Tout comprendre à l’affaire Balkany : Grand “ami” de l’Afrique généreuse!!!​
Patrick et Isabelle Balkany, en novembre 2009 à Levallois-Perret. | AFP/REMY DE LA MAUVINIERE

Tout comprendre à l’affaire Balkany : Grand “ami” de l’Afrique généreuse!!!​

Le député UMP des Hauts-de-Seine et maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, a été mis en examen, mardi 21 octobre, pour « blanchiment de fraude fiscale », « corruption » et « blanchiment de corruption ». En mai, c’est sa femme Isabelle qui avait été mise en examen pour « blanchiment de fraude fiscale ».

Pourquoi l’affaire ?

Officiellement, Patrick Balkany, très proche de Nicolas Sarkozy, et sa femme Isabelle déclarent des revenus d’environ 145 000 euros. Lui a déclaré, en 2012, 87 175 euros de revenus tandis qu’elle a été… non imposable, se voyant rembourser 6 000 euros du Trésor public après s’être déclarée en tant que « personne isolée » et donc bénéficié d’une demi-part fiscale supplémentaire.

Problème : les enquêteurs mettent en lumière un train de vie beaucoup plus important qu’annoncé. La seule déclaration de rémunération des employés à domicile pour l’année 2012 s’élève ainsi à… 127 000 euros.

L’enquête du pôle financier cible ainsi le patrimoine supposé important des Balkany, qui aurait été acquis par « un schéma sophistiqué de fraude » par le biais de sociétés écrans et de comptes offshore. L’étude des comptes du couple montre également un train de vie fastueux (voyages, dépenses diverses).

Les éléments qui accréditent l’hypothèse de revenus et patrimoine non déclarés

1. Des dépenses importantes régulières

Le train de vie des Balkany tel qu’analysé par Tracfin, l’organisme anti-blanchiment de Bercy, semble incohérent avec leurs revenus, Patrick Balkany ayant par exemple déclaré 87 175 euros de revenus en 2012, contre 50 683 euros pour Isabelle. Cette année-là, les comptes du premier affichaient un solde positif de 375 000 euros mais avec des mouvements atteignant 2 millions d’euros en crédit, contre 325 000 euros pour ceux de la seconde avec des mouvements jusqu’à 5,2 millions d’euros.

Le couple est officiellement propriétaire d’une luxueuse maison à Giverny, dans l’Eure, et locataire d’un deux pièces de 34 m² à Levallois-Perret. Leurs dépenses, passées au crible par la cellule d’investigation financière, affichent des montants importants, comme 15 000 euros de décoration, prêt à porter ou courses au Maroc entre décembre 2008 et octobre 2009, 40 000 euros de décoration à Saint-Martin en cinq ans. Au total, les cartes bleues des Balkany affichent des débits allant jusqu’à 360 000 euros pour une année, bien loin de leurs revenus déclarés.

2. Un virement de 5 millions de dollars

Au cours de son enquête, Tracfin a relevé un mouvement financier suspect entre un industriel belge situé en République démocratique du Congo, George Forrest, et la société Himola Company Corp, basée au Panama et dont le bénéficiaire économique est Jean-Pierre Aubry, bras droit de Patrick Balkany à la mairie de Levallois-Perret. Deux virements de 2,5 millions de dollars (3,6 millions d’euros au total à l’époque) ont ainsi transité les 22 et 29 juin 2009. Soit juste avant l’achat soupçonné par le couple du ryad marocain de Dar Gyucy.

Mais ces transactions n’étaient pas liées directement à M. Balkany. C’est désormais chose faite avec le témoignage de George Forrest au juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke le 18 septembre. L’industriel a expliqué que Patrick Balkany avait servi d’intermédiaire lors du rachat d’une société d’exploitation d’uranium opérant en Namibie.

