Tentative de recolonisation de l’Afrique: Les leçons de l’Amérique à l’Afrique

Tentative de recolonisation de l’Afrique: Les leçons de l’Amérique à l’Afrique

La convention de Philadelphie qui se tient du 14 Mai au 17 septembre de l’année 1787 a comme principal objectif de mettre les Etats-Unis, pays nouvellement indépendant sur orbite. Pendant que John Adams, Alexander Hamilton, Thomas Jefferson, et George Washington, à qui il faut ajouter Benjamin Franklin, John Jay et James Madison sont entrain de manœuvrer pour la mise en place d’un nouveau gouvernement, outre atlantique, plus spécifiquement en Angleterre, le comité des 300 (que l’on appelle aussi les Olympiens) met les dernière touche sur son plan de reconquête de l’Amérique initié depuis le début des années 1770 par anticipation a une éventuelle émancipation américaine.

En effet, bien que la Grande Bretagne ait perdu en 1783 la guerre contre ses colonies indépendantistes américaines (voir le Traité de Paris de 1783), il n’est pas concevable pour Londres de perdre le gain économique et financier que le royaume tirait des Etats-Unis. Alors il faut mettre à exécution un plan crédible dont l’objectif serait de préserver le même rapport économique qu’avant la guerre d’Indépendance. Pour atteindre cet objectif, il est indispensable d’empêcher l’industrie américaine naissante de se développer. Cette partie du plan ne pouvant se réaliser directement, il faut un véhicule. La Grande-Bretagne le trouve en l’éducation.

A cette époque, les Etats-Unis n’ont pas encore développé des institutions autonomes du savoir; ils n’en ont pas le capital humain suffisant, et sont toujours dépendants des Anglais pour les formations professionnelles et les manuels académiques. Les Anglais vont en profiter. Le Roi George III confie à l’économiste Ecossais, Adam Smith, la mission de développer une nouvelle théorie économique qui va justifier d’un point de vue scientifique le genre de rapport économique que Londres entend entretenir avec les Etats-Unis : c’est la naissance de la Théorie du Libre-Echangisme…

Ce nouveau paradigme a failli avoir raison des Etats-Unis jusqu’à ce qu’Alexandre Hamilton, alors Secrétaire américain au Trésor (ministre de l’Economie et des Finances) n’inaugure une série de mesures protectionnistes qui vont culminer avec la signature du Tariff Act de 1789 par le Président Washington. Car Washington et Hamilton croient que l’indépendance politique ne peut reposer que sur une indépendance économique réelle. Les Etats-Unis vont garder une tradition protectionniste intégrale jusqu’en 1945, date à laquelle ils adhèrent au libre-échangisme qui à ce moment leur est entièrement favorable.

Quelles leçons pour l’Afrique ?

