Tueries de Nahibly (Duékoué): Un massacre planifié

Les populations à majorité Wê vivant depuis le 1er juillet 2011 sur le camp de déplacés de Nahibly – qui représentait «un os dans la gorge du gouvernement», selon le préfet de Duékoué – pouvaient-ils empêcher ce qui est finalement arrivé ce 20 juillet 2012 ? Une chose est certaine : l’attaque du camp de Nahibly a été préméditée : pensée, évoquée en des termes à peine voilés, puis froidement exécutée. Rien ne tient la route dans la thèse brandie par le gouvernement, y compris l’attribution sans enquête du braquage du quartier Kokoman aux habitants du camp de Nahibly. Comment en est-on arrivé à cette tragédie ? Qui sont les instigateurs ? Notre enquêteur a séjourné pendant près d’une semaine sur les lieux et a interrogé des dizaines de témoins. Il livre ici les fruits d’une investigation minutieuse sur une orgie de sang et de feu savamment planifiée. Et dont le bilan reste encore mystérieux.

C’est l’histoire d’un camp qui devait disparaître

Le sort des 5 328 déplacés, auxquels il faut ajouter 890 personnes recensées en 2012, qui sont partis de la mission catholique après y avoir trouvé refuge au plus fort de la guerre postélectorale, était déjà scellé.

D’une part, le gouvernement ne voulait plus de camps de déplacés de guerre. Il s’agissait pour le pouvoir de montrer à l’opinion et surtout à la communauté internationale, en dépit de la réalité, que tout va désormais pour le mieux en Côte d’Ivoire et que la réconciliation et la sécurité sont des réalités. «Mais est-ce qu’il y a la réconciliation ? On parle de cohésion, est-ce qu’il y a la cohésion ?», s’interroge encore et toujours Koulaï Thomas, délégué du quartier Toh Guéhi, l’un des 34 villages représentés sur le site de 24 hectares.

Ce camp présentait, selon l’analyse et les calculs du régime, une mauvaise image du pays. Il fallait donc sans débarrasser. D’ailleurs, au lendemain de l’attaque des Wê qui étaient sur le site, toutes les missions gouvernementales qui sont rendues sur place ont eu, comme si elles s’étaient passés le mot, le même leitmotiv, repris par Alassane Ouattara himself lors de ses prises de parole à l’occasion de sa visite en France : «Il n’y aura plus de camps de déplacés». Le gouvernement, il faut le rappeler, n’a cessé de faire pression sur les nombreuses ONG qui volent régulièrement au secours des déplacés. Objectif : obtenir leur départ pour rendre la vie impossible aux pensionnaires des camps.

En octobre 2011, une délégation ministérielle s’est rendue à Duékoué pour demander aux
populations de retourner dans leurs villages respectifs. Mais sans pour autant proposer des mesures sérieuses de réinstallation. «Nous avons dit au gouvernement que nous n’avons plus de maisons parce que nos villages ont été incendiés et nos maisons détruites. Nous avons dit que nos terres sont occupées par des hommes en armes, ce qui pose le problème de la sécurité. Toutes ces préoccupations n’ont pas été réglées et on nous demande de retourner », nous ont expliqué plusieurs personnes. Au-delà de la stratégie générale du régime, plusieurs personnalités politiques pro-Ouattara sur place et des responsables militaires n’avaient pas intérêt à ce que ce camp soit maintenu pour des raisons diverses. «Le ministre [du Pétrole, des Mines et de l’Energie] Adama Toungara n’a jamais accepté que le site soit dans le voisinage immédiat de sa résidence de campagne, qui se trouve à Duékoué. Il a toujours été contre la construction du camp», explique un cadre.

Pour le RDR local et ses démembrements, y compris armés, les pensionnaires du site essentiellement des Guérés qui sont considérés comme des soutiens indéfectibles de Laurent Gbagbo. Assez facilement, ils voient tout jeune Guéré comme un milicien potentiel. Les moins jeunes étant de toute façon perçus comme des adversaires politiques.