« Comme M. Balkany m’avait apporté l’affaire et que tout commissionnaire reçoit une commission, j’ai négocié avec M. Balkany à 1 %. On a arrondi à 5 millions de dollars. »

George Forrest a assuré que c’est bien « M. Balkany lui-même » qui « dans son bureau à la mairie de Levallois, a noté sur un bout de papier » le numéro de compte de Himola à Singapour.

Un autre témoignage a permis de lier Patrick Balkany à la société Himola. Entendue par la justice le 24 septembre, la gestionnaire de fonds Diana Brush, directrice de la société suisse Gestrust, elle-même propriétaire de Himola, a assuré que « le véritable propriétaire de Himola était M. Balkany ».

3. La somptueuse villa « Pamplemousse » à Saint-Martin aux Antilles

Les enquêteurs suspectent également le couple Balkany d’être propriétaire, sans la déclarer, d’une somptueuse villa à Saint-Martin, dénommée « Pamplemousse ». Cette demeure est possédée par une société basée au Liechtenstein, Real Estate French West Indies, dont le bénéficiaire économique (la personne qui peut effectuer des opérations sur et par le compte bancaire) n’est autre que… Isabelle Balkany. De son côté, Patrick Balkany est lui titulaire d’un contrat d’assurance habitation pour cette villa.

De plus, les enquêteurs ont mis en lumière « une fréquentation constante [du couple] de l’île de Saint-Martin entre mars 2007 et la période récente » avec « près d’une centaine de paiements identifiés » (au moins 11 séjours d’Isabelle Balkany, 13 de Patrick Balkany). Leur fils Alexandre s’est lui aussi « régulièrement rendu à Saint-Martin au cours des années 2012-2013 » alors que « quasiment aucune dépense hôtelière [n’a été] enregistrée lors de ses placements ».

Placée en garde à vue puis mise en examen en mai pour « blanchiment de fraude fiscale », Isabelle Balkany a admis être « propriétaire de cette maison depuis 1997 », acquise « avec des fonds parfaitement licites », selon son avocat, Me Grégoire Lafarge. Il a reconnu que cette villa n’avait « pas été régulièrement déclarée, l’ISF n’a pas été réglé ».

4. Une autre villa luxueuse, au Maroc

Le couple Balkany nie toutefois être propriétaire d’une autre demeure somptueuse, à Marrakech celle-là. La villa « Dar Gyucy », située à Marrakech, fait l’objet d’un complexe montage de sociétés-écrans et au financement flou. Elle a été achetée par la société civile immobilière (SCI) « Dar Gyucy », créée en août 2009 et dont le bénéficiaire économique est Jean-Pierre Aubry, le bras droit de Patrick Balkany à Levallois-Perret. Or les enquêteurs ont constaté que ce dernier, officiellement le propriétaire de la demeure, a séjourné à l’hôtel lors de voyages à Marrakech.

Il n’y a pas de lien direct entre la villa « Dar Gyucy » et le couple Balkany. La SCI « Dar Gyucy » est possédée à 1 % par Diana Brush, la gestionnaire de fonds citée précédemment, et à 99 % par une autre société, Haydrige Investments Group Corp. Cette dernière, basée au Panama, est présidée par Marc Angst, qui n’est autre que le président de Gestrust, la société qui emploie… Diana Brush. La villa a été financée, pour un montant de près de 3 millions d’euros, par deux sociétés égyptiennes, dont une dirigée par le cheikh milliardaire Mohamed Bin Issa Al-Jaber, qui a réalisé plusieurs investissements importants à Levallois-Perret.

Mais les enquêteurs disposent d’un faisceau d’indices sur les propriétaires réels de la villa. Le compte bancaire de la SCI « Dar Gyucy » a ainsi été alimenté à plusieurs reprises par Julien Balkany, demi-frère de Patrick, en 2011, 2012 et 2013, tandis qu’Alexandre, le fils du couple, a lui versé 45 000 euros au total en 2012 et 2013.

