Tata Adjatché: Le destin exceptionnel d’une Mino (Amazone du Dahomey)

Tata Adjatché: Le destin exceptionnel d’une Mino (Amazone du Dahomey)

Si les Mino (‘nos mères’) ou Agbo (‘femmes buffles’), également connues sous le nom d’Amazones de Dahomey, sont bien connues du passionné de l’histoire de l’Afrique, rares sont les noms de ces guerrières qui sont passés à la postérité. Un d’entre eux fait notamment exception à la règle  : c’est celui de Tata Adjache, dont le destin exceptionnel de prisonnière de guerre entraînée et élevée comme Mino se verra récompensée de ses exploits guerriers par un mariage avec son roi, Glélé et par une représentation dans les véritables livres d’histoire du royaume fon de Dahomey, à savoir l’art des récades et des bas-reliefs des palais royaux de la cité d’Abomey. Sa biographie nous est connue par l’écrivain dahoméen Paul Hazoumé qui la rencontra en 1917, sept ans avant sa mort.

Origines

L’histoire de la future Tata Adjatché Sukpo manha awinyan a été rapporté dans la littérature francophone par le romancier dahoméen Paul Hazoumé. Elle est d’origine holli, une subdivision du peuple yoruba établie au sud de l’actuelle République du Bénin.

Elle est originaire du village d’Ekpo où le roi Ghezo de Dahomey, de retour d’une campagne est assassiné en 1857-1858 par un jeune homme d’un coup de fusil.

Ce meurtre constituera une tragédie pour le peuple fon. Il est immédiatement suivi de représailles de la part de l’armée de Dahomey dirigée par son Gawu ou ministre de la guerre. L’expédition punitive menée par des soldats fon et par des Mino met le village à sac et à sang. Parmi ses habitants se trouve une petite fille qui sera épargnée par les Mino ayant saccagé le village. Elle est d’abord ramenée à la cité royale d’Abomey en tant que captive de guerre. Elle y est élevée au milieu, comme et par les Mino du palais, devenant une ‘Sudofi’, nom donné à ceux qui ont grandi au palais. Comme les jeunes futures Mino, elle est d’abord mise à la disposition d’une Mino d’un rang important dont elle est chargée de porter les armes à la guerre et lors des entraînements.

Devenue guerrière

A la suite d’un entraînement progressif et d’une cérémonie communs à toutes les Mino, incluant le fameux pacte de sang, Tata Adjatché est désormais une Mino. Elle fait un jour le serment de tuer un ennemi avec sa propre houe et de la rapporter au nouveau roi Glélé pour que celui-ci bâtisse un tombeau à son père Guézo et à sa mère Kpoyindi avec la houe de l’ennemi vaincu. Il faut savoir que les serments non respectés des guerrières fons étaient sévèrement sanctionnés, souvent par le suicide. Le combat face à cet ennemi, qu’elle tue en lui ouvrant le ventre à l’aide de sa propre houe couvre de gloire Tata Adjache. Elle se voit qualifiée d'”homme” par les hommes guerriers en reconnaissance de son acte. Glélé lui offre des pagnes et de l’argent en récompense.

popo Tata Adjatché: Le destin exceptionnel dune Mino (Amazone du Dahomey)

Représentation de Tata Adjatché sur le palais de Glélé

Quelques temps plus tard, le roi Glélé, admirateur de son acte, a une relation amoureuse secrète avec elle. Elle entraîne une grossesse de la jeune femme. Celle-ci est bientôt découverte par ses collègues Mino et celles-ci lui reprochent bientôt officiellement d’avoir enfreint la règle de la chasteté imposée aux femmes guerrières du royaume. Celles-ci ne doivent en effet pas fréquenter charnellement d’autres hommes sauf si le roi en fait ses femmes ou les ‘offre’ à certains de ses favoris. Ses collègues mino ne savent évidemment pas que le roi-même est à l’origine de cette grossesse et la torturent et la forcent à révéler son forfait pendant de longs interrogatoires. Mais la guerrière résiste. Ils la font même participer aux pénibles travaux de construction d’un nouveau palais du roi.

Immortalisée dans l’art et l’histoire

Ce dernier, lors de l’inauguration de son nouveau palais y dévoile notamment un bas-relief consacré à l’exploit guerrier de la jeune femme. Cette forme d’art ornant quasi-exclusivement les palais royaux est une des formes d’histoire des anciens Fons. Dans ce dernier, où elle est représentée venant en à bout de son ennemi avec sa houe, elle rejoint les rois, divinités et autres rares personnages dont l’  image illustrera à jamais l’histoire de Dahomey.

Glélé lui dédie plusieurs récades, ces bâtons de commandement symbolisant l’autorité du roi  ; elle est désormais associée à un grigri dont le nom sera désormais le sien  : sukpo ma ha awinya («  les mouches ne couvrent pas un roc  », en langue fon) qui signifiera que les ennemis du Dahomey ne pourront pas encercler le Dahomey car ils ne pourront trouver de quoi y subsister. Ce grigri ayant été donné au roi Glélé par le roi Sodji d’Adjatché (Porto Novo), la jeune femme se verra aussi nommée Adjatché. Glélé revendique publiquement la paternité de la grossesse de l’enfant de la jeune femme, l’épouse publiquement ce qui constitue une récompense pour toute femme du royaume a fortiori pour une ancienne captive de guerre. Le ‘nom fort’ de la jeune femme est désormais  : «  Tata (reine) Adjatché   sukpo ma ha awinya «  dont le nom sera raccourci en Tata Adjatché.

Après la vie de guerrière

Après avoir épousé le roi, elle dépose les armes. Elle reçoit une case, de l’argent des tissus précieux et des servantes. Elle accouche bientôt d’un jeune prince Ayidama dont elle a célébré la naissance par un chant. Dans celui-ci, elle fait part de sa joie de mère et que malgré l’hostilité des autres épouses, aucune des calomnies et attaques de ces dernières n’empêcherait son bonheur.

«  Quand je me réveille, je glorifie Sè (Dieu)

Quand le corps quitte la natte et que je me réveille je glorifie aussi Sè

Quand les pieds fendent le sable et que je me vois debout, je glorifie Sè

Quand mon dos frotte le bout du chaume, je glorifie mon destin et félicite ma tête

L’esprit incarné en moi est bien puissant  !

Je loue le père qui m’a engendrée  !

Je loue aussi la vieille qui m’a mis au monde

Oh quelle brave femme  !

Le Roi Gezo qui m’a capturé

Etait la puissance même!

Glélé dont je suis l’épouse

Je le loue lui aussi  !

Le foyer qu’elles ont formé pour médire de moi,

Ce foyer s’est brisé.

La pluie a mouillé leur foyer

Le bois leur a manqué aussi

Elles durent aller se coucher affamées  !

Et commencèrent à se quereller

Parlant de moi

Elles disent «  Que la vie lui est heureuse»

Ce qu’elles désirent?

Que je tombe malade et succombe.

Ce qu’elles souhaitent  ?

Tout au moins que je sois malheureuse et ce sera bien  !

Que mes ennemis sont bien méchants  !

Ce que je les entends me souhaiter  !

Si la médisance était un commerce,

C’est à un faillite que mes amis auraient abouti.»

Tata Adjatché quitte sa fonction de reine en 1889, date de la mort de Glélé. Elle meurt elle-même en 1924, à plus de 80 ans.

Source: nofi.fr

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