UE/Afrique : Il ne manque plus qu’un sommet avec les Esquimaux

UE/Afrique : Il ne manque plus qu’un sommet avec les Esquimaux

L’Afrique noire se réveille. Les grands de ce monde s’y bousculent. Jugez-en vous-mêmes à travers ce grand nombre de rendez-vous périodiques pour s’attirer les faveurs du « Berceau de l’humanité » dont les beaux restes allèchent toujours.

On connaissait depuis des lustres le Sommet France/Afrique, désormais, il faut compter avec les Sommets Chine/Afrique, Inde/Afrique, Japon/Afrique, UE/Afrique, BRICS (1) / Afrique, USA/Afrique (prévu les 5 et 6 août prochain à l’initiative de Barack Obama).

Avec une croissance de près de 5,5% par an, atteignant même deux chiffres dans certains pays, comme la Sierra Leone, et comparé à l’Europe qui claudique, depuis, avec à peine 1% dans le meilleur des cas, le continent africain, qui était mal parti, avance dorénavant à pas de géant.

Certes les chiffres ne mentent pas. Mais hélas, ces indicateurs de performances contrastent avec une réalité sociale bien peu reluisante : analphabétisme, pauvreté, faible accès à l’eau potable, à la santé et à l’assainissement, chômage, conflits, insécurité alimentaire, dégradation du niveau sécuritaire, corruption endémique, crises politiques dues aux velléités monopolistiques du pouvoir d’Etat. Et la liste n’est pas exhaustive.

Voilà la forêt de maux que cache l’arbre de la croissance africaine. C’est avec un si long chapelet de calamités que nos chefs d’Etat et de gouvernement se sont rendus à Bruxelles où s’ouvre à partir d’aujourd’hui 2 avril 2014 Le 4e Sommet Union européenne/Afrique.

Au menu de ces deux jours de rencontres : renforcer la coopération entre ces deux entités économiques à travers le thème : « Investir dans les personnes pour la prospérité et la paix ». La veille, le Conseil européen a enfin lancé son opération militaire en Centrafrique. Cette force comprendra près de 100 hommes et son déploiement complet prendra plusieurs semaines.

Mais il ne faut surtout pas se voiler la face. Rien ne sera gracieusement accordé à l’Afrique en vertu d’on ne sait quel poids historique dans ses rapports avec l’Europe. Tout sera pesé et soupesé au trébuchet, et âprement disputé.

Avec cette crise économique qui continue de défier les efforts de relance, les politiques d’austérité et autres mesures budgétaires, avec ces déficits commerciaux qui soumettent fortement certains Etats à la tentation protectionniste, il faut se rendre à l’évidence : le continent noir n’est plus la priorité du « Vieux Continent ».

C’est à l’Afrique de savoir peser de tout son poids au cours de cette grand-messe économique. Pour cela, il faudra que ses illustres représentants à Bruxelles sachent parler d’une seule et même voix et abandonner leurs égoïsmes de mauvais aloi.

C’est à cette condition que la « nécessité d’un partenariat nouveau », telle que prescrite dans la déclaration solennelle sur le 50e anniversaire de l’UA adoptée lors de la 21e session de l’Assemblée générale des chefs d’Etat et de gouvernement, pourra devenir réalité.

Sur ce point, le ton semble avoir été donné par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui, lors de sa dernière rencontre à Yamoussoukro le week-end, a refusé de signer l’Accord de partenariat économique (APE) proposé par l’Union européenne. Mais jusqu’où tiendra-t-elle dans sa volonté de rompre avec ces types de partenariat qui sont loin d’être gagnants-gagnants comme on nous le chante toujours ?

Si les résolutions de toutes ces rencontres qui, soit dit en passant, rassemblent plus de dirigeants noirs que lors des AG de l’UA étaient toutes traduites en actions, la face de l’Afrique aurait changé. Alors on en vient à se demander à quoi sert véritablement pareilles réunions si ce n’est à donner l’illusion d’une amitié entre pauvres et riches.

Sommets Chine/Afrique, Inde/Afrique, Japon/Afrique, UE/Afrique, BRICS (1) / Afrique, USA/Afrique et UE/Afrique, il ne manque plus qu’un sommet avec les Esquimaux.

Alain Saint Robespierre

Source: L’Observateur Paalga

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(1) Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud

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