Par ailleurs, l’analyse des dépenses par carte bancaire d’Isabelle Balkany montrent d’importantes dépenses d’ameublement et de décoration, sur Internet (pour un montant total de 18 266 euros) ainsi qu’à Marrakech (au moins 15 000 euros), entre décembre 2008 et janvier 2010, juste après le versement de 5 millions de dollars – or, la villa « Dar Gyucy » a été acquise en janvier 2010. Et là encore, les séjours marocains très fréquents des Balkany ainsi que de leur fils,« sans dépense hôtelière », ont alimenté les soupçons des enquêteurs.

Par Alexandre Pouchard, Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Source: Le Monde.fr

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Le couple Balkany raconté par ses comptes

« Blanchiment de fraude fiscale », « corruption » et « blanchiment de corruption », tels sont les faits pour lesquels le député-maire de Levallois, Patrick Balkany, est mis en examen. L’affaire touche à la fortune du couple qu’il forme avec son épouse Isabelle, et notamment à plusieurs propriétés immobilières qu’ils auraient dissimulées au fisc.

Le Monde a eu accès à trois notes de Tracfin, la cellule antiblanchiment du ministère des finances, qui a épluché les comptes des deux époux. Ces notes dressent un portrait assez insolite de ce couple emblématique et de son train de vie.

1. Plus de dépenses de personnel que de revenus déclarés

Les époux Balkany ne sont pas astreints à l’impôt sur la fortune. Leur déclaration d’impôt en ferait presque un couple de la petite bourgeoisie :

Isabelle vit d’une retraite, d’une rente viagère, de quelques produits financiers, et surtout de son indemnité d’élue de Levallois : 50 683 euros au total. Elle a même bénéficié, au titre de « personne isolée, d’un remboursement des impôts, qui lui ont reversé 6 000 euros en 2012. Le couple avait expliqué qu’il avait été un temps séparé (en 1996), et qu’il a, depuis, omis de rectifier sa situation auprès du fisc.

Patrick, lui, affiche des revenus de député-maire plus confortables : 25 000 euros en tant qu’élu local, plus 53 496 euros en tant que parlementaire en 2012. Il touche en outre 8 679 euros de la Semarelp, une société qui se charge de gérer le « patrimoine privé » de Levallois.

143 000 EUROSLe couple percevait donc, en 2012, environ 143 000 euros par an. Soit 12 000 euros par mois. Pourtant, les deux parviennent à déclarer des dépenses de personnel supérieures : 127 000 euros pour les employés à domicile de monsieur, 68 733 euros pour madame. Soit un total de 195 733 euros, largement plus que les revenus des Balkany !

Tracfin relève également les comptes très positifs du couple : en 2012, ceux de madame affichaient jusqu’à 325 000 euros, quand monsieur était à 375 000 euros.

Officiellement, à Levallois-Perret, sa ville, Patrick Balkany est… locataire, d’un deux-pièces de 34 mètres carrés, ainsi que d’un garage et d’une « pièce d’agrément ». Un appartement qu’il possédait, mais qu’il a vendu, pour 470 000 euros, tout en continuant à l’occuper.

Il est également officiellement propriétaire, en indivision avec son épouse, du« Moulin de Cossy » à Giverny, dans l’Eure, une propriété décrite comme immense et très luxueuse, où le couple réside en réalité, entre deux voyages à Marrakech ou dans les Antilles.

Ni Isabelle ni Patrick Balkany ne déclarent de compte à l’étranger, et ni l’un ni l’autre ne paient l’impôt sur la fortune.

Pourtant, note Tracfin, les comptes des deux époux montrent des mouvements de fonds largement plus importants. Au total, entre 2007 et 2012, Patrick a enregistré plus de 2 millions d’euros en crédit, quand Isabelle allait jusqu’à 5,2 millions d’euros.

2. Deux globe-trotters dotés de Visa Infinite

Ce n’est là que la première bizarrerie que dévoilent les comptes des époux.

Le couple posséderait, selon les investigations de Tracfin, trois propriétés, l’une à Giverny, la deuxième à Marrakech et la troisième sur l’île de Saint-Martin, cachées derrière des sociétés-écrans.

