Treize ans après: Quel bilan de la Table ronde de Linas-Marcoussis?

Treize ans après: Quel bilan de la Table ronde de Linas-Marcoussis?

Dans un tweet publié hier soir, le président de Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), le Pr. Mamadou Koulibaly, a invité les Ivoiriens à une rétrospection : «Le 15/01/2003 s’ouvrait la table ronde de Marcoussis pour la paix et la réconciliation en Côte d’Ivoire. Demain, le 15/01/2016 : quel bilan ?»

Au terme de négociations qui ont débuté le 15 janvier 2003 pour dix jours et ont réuni Fpi, Udcy (pour le compte du pouvoir issu des urnes en octobre 2000) ; Pdci-Rda, Rdr, Mfa, Pit, Udpci (pour l’opposition) et Mpci, Mjp, Mpigo (pour la rébellion proche de l’opposition, auteurs de la tentative de coup d’Etat du 19 septembre 2002), autour du français Pierre Mazeaud (président de la Table ronde), assisté de Keba Mbaye, de Seydou Diarra et des représentants de l’Onu, de l’Union africaine et de la Cedeao, les parties ont convenu, en sus du maintien de Laurent Gbagbo comme président de la République et de la mise en place d’un gouvernement de «réconciliation nationale» sous la houlette d’un premier ministre nommé de «façon irrévocable», de réaménagements constitutionnels, législatifs et réglementaires, concernant notamment le code de la nationalité, l’accès à la citoyenneté, le régime électoral, la mise en place d’un statut de l’opposition, l’indépendance de la justice et des médias, la lutte contre l’enrichissement illicite et la corruption, le contrôle du patrimoine des personnes élues, les conditions d’éligibilité à la présidence de la République, la nécessité de publication du bulletin de santé du président de la République, des réformes dans le domaine foncier, le désarmement, la sécurisation des libertés publiques, la poursuite des criminels de guerre…

Bilan négatif

Alors treize ans plus tard, quel est le bilan ? Cela en valait-il la peine ? La Côte d’Ivoire est-elle pacifiée et réconciliée ? Force est de constater que la réponse est négative.

L’application à géométrie variable des accords a surtout servi à enrichir les animateurs de tous les partis politiques et parties prenantes, qui se sont partagés les nombreux portefeuilles ministériels et ont allègrement pillé les ressources de l’Etat, au grand dam des populations maintenues dans une pauvreté criarde. Grâce à Marcoussis, des gens comme Guillaume Soro, Hamed Bakayoko, Wattao et autres tenants de la rébellion et de l’opposition proche de Ouattara, sont devenus milliardaires, tout comme des membres des partis soutenant Laurent Gbagbo. Tous les projets de développement humain ont été abandonnés, soit disant pour se concentrer sur une «sortie de crise» qui s’est achevée, à l’issue des premières élections présidentielles post Marcoussis en octobre 2010, par une guerre sanglante et des milliers de vies humaines détruites sur l’autel d’ambitions personnelles et mercantiles pour les acteurs ivoiriens impliqués, et de la préservation d’intérêts économiques et de la mainmise sur son pré carré du côté français.

Une autre leçon que l’on peut tirer de Marcoussis est qu’il est suicidaire pour un peuple de laisser ses dirigeants se tailler une constitution sur mesure, qui accommode leurs plans personnels plutôt que d’avoir en vue l’intérêt général de la nation. La constitution de 1960 avait pour but de mettre en place le régime présidentiel qui permettrait à la France coloniale de garder la main sur la Côte d’Ivoire, au-delà de l’indépendance, à travers la manipulation d’une marionnette, le président de la République. La 2ème constitution de 2000 visait quant à elle à exclure Alassane Ouattara de l’élection présidentielle. On a vu où cela nous a menés. La modification constitutionnelle annoncée par Ouattara en 2016 doit exclusivement lui permettre de confisquer et de s’éterniser au pouvoir au-delà de 2020, en faisant sauter la limitation d’âge, la limitation des mandats et en introduisant une vice-présidence qui accommodera son clan. Il est évident que cela conduira de nouveau à des violences à court ou moyen terme.