  1. Le mode d’action des occidentaux n’a pas changé : il s’est tout simplement et intelligemment adapté à ce que l’on appelle la modernité. Les économistes du FMI et de la Banque Mondiale, de concert avec leurs relais locaux formés à l’école Occidentale ont noyé l’industrialisation naissante de l’Afrique du début des années 1980 avec les Plans d’Ajustement Structurels jouant ici le rôle de la théorie d’Adam Smith. Environ 20 ans après, au moment où l’Afrique commence de nouveau à sortir la tête de l’eau, ce sont les APE (Accord de Partenariat Economique) qu’on veut lui imposer. Heureusement pour certains pays africains, le discours de Lisbonne de Robert Mugabe dénonce et fini par déjouer ce plan.
  1. Il n’y a pas de solution non-africaine aux problèmes africains. En d’autres mots, que les Africains cessent d’aller chercher dans les théories existantes les solutions à leurs problèmes. En effet, dans les sciences dites sociales, bien qu’il ait en toute théorie scientifique quelques règles universelles, en gros, la théorie n’est que l’habillage scientifique d’une idéologie qui couvre une vision politique précise et des objectifs stratégiques bien définis. Les contextes et les situations étant différentes, les théories économiques, aussi sophistiquées soient-elles ne sont pas transposables d’un bloc à un autre. L’Afrique a les ressources intellectuelles nécessaires pour résoudre ses problèmes.
  1. L’Europe, étant très pauvre en ressources naturelles a développé un modèle économique mercantiliste dans lequel sa survie dépend de l’accès facile et à peu de frais aux matières premières et de l’élimination autant que faire se peut de la concurrence industrielle. Son rapport à l’Afrique ne peut donc par conséquent qu’être violent.
  1. L’Afrique de son coté, en tant que sanctuaire de la plupart des matières premières doit développer une économie qui réponde à des objectifs politiques et stratégiques appropriés, dont le premier est de se protéger contre l’extermination programmée ou au moins la remise en esclavage. Et sur ce point, nous répétons comme nous l’avons déjà dit à plusieurs reprises que la priorité pour l’Afrique dans l’accompagnement de son processus de libération est le développement d’une science de l’organisation et de la mobilisation des ressources tant humaines que matérielles et naturelles.
  1. L’Afrique doit rejeter le modèle actuel de globalisation car il lui est totalement défavorable. En plus de cela, elle doit bannir le système dominant des banques centrales qui est basé sur la dette. C’est à cause de ce système que tous ou presque tous les pays dits riches sont, dans un état d’insolvabilité financière catastrophique qui ne peut être compensé que par la prédation impérialiste. A titre d’exemple, aux Etats-Unis, 49 des 50 sont pratiquement en banqueroute, car ils ont fondé leur politique sur la dette. Le seul Etat solvable est le Dakota du Nord et pour cause, au moment où cet Etat signe son adhésion à l’Union, il exige de garder sa banque centrale entre ses mains, ce qui lui permet de se financer sans passer par la dette. Le résultat est là, cet Etat n’est pas endetté et a le taux de chômage le plus bas aux Etats-Unis. Les africains qui parlent monnaie gagneraient à étudier sérieusement cet Etat du Dakota du Nord.
  1. Même notre diplomatie doit changer en s’éloignant de l’académisme diplomatique. Disculper le commanditaire clair d’une tentative de coup d’Etat sur son territoire n’est pas un acte de diplomatie mais plutôt un acte de lâcheté. A ceux qui adoptent cette attitude, je renvoie aux propos que Churchill a tenus à Chamberlain dès son retour de négociation avec Hitler sur le sort des sudètes : « …Entre la lâcheté et la guerre, vous avez choisi la lâcheté, mais vous obtiendrez la guerre… »
  1. La diplomatie est comme un jeu d’échec, elle est très stratégique. Lorsque Macron va proposer à la Chine et à l’Inde une forme de dépeçage de l’Afrique, les diplomates africains devaient sauter le lendemain de ces visites dans des avions pour aller faire des contre-offres à ces pays, au lieu de rester sur place et de penser naïvement que ses pays sont nos amis.

Nous terminons l’article en expliquant à travers un exemple pourquoi il serait naïf de penser que des pays tiers vont défendre nos intérêts

La compagnie Areva, dans son rapport d’activités de 2016 dit clairement que l’un de ses objectifs est la conquête des marchés asiatiques, en particulier Chinois et Indien. Or Areva a subi une restructuration dans laquelle l’Etat français a injecté pour des raisons tactiques sur lesquelles nous ne nous étalerons pas, 2 milliards d’euros. Des partenaires japonais, notamment le groupe industriel Mitsubishi Heavy Industry (MHI) et la Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL) y ont ajouté 500 millions d’euros. Entre-temps Areva a promis de vendre 20 millions de tonnes d’uranium à la Chine ; en finances cela s’appelle un contrat futur. Sur la base de cette promesse, la Chine développe de nouvelles usines automobiles et aéronautiques, et rassure des multinationales américaines qui comptent en faire de même en Chine de ce que leur demande en énergie sera satisfaite. La compagnie française Areva quant à elle, en tant que partenaire dans l’exploitation des mines du McArthur River et du Cigar Lake au Canada et de Katco au Kazakhstan engage sur la base de l’argent qu’elle va recevoir des Chinois des investissements sur ces deux sites.

Maintenant supposons un seul instant que l’Afrique réussisse à chasser la France du Niger. La conséquence est que tous ces projets vont tomber à l’eau, et amener tous ces pays à se liguer contre l’Afrique dans sa tentative de neutraliser la France. Ils n’hésiteront donc pas à aider la France dans sa tentative de reconquête de notre continent. Cette situation devrait donc faire réfléchir les africains sur le sens de la diplomatie. La diplomatie, la vraie, consisterait à rassurer et trouver des compensations à nos victimes indirectes et dans le processus à isoler la France. Nous espérons que nos diplomates et leaders se mettent à l’école de la Real-Politic et choisissent, contrairement à Chamberlain de développer avec courage une stratégie bien pensée et concertée qui aidera l’Afrique de vraiment se prendre en main, et le cas échéant, de faire face avec fortitude à toute aventure militaire de tout prédateur indélicat.

Paul D Bekima pour le Sphinx Hebdo

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