Lire : Comprendre l’affaire Balkany

A Marrakech, Dar Gyucy est un riad de 1 600 mètres carrés et un hectare de jardins aménagés, qui a été proposé à la vente pour 5,5 millions d’euros en 2008. A Saint-Martin, la villa Pamplemousse – dont Isabelle a admis qu’elle était bien propriétaire depuis 1997 – vaut au moins 3 millions d’euros.

Les Balkany l’ont parfois louée, entre 5 500 et 8 000 euros la semaine, notamment à Liliane Bettencourt ou à l’un des fils de Mouammar Kadhafi, selon Le Point.Problème : selon Tracfin, le produit de ces locations n’est jamais apparu sur les comptes du couple. Ce qui alimente les soupçons de comptes offshore.

41Tracfin relève, depuis 2008, au moins 11 déplacements d’Isabelle à Saint-Martin et 20 à Marrakech, parfois pour deux mois consécutifs. M. Balkany, lui, se contente de 14 séjours au Maroc et 13 à Saint-Martin.

Pour prouver qu’ils en sont propriétaires, la cellule d’investigation financière a remonté la « piste de papier » de leurs cartes bleues. Et donne un tableau de synthèse des paiements effectués par Patrick et Isabelle Balkany, que ce soit avec leurs American Express ou leurs cartes Visa Infinite, la plus luxueuse de la marque.

On y découvre, en cinq ans, pas moins de 37 périodes où Isabelle a effectué des paiements depuis l’un des deux endroits : 21 fois au Maroc et 16 à Saint-Martin. Plus globe-trotter, Patrick Balkany, outre ces deux destinations, se rend également souvent en Suisse (cinq fois), en Israël (trois fois), au Qatar (deux fois), au Royaume-Uni (trois fois)…

Plusieurs points étonnent Tracfin. Notamment le fait qu’« aucun paiement par carte bancaire n’a été relevé entre septembre 2010 et août 2012 (soit un an) sur l’île de Saint-Martin ». La cellule émet plusieurs hypothèses, dont celle de comptes offshore qui leur permettraient de payer leurs dépenses sur place.

3. Abonnements Canal+ et dépenses de décoration

Les rapports dévoilent aussi de plus petits détails, mais qui sont révélateurs. Comme les dépenses du couple. On apprend ainsi qu’entre le 30 décembre 2008 et le 28 octobre 2009, et en cinq séjours au Maroc, Isabelle Balkany a dépensé 15 000 euros en décoration, prêt-à-porter ou courses.

A Saint-Martin, les factures de supermarché vont de 1 000 à 2 000 euros, quand il ne s’agit pas de décorer la maison, pour 40 000 euros en cinq ans.

De même, en 2008, Mme Balkany signe un chèque de 18 500 euros à « Motor World », concessionnaire automobile de Saint-Martin. Et Patrick est signataire de contrats d’assurance, auprès d’un assureur de l’île, pour deux véhicules : un Nissan X-Trail (un 4 × 4 qui se vend autour de 30 000 euros neuf) et un Infiniti Q56 (autre 4 × 4 de valeur équivalente). Madame, elle, assure un Infiniti FX35 (toujours un 4 × 4 de luxe) et un Daihatsu Tipper (un camion à benne).

18 265La décoration est un souci constant du couple, au vu de ces autres factures détaillées dans les rapports : entre mars 2009 et janvier 2010, les Balkany ont dépensé 18 265 euros sur divers sites Web dédiés à la décoration.

7Mais les cartes bleues des Balkany montrent que ce ne sont là que quelques petites dépenses. Elles affichent des débits qui vont jusqu’à 360 000 euros pour une année. Tout ou presque est excessif chez les Balkany, jusqu’à – détail qui étonne Tracfin – le nombre d’abonnements à Canal+ du couple : pas moins de sept !

Par Samuel Laurent, Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Source: Le Monde.fr

 

 

 

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