Le lieutenant Koné Daouda dit Konda, le commandant FRCI(Rebelles) de Duékoué, accusé d’être impliqué dans des crimes et affaires suspectes dont les témoins gênants habitaient le site, souhaitait voir ces derniers disparaitre. Au propre comme au figuré. Le camp de Nahibly était condamné.

Depuis quatre mois déjà, les humanitaires avaient coupé les vivres aux déplacés, cédant aux pressions du régime. Corollaire : une famille de 14 personnes a été décimée il y a deux mois après avoir consommé des champignons rendus létaux par des produits phytosanitaires dans un champ dans le village de Bahéhé.

Le lieutenant Konda, l’homme qui a des cadavres dans ses placards «Beaucoup de jeunes Wê notamment qui se sont réfugiés sur le site en savaient beaucoup sur les massacres qui ont eu lieu ici », glisse un de nos interlocuteurs.

En effet, selon des informations que nous avons recoupées, le garde du corps du lieutenant Konda a été tué en mars dernier à Bangolo par ses congénères. A l’origine, un malentendu sur le partage du butin portant sur la somme de 200 millions de francs CFA obtenu après l’assassinat d’un acheteur de produits – un Burkinabé. L’homme de main du commandant des FRCI(Rebelles) de Duékoué – qui agissait avec la bénédiction de son chef – faisait en effet partie d’un redoutable gang de coupeurs de route.

Ahata (d’ethnie Guéré), l’un des leaders de ce gang, en dissidence, trouve refuge au camp de Nahibly. Le lieutenant Koné Daouda ne digère pas ce camouflet. Il attend son heure pour frapper.

En mai 2012, un jeune Guéré, Gaha Franck, est arrêté au quartier Carrefour par les hommes de Konda. Et pour cause. Un problème foncier l’oppose à un Burkinabé. Dans la même période, les FRCI(Rebelles) appréhendent un jeune Togolais accusé de vol de motos. Il sera par la suite exécuté par ses geôliers sans aucune autre forme de procès. Son codétenu Gaha Franck sera maintenu en captivité par ses ravisseurs faute d’avoir payé la rançon de 500 000 FCFA réclamée. Il reste tout de même informé de tout. «Puisqu’ils avaient déjà tué le Togolais et que les gens étaient informés de ce qu’un voleur de moto présumé avait été arrêté, ils ont présenté le jeune de Carrefour – Gaha Franck – comme le voleur de moto», poursuit notre interlocuteur.

Un mois avant, un opérateur économique burkinabé – un certain Karim – résidant à Fengolo, avait saisi le lieutenant Konda «pour une affaire de femme» entre lui et Tahé Wilfried, un jeune Guéré, qu’il présente comme un braqueur. Le 13 avril, les FRCI(Rebelles) se rendent sur place. Aucune arme n’est découverte après une fouille minutieuse de son domicile. Il est toutefois conduit à Duékoué et incarcéré.

Entre temps, la police avait appréhendé, au corridor de Blody, Compaoré Adama – un Burkinabé – qui détenait des armes et des munitions. Le lieutenant Konda informe le commandant de brigade de Duékoué, l’adjudant- chef Megi que des voleurs de motos ont été mis aux arrêts. A la surprise du commandant de brigade (CB), qui s’attendait au jeune Togolais, c’est Gaha Franck et – résultat d’une imprudence de ses soldats – Tahé Wilfried qui sont présentés à la gendarmerie. Konda renvoie ses hommes chercher Tahé Wilfried. Mais celui-ci supplie le CB de ne pas le rendre aux FRCI(Rebelles), car il risque d’être assassiné. Malgré ses lamentations, il sera tout de même livré aux hommes de Konda. Au niveau de l’école Municipalité, il saute de la moto qui le transporte et tente de prendre la fuite. Il est criblé de balles. Nous sommes aux alentours de 17 heures et les tirs créent la débandade dans l’établissement.

