt à faire toute la lumière sur leurs relations avec Moustapha Al-Chafi, qui reste le point focal avec tous les groupes terroristes du Sahel.  Tous Connaissent Moustapha Al-Chafi qui a plusieurs fois séjourné à Abidjan. Alors qui a intérêt à ce que les détails de cette affaire soient connus?

Source: daily-liade.info

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