Trump et le racisme : une longue histoire (Lu sur rollingstone.fr)

Trump et le racisme : une longue histoire (Lu sur rollingstone.fr)

Donald Trump n’a jamais vraiment caché sa vraie personnalité. Il est désormais le président des Etats-Unis, mais refuse néanmoins de condamner ouvertement les actes racistes

Donald Trump a donné une conférence de presse mardi, durant laquelle il a dit globalement le contraire de ce qu’il avait affirmé lors de sa première conférence lundi. Alors qu’il expliquait condamner les néo-nazis et les suprématistes blancs, il a également dit qu’il y avait « beaucoup de gens bien » parmi ceux qui défilaient avec des drapeaux arborant des croix gammées et avec des boucliers sur lesquels étaient gravés des symboles racistes. Donald Trump a clairement exprimé son opposition aux destructions et suppressions de monuments Confédérés. Une nouvelle fois, le président a critiqué les deux parties pour les actes de violence survenus ce weekend. Il a confirmé son incapacité totale à comprendre ce qu’est le racisme systémique ainsi que le rôle qu’il joue dans la perpétuation de ces idées.

Le moment qui m’a le plus marqué dans le discours arrangé que Donald Trump a fait lundi après-midi n’a pas été quand il a qualifié le racisme de « mauvais » ou qu’il a enfin désigné le KKK, les néo-nazis et les suprématistes blancs. Ce qui m’a le plus choqué aura été sa remarque sur le drapeau. « Quelque soit la couleur de votre peau, nous vivons tous sous les mêmes lois. Nous saluons tous le même drapeau. »

Peut-être que Donald Trump aurait dû se pencher plus attentivement sur les actualités ce week-end. S’il l’avait fait, il aurait surement vu ces grands groupes de citoyens américains portant et saluant des drapeau qui n’avaient rien à voir avec la Bannière étoilée. Des drapeaux confédérés, des insignes racistes obscurs et des croix gammées… Tout y était.

Les racistes et les nazis et les suprématistes blancs ont été encouragés par la réticence de Donald Trump à dénoncer leurs groupes ou leurs idéologies directement après les violences survenues à Charlottesville et le meurtre de Heather Heyer. Et la dénonciation tiède, réticente, récitée qu’il fera quelques jours plus tard semble ne pas avoir découragé leur sentiment que Donald Trump les soutient du plus profond de son cœur desséché.

Même s’il est techniquement avéré que seul Donald Trump peut savoir ce qu’il se passe dans le cœur de Donald Trump, il nous a donné quelques indices pour se faire une idée assez précise de la chose. Il pense certainement que les nazis et leurs swastika et que les membres du KKK et leurs capuches sont des méchants – ils sont la cible facile, celle que tout le monde est supposée dénoncer – mais le gendre idéal, avec son polo et sa raie sur le côté, qui tient une torche allumée et chante des slogans affirmant qu’il ne sera remplacé ? Ceux-là sont ceux qui l’ont élevé là où il est aujourd’hui. Ils sont ses fidèles. Et ils savent qu’il est leur chef, parce qu’ils savent que Donald Trump est, tout comme eux, raciste.

Oh, bien sûr, ils ne le diraient pas comme ça. Ils pensent que le vrai racisme consiste à donner une chance aux gens de couleur dans un monde qui favorise dès la naissance les personnes qui me ressemblent. Ils pensent que les vrais racistes sont ceux qui déclarent que les vies des personnes afro-américaines comptent (Black Lives Matter) – « Et les nôtres alors ? ». Mais tout comme le président qu’ils acclament, ils sont putain de racistes.

Vous n’avez même pas besoin de sonder le cœur de Donald Trump pour voir son racisme. Il suffit de regarder tout ce qu’il a fait et dit au fil des ans – depuis le début des années soixante-dix, quand il a fait face à la justice pour une affaire de discrimination à l’encontre de son personnel, jusqu’à lundi, quand la nouvelle est tombée affirmant qu’il envisageait de donner une nouvelle chance au sheriff anti-migrants, Joe Arpaio.