Après cet assassinat, Konda demande au l’adjudant-chef Megi de mentionner dans son constat que Tahé Wilfried a été lynché à mort par la foule. Même requête auprès du commissaire de police Dosso Mandjou. Les deux hommes déclinent cette proposition.

La nuit tombée, les FRCI(Rebelles) viennent chercher le corps. Le procureur de Daloa réclame des poursuites, mais cela reste sans suite.

Gaha Franck, lui, sera déféré à Daloa. Il sera acquitté par la justice. Ce témoin gênant regagne fin mai 2012 son village, Carrefour. Informés, les FRCI(Rebelles) se lancent à nouveaux à sa traque et manquent à plusieurs fois de le «cueillir» chez lui. Pour se mettre à l’abri de représailles, il se cache d’abord à l’église du christianisme céleste de Carrefour avant de trouver refuge au
camp de déplacés de Nahibly.

Là, il rencontre des journalistes de médias occidentaux comme TV5 le 28 juin. Revenu de sa mission de Taï, Konda n’a pas caché sa colère après avoir constaté la libération de plusieurs jeunes qui avaient été incarcérés à l’instar de Gaha Franck. Les jours qui ont suivi, l’un d’entre eux, appelé «Bolo», qui se rendait à l’église, a été arrêté et exécuté par les FRCI(Rebelles). Le message était clair.

Comme il était clair que la présence sur le site de Nahibly de jeunes se trouvant dans le collimateur du lieutenant Koné Daouda parce qu’ils savaient des «choses terribles », le dérangeait profondément.

Comment l’opération a été minutieusement planifiée «Cette attaque était planifiée. Le braquage de Kokoman n’était qu’un prétexte pour tuer les Guérés», explique Gbeugnan Dominique, un délégué. De nombreux éléments amènent à être tenté de le croire.

Alors que le fameux braquage censé être l’élément déclencheur de l’attaque s’est déroulé aux alentours de 1 heure du matin, très tôt ce vendredi avant 7 heures, le camp est encerclé par les FRCI(Rebelles) et les dozos. Raison évoquée : les traces de sang d’un des bandits qui a été atteint dans les échanges de tirs ont conduit jusqu’au site.

«C’est invraisemblable. Le site est ouvert à 6 heures et au plus tard à 21 heures le portail est fermé. Donc personne ne pouvait rentrer à pareille heure. Les soldats onusiens veillaient à cela», s’indigne un expensionnaire de Nahibly.

Selon plusieurs témoignages, le projet de l’attaque circulait depuis belle lurette. Depuis des mois, les esprits ont été régulièrement conditionnés par les instigateurs. Leur leitmotiv : le site abrite des braqueurs et miliciens pro-Gbagbo. De quoi soulever le courroux de la population Malinké pro-Ouattara.

Les Guérés, en tant que communauté, sont systématiquement mis à l’index sans la moindre preuve – non sans subir des représailles à travers des rafles, enlèvements et assassinats – dans tous les braquages, agressions et tueries qui se sont d’ailleurs multipliés ces derniers mois au point de créer une psychose généralisée au sein de la population, contraignant certains habitants à quitter certains quartiers. «Il faut faire des enquêtes avant d’agir. Ici, on n’est pas protégé.

Quand on apprend qu’il y a eu un braquage ou une agression par des bandits, on dit que ce sont les Guérés de Duékoué. Mais qui a mené l’enquête ? Donc je demande au gouvernement de mener de vraies enquêtes. On tue quelqu’un à Logoualé, et on dit que ce sont les Guérés de Duékoué alors que rien ne prouve cela», s’est plaint le chef de canton Guéhi Joseph.

A Duékoué, la députée RDR Flanizana Touré est citée parmi ceux qui ont fait monter la mayonnaise et préparé les esprits à cette attaque meurtrière. Il se raconte qu’elle était en contact avec Ali Touré, un enseignant dans la ville, militant et activiste du parti d’Alassane Ouattara ; il est de surcroit membre des comités de paix censés sensibiliser les populations à la réconciliation. Elle aurait donc joué un rôle actif dans la mobilisation des populationsMalinké dans la perspective de cette attaque du vendredi 20 juillet 2012.

