Transes, exorcisme…: Pour l’Abbé Norbert Eric Abékan, «Il ne faut pas voir le diable partout»

Transes, exorcisme…: Pour l’Abbé Norbert Eric Abékan, «Il ne faut pas voir le diable partout»

Mercredi 15 novembre, un exorciste a été dépêché au lycée moderne de Nassian, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, après des épisodes de transes chez des jeunes filles de l’établissement.

Pour mieux comprendre ces phénomènes La Croix Africa a posé des questions au père Norbert Eric Abékan, exorciste du diocèse d’Abidjan.

Qu’est-ce que l’exorcisme ?

Père Norbert Eric Abékan : Exorciser, signifie faire sortir le diable. L’exorciste est celui qui a été désigné par l’évêque pour chasser le démon en priant au nom de Jésus-Christ. On ne parle d’exorcisme que dans les cas de possession démoniaque, qui sont très rares. Possession de personnes, de lieux voire d’animaux.

Les autres prières faites par exorciste et qui sont les plus fréquentes, sont des prières de délivrance ou libération.

Les transes sont-elles forcément diaboliques ?

N-E. A. : Les cas de transes diaboliques sont extrêmement rares. Je suis exorciste depuis plus de 30 ans et je n’ai connu que trois cas de possession démoniaque avérée… Une personne possédée se caractérise par sa violence, sa haine du sacré, certains traits du visage pendant la séance d’exorcisme.

Dans la plupart des cas, les personnes qui sont sujettes aux transes ont eu des blessures intérieures ou sont fragilisées psychologiquement. Je peux citer le cas d’une jeune femme qui a été conduite chez moi car elle entrait en transe à chaque fois qu’elle allait à des funérailles. Elle avait été traumatisée de voir le cercueil de son père assez jeune et son traumatisme se manifestait par des transes à chaque fois qu’elle était confrontée à la mort.

D’autres transes sont liées à des maladies ou tout bêtement à la faim. Cela arrive dans des groupes de prière où des gens jeûnent pendant plusieurs journées d’affilée… Dans ces groupes, les transes s’expliquent souvent de manière tout à fait rationnelle : elles peuvent aussi être liées au bruit, à la musique, aux voix et injonctions auxquelles sont soumis les participants des prières d’évangélisation.

Dans le cas du lycée des jeunes filles de Nassian, comment expliqueriez-vous ces transes ?

N-E. A.  : Il ne faut pas généraliser mais les transes collectives dans les écoles sont rarement diaboliques. Elles se déclenchent souvent chez les personnes fragilisées.

Parfois, une seule personne dans un groupe a de vraies transes et les autres l’imitent pour se faire remarquer. J’ai aussi connu des cas où c’était juste la peur des examens qui déclenchait les transes. Il ne faut donc pas voir le diable partout  !

Comment distinguer une possession démoniaque d’un cas psychologique ?

N-E. A.  : Il faut prendre le temps d’écouter et d’observer. Je vais donner un exemple très concret. J’ai été appelé par un prêtre qui, pendant des heures, s’est acharné à tenter d’exorciser une jeune femme qui était entrée en transes au moment de recevoir le Corps du Christ. Voyant ses efforts vains, il m’a appelé.

À mon arrivée, j’ai posé des questions à la jeune femme. Il se trouvait qu’elle se sentait coupable de la mort de sa meilleure amie parce que des cambrioleurs, qui s’étaient introduits chez elle, avaient tiré à bout portant sur cette dernière qui s’affairait à la cuisine. Estimant que c’est elle qui aurait dû mourir, la jeune femme est devenue dépressive. Il lui fallait juste une écoute, et des prières de libération et non un exorcisme.

Recueilli par Lucie Sarr

Source: la-croix.com

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