Joe Arpaio fut le partenaire de Donald Trump lorsqu’il fallut développer la théorie selon laquelle le premier président noir des Etats-Unis était né au Kenya. Nous avons tous consciencieusement oublié – si ce n’est pardonné – les années que Trump a passées à construire une théorie basée sur la supposition qu’un homme noir au nom de famille original ne pourrait pas être Américain, pas comme nous.

Donald Trump est également étrangement obsédé par la supériorité supposée de ses gènes. Ce qui peut expliquer pourquoi son racisme est si souvent considéré comme son mode par défaut. Comme cette fois où l’actuel président des Etats-Unis a acheté une pleine page de publicité pour demander l’exécution de cinq adolescents noirs accusés d’avoir violé une joggeuse dans Central Park. Encore en 2016, plusieurs années après qu’ils ont été prouvés innocents, Donald Trump campait sur ses positions.

L’année dernière, Donald Trump montra à la face du pays son racisme. Du lancement de sa campagne lors duquel il avait qualifié les Mexicains de violeurs, à sa croisade contre les parents d’un soldat musulman tué sur le front, à ses exhortations à la violence contre un groupe minoritaire de manifestants lors d’un meeting, à sa promesse de construire un mur et de faire payer le Mexique, Donald Trump a construit toute sa campagne présidentielle sur le ressentiment racial et la peur. Ces choix furent délibérés. Sa campagne alimentait la notion de supériorité blanche et devint, de manière flagrante, un discours destiné à la population blanche mécontente.

Il ne s’est pas amélioré depuis qu’il est président. Il n’y a pas eu de changement. Il y a quelques semaines, Donald Trump donnait un discours à des policiers, lors duquel il a décrit en détails la violence de gang, essayant de faire passer tous les immigrés pour des criminels. Il a créé une commission afin de perpétuer le mythe de la fraude électorale – mythe qui fait partie d’un schéma mis en place il y a longtemps par l’aile conservative dans le but de supprimer le droit de vote à la communauté afro-américaine (entre autres).

Quelques heures à peine après avoir reculé face à la vindicte populaire et finalement condamné le racisme, Donald Trump a retweeté Jack Posobiec – une figure majeure de l’extrême-droite qui apparaît régulièrement sur le site conspirationniste Infowars et qui avait publié la photo d’une pancarte sur laquelle il était écrit « RAPE MELANIA » (« VIOLEZ MELANIA »).

Le jour même où Donald Trump avait qualifié le racisme de « méchant », il continuait de consolider sa base de fans racistes en promouvant un raciste notoire auprès de tous ses followers. Ce ne sont pas les actes de quelqu’un concerné de près par le racisme.

Son discours n’était pas suffisant. Ce n’est même pas parce qu’il est arrivée trois jours trop tard, ou qu’il l’a lu avec la conviction d’un otage lisant un texte de rançon. Si Donald Trump veut dire quelque chose de puissant sur le sujet, il faut qu’il reconnaisse sa propre complicité. Il doit admettre ses pêchés passés, et s’engager en tant que figure majeure mondiale dans l’activisme pour combattre le racisme sous toutes ses formes. Et je ne parierais pas un kopek là-dessus.

Le racisme ne se limite pas aux voyous qui ont marché sur Charlottesville. Il imprègne la culture américaine comme de l’humidité sur les murs. Vous ne pouvez pas simplement dire que les mecs en cagoule sont méchants et considérer que vous en avez fait suffisamment. Pour les personnes blanches, combattre le racisme (et tous les intégrismes) doit être un effort constant qui implique de se remettre en cause.

La remise en cause n’est pas le point fort de Donald Trump. Il croit peut-être même à ce qu’il dit quand il affirme être la personne la moins raciste sur Terre. Mais nous n’avons pas besoin de lire dans ses pensées pour connaître la vérité. Il a construit un héritage sur le racisme au fil des années – en tant que promoteur immobilier puis en tant que pensionnaire de la Maison Blanche.

Par Jesse Berney / Traduit par Louise-Camille Bouttier

Source: rollingstone.fr

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

CLOSE
CLOSE