Elle entretient, rapporte des sources, des relations étroites avec les Dozos de la ville. Qui ont été également sollicités. Mais celle qui représente aujourd’hui les populations de Duékoué au parlement ne bénéficie pas de l’onction des autochtones Wê. Puisqu’elle est accusée par une partie de la population d’avoir appelé les Malinkés à l’insurrection qui a occasionné les incendies des quartiers Toh Guéhi, quartier Guéré et Belleville du 3 au 6 janvier 2011 pendant la crise postélectorale.

De son côté, mais de manière synergique, le lieutenant Konda s’est chargé de remobiliser tous les combattants démobilisés. Des témoins racontent que le 19 juillet, soit la veille de l’attaque du camp, il chauffait à blanc les jeunes Malinkés lors d’une rencontre à Monhessea. Le même jour, des Dozos ont aussi tenu une réunion dans un maquis au quartier «Déguerpi» à Guiglo avant de venir à Duékoué à partir de 22 heures.

Certains sont venus également de Bangolo et de Gbapleu (30 kilomètres). «La clôture du site fait cinq kilomètres. Il fallait donc un nombre impressionnant de dozos pour l’encercler», explicite un observateur.

Le 20 juillet, très tôt le matin, des femmes griottes ont investi Kokoman pour véhiculer «l’information» selon laquelle des pensionnaires du site avaient perpétré l’agression qui s’est produit en plein milieu de la nuit dans le quartier. Selon certaines informations que nous avons recoupées, le chef des Dozos a même pris le soin de confier à des amis Guérés de demander à leurs parents de quitter le site.

Bilan mystérieux de l’attaque de Nahibly

Tôt ce matin du vendredi 20 juillet, FRCI(Rebelles) et les dozos encerclent le camp qui, si l’on en croit le préfet Benjamin Effoli qui s’exprimait le 29 novembre 2011 lors d’une rencontre avec les pensionnaires du site, constituait «un os dans la gorge du gouvernement». Mais tout va tourner au drame lorsque sous le coup de 9 heures, des dizaines de jeunes Malinké convoyés par des minicars arrivent à faire tomber le portail du site – non sans avoir débordé les soldats du contingent marocain de l’Onuci chargé de la sécurité du site. C’est le carnage.

Le camp est incendié, des personnes sont brûlées vives et calcinées, d’autres tailladées à la machette, certaines sont criblées de balles, etc.

Devant les autorités de la ville avec à leur tête le préfet stationnées dans un premier temps au corridor (en face du site) avant d’accéder au site en plein déroulement des tueries.

Le Nouveau Courrier a pu voir des vidéos montrant le préfet en spectateur complice regardant une horde de jeunes, armes blanches en main, poursuivre des jeunes du camp et les exécuter sous ses yeux.

«Le préfet pouvait demander de ne pas attaquer le site puisque l’attaque a commencé devant lui», s’offusque un délégué. «Le sous-préfet de Guéhiébly avait un bâton en main pour dit-il apprendre à tuer un Guéré. C’est le sous-préfet central de Duékoué qui l’a interpellé disant qu’en tant qu’une autorité il ne pouvait tenir de tels propos», poursuit-il.

La «prophétie» d’un responsable onusien

Un ex-pensionnaire du site de Nahibly nous révèle des propos troublants. «Il y a 4 mois, monsieur Folly Coba un responsable de l’OCHA [structure onusienne de coordination des affaires humanitaires, ndlr] nous a dit au cours d’une réunion : «les ONG vous sensibilisent à un retour volontaire dans vos villages, vous refusez. Mais n’oubliez pas, vous risquez un Rwanda bis sur ce site.»». S’il ne s’agit bien entendu pas du Rwanda, la folie épuratrice voire exterminatrice était bien présente ce 20 juillet à Nahibly. Et les propos de M. Folly Coba attestent de ce que les responsables onusiens étaient informés de la gravité des menaces qui pesaient sur le camp de déplacés.