Le non-respect des textes et des engagements s’est également établi comme une tradition ivoirienne depuis Marcoussis. Ni Ggbabo, ni Soro, ni Ouattara n’ont honoré les termes de l’accord. Bien au contraire, une fois installé au pouvoir, et son rival emprisonné et livré à la Cpi, Ouattara a systématiquement violé les engagements convenus : les médias sont caporalisés, instrumentalisés comme jamais, l’opposition est bâillonnée, son statut lui est refusé, seul le camp Gbagbo fait l’objet de poursuites judiciaires, les criminels de guerre du camp Ouattara sont promus…

Hasard ou ironie de l’histoire : C’est aujourd’hui 15 janvier 2016, soit treize ans jour pour jour après l’ouverture de table ronde qui a consacré son émergence internationale, que la justice burkinabè a émis un mandat d’arrêt international contre Guillaume Kigbafori Soro, le chef de la rébellion armée qui a permis à Ouattara de s’installer au pouvoir en 2011, avec les soutiens des armées française et onusienne.

Koulibaly, l’homme qui avait eu raison trop tôt

Une personnalité politique avait très rapidement décelé l’incapacité de la table ronde de Linas-Marcoussis à ramener la paix en Côte d’Ivoire : Le Pr. Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale d’alors, aujourd’hui président du parti d’opposition LIDER. Dans un acte d’éclat, il avait claqué la porte des négociations et était rentré à Abidjan avant la fin des travaux, qualifiant les accords issus des discussions en cours de «consensus à la hussarde » et dénonçant sévèrement la manière de conduire les travaux de Pierre Mazeaud, juge constitutionnel français.

«J’ai constaté que Pierre Mazeaud était en train de faire un coup d’Etat constitutionnel. Ce que les rebelles n’ont pas réussi à faire militairement, il le fait à Marcoussis. Au lieu de rappeler les procédures constitutionnelles, de condamner l’usage des armes, M. Mazeaud a renversé le problème : ce ne sont plus les rebelles, c’est le peuple de Côte d’Ivoire qui se retrouve à la barre des accusés. La méthodologie de travail de Pierre Mazeaud, son comportement et ses propos au cours de la table ronde ne sont pas de nature à favoriser un travail serein, surtout pour quelqu’un comme moi. Il fait pression pour que nous changions nos textes pour plaire aux rebelles. Moi je ne pouvais accepter cela» déclarera-t-il mercredi 22 janvier 2003 sur Rfi.

Laurent Gbagbo fera immédiatement savoir que le départ de Koulibaly était son initiative personnelle et diligenta l’alors premier ministre Pascal Affi N’Guessan pour le remplacer et signer le 24 janvier 2003.

Si les accords de Linas Marcoussis ont permis à Ouattara et à ses rebelles d’atteindre leur objectif, à savoir prendre le pouvoir, ils n’ont pas pour autant permis à la Côte d’Ivoire de repartir d’un bon pied. L’ivoirité créée par Henri Konan Bédié mais reprochée à Laurent Gbagbo aura fait place au rattrapage ethnique d’Alassane Dramane Ouattara. «Les Ivoiriens demeurent plus que jamais divisés. Les prisonniers politiques et les exilés politiques sont innombrables et l’insécurité reste endémique», constate Hervé Christ, journaliste à Leadernews.

Que de temps perdu et de sang versé pour rien! Il reste à espérer que les populations ivoiriennes sauront en tirer les leçons, en opposant une fin de non recevoir à toute modification de la constitution proposée par Ouattara qui ne concernera pas exclusivement la mise en place d’un régime parlementaire, meilleur garant du contrôle accru des personnels politiques et de la limitation du pouvoir de l’Etat.

Source: lider-ci.org

One comment

  1. Les français sont de gros truands. Ils avaient déjà leur idée de faire croquer de la crotte à SEM Gbagbo pour installer les rebelles Dramane Allssane et Soro Kigbafori Machette. Très tôt Honorable Mamadou Koulibaly avait vu la supercherie pour claquer la porte du marché de dupes. A la vérité, SEM Gbagbo était mal accompagné avec des délinquants comme Judas Affi Pascal qui n’avait d’intelligence que leur petitesse orgueilleuse. Pour nous qui sommes analyste en PBS,la photo ci-contre étalait trop et clairement comment la france des voyous cajolait et chouchoutait la rébellion.Regardez bien la photo ci-contre:sous le regard penaud de Judas Affi Pascal (naïf),il y a le rebelle Soro qui a la main du français sur l’épaule.En PBS,c’est le vrai signe de complot et le signalement tout assuré de la protection dans la complicité.Tous les signaux étaient allumés rouge pour ne pas accompagner la supercherie…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.