Jusqu’à présent, il est encore difficile d’avoir un bilan exhaustif sur le massacre de Nahibly. Les chiffres officiels parlent de 64 blessés et de 6 morts. Mais ce bilan est systématiquement contesté. «C’est incroyable», s’offusque le chef central de Duékoué Bah Tahé François. Puisque, affirme-t-il, le jour des événements il a pu dénombrer 13 corps lorsqu’il s’est rendu sur le site. Il parle également de 16 disparus selon les déclarations de proches.

Sans compter les nombreux corps qui n’ont pu retrouvés parce que plusieurs personnes tuées auraient été enterrées dans des fosses derrière la clôture du site. Un endroit auquel l’on ne pouvait pas avoir accès selon plusieurs témoignages – soutenus par le chef central – parce que des hommes en armes tiraient à chaque fois que l’on s’approchait.

D’ailleurs, selon des informations, un convoi de la Croix-Rouge a essuyé des tirs dimanche 22 juillet sur le site. Au même titre que la délégation du rapporteur spécial de l’Onu qui s’y est rendue le mercredi 25 juillet aux environs de 13 heures. En tout cas tous, certains jeunes qui étaient déjà ciblés comme Gaha Franck (dont nous avons parlé plus haut) sont passés de vie à trépas.

Téhé Alain, 22 ans, travailleur dans une société d’exploitation minière à Bangolo et qui s’est rendu sur le site pour voir sa femme qui venait d’accoucher, n’a pas été épargné par les FRCI(Rebelles). Il a été arraché de force ce vendredi 20 juillet en fin d’après-midi à l’hôpital alors qu’il suivait des soins – puisqu’il a été blessé pendant l’attaque – par le responsable des affaires civiles des FRCI(Rebelles), un certain Kolo, après avoir signé une décharge réclamée par le médecin. Il est depuis lors porté disparu.

«Lui, son problème c’est qu’il a vu beaucoup de gens exécutés devant lui», rapporte un proche. Il aurait confié au personnel médical qu’il a vu 63 personnes tuées sous ses yeux. «Actuellement, je ne sais pas où se trouve mon fils. On me dit que c’est Kolo qui a fait sortir mon fils de l’hôpital », explique en pleurs sa mère Téhé Bertine.

De nombreux témoignages indiquent que les FRCI(Rebelles) ont embarqué plusieurs jeunes aujourd’hui introuvables. «Je me suis rendue sur le site. Les gens fuyaient. Et il y a un groupe de militaires qui ont attrapé des jeunes. Parmi eux, j’ai reconnu l’enfant de mon grand-frère. Ils les ont mis dans un cargo et sont venus en ville avec eux. Ils étaient nombreux», raconte Monheyé Zo Bertine. Depuis lors, son neveu Monheyé Marius, 20 ans, est porté disparu.

Aussi, 47 blessés ont été enregistrés par l’AIBF (Association ivoirienne pour le bien-être familial) locale. Selon Gninion Paul, délégué du village de Dahoua qui été tailladé à la tête et à l’épaule, «les FRCI(Rebelles) sont venues prendre 4 personnes en ma présence pendant que j’étais à l’hôpital pour disent-ils aller les interroger».

Qui veut empêcher la manifestation de la vérité sur ces événements ? Même si la Croix-Rouge se désolidarise à travers un communiqué du chiffre de 211 morts donné par les cadres de l’ouest qui soutiennent le détenir de sources proches de l’organisation humanitaire, il n’en demeure pas moins que les morts ont été plus nombreux que les chiffres officiels. Selon le responsable de la communication de la Croix-Rouge Côte d’Ivoire, Kodjo Gaba Franck, l’organisation ne peut communiquer aucun chiffre en dehors de ceux donnés par les autorités. Ont-ils reçu des instructions dans ce sens ? Difficile de le dire.

Toutefois, plusieurs travailleurs de la Croix-Rouge locale de Duékoué avec qui nous avons échangé sont restés hermétiques. Et n’ont pas manqué de nous dire que depuis les événements de mars 2011 suite auxquels la Croix-Rouge avait annoncé 800 morts dans les massacres de Carrefour, ses agents sont désormais sous pression. L’organisation est désormais très prudente. D’ailleurs à l’annonce du chiffre de 211 morts, le bureau local a reçu des coups de fils d’Abidjan pour savoir qui avait pu livrer ce chiffre aux cadres Wê.

Une chose est sûre : à la vue des images atroces diffusées par les médias, c’était la panique au sein du régime, dont les tenants tentaient plutôt de minimiser le bilan de la tuerie. Sur la question des armes qui auraient été découvertes sur le site, certains pensionnaires
rejettent cette affirmation.

«Un responsable de ASA [Afrique Secours Assistance, gestionnaire du site,ndlr] qui s’appelle Anne a envoyé des détecteurs sur le terrain. On a rien trouvé», clame Gninion Paul.

En outre, des déplacés expliquent que deux semaines avant l’attaque du site, une unité de police onusienne composée de soldats pakistanais avait été installée sur le site à l’effet de rechercher d’éventuelles armes. Mais elle n’a également rien révélé jusqu’à la date du 20 juillet.

Les rumeurs d’attaque créent une atmosphère de tension et de psychose C’est un fait qui n’a pas été beaucoup commenté, alors qu’il témoigne très clairement de l’objectif de démanteler les camps de déplacés, tous les camps de déplacés.

Après le camp de Nahibly, les assaillants ont déferlé sur la Mission catholique pour s’en prendre au petit groupe de déplacés qui y réside toujours. Mais ils en seront empêchés. Ils ont tout de même eu le temps d’incendier le petit marché qui se trouve en face où la quasi-totalité des commerçants sont des Guérés.

Puis ils ont mis le cap sur le quartier Carrefour avant d’être à nouveau stoppés. Et depuis lors, des rumeurs d’attaque des quartiers et villages Guérés se font persistantes. Créant ainsi
la psychose chez ces populations qui sont obligées de déserter leurs villages.

«J’étais en réunion avec le préfet lorsque j’ai appris que le village de Carrefour se vidait à cause des rumeurs d’attaques. Je me suis rendu donc sur place pour aller rassurer les populations », a dit Karim Ouattara, le conseiller de Banny, lors d’une rencontre avec le chef central de Duékoué, jeudi 26 juillet.

En tout état de cause, même si un calme précaire est revenu dans la ville, la tension reste vive. «La paix en Côte d’Ivoire partira de Duékoué. Mais il faut qu’on arrive à se dire la vérité», insiste le premier adjoint au maire de Duékoué, Mondouho Paul.

La dépouille d’un déplacé qui a été brulé vif comme beaucoup d’autres.

Ces pensionnaires du camp de Nahibly ont été froidement abattus par les assaillants protégés par le régime.

Les populations à majorité Wê vivant depuis le 1er juillet 2011 sur le camp de déplacés de Nahibly – qui représentait «un os dans la gorge du gouvernement», selon le préfet de Duékoué – pouvaient-ils empêcher ce qui est finalement arrivé ce 20 juillet 2012 ? Une chose est certaine : l’attaque du camp de Nahibly a été préméditée : pensée, évoquée en des termes à peine voilés, puis froidement exécutée. Rien ne tient la route dans la thèse brandie par le gouvernement, y compris l’attribution sans enquête du braquage du quartier Kokoman aux habitants du camp de Nahibly. Comment en est-on arrivé à cette tragédie ? Qui sont les instigateurs ? Notre enquêteur a séjourné pendant près d’une semaine sur les lieux et a interrogé des dizaines de témoins. Il livre ici les fruits d’une investigation minutieuse sur une orgie de sang et de feu savamment planifiée. Et dont le bilan reste encore mystérieux.

Réalisé par Anderson Diédri

Source: Le Nouveau Courrier N° 581 du samedi 04 au dimanche 05 août 2012

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