Un jour ma fille m’a demandé si j’aurais aimé être noire comme elle, et mon cœur a saigné

Un jour ma fille m’a demandé si j’aurais aimé être noire comme elle, et mon cœur a saigné

Il y a quelques mois, ma fille m’a posé une question que je n’oublierai jamais : « Maman, tu aurais aimé être noire comme moi? »

Ce jour-là, je n’ai pas su te répondre, je suis restée sans voix. Et cela fait des mois que cette question me hante. « Maman, tu aurais aimé être noire comme moi? »

« Ma chère fille, mon enfant, mon coeur,

Tu es née un dimanche de janvier. Une épaisse couche de glace avait recouvert la ville et le monde se terrait dans la chaleur des foyers. L’air était froid et serein. Tu es venue au monde sans un cri et ton père et moi t’avons aimée immédiatement. Nous étions heureux.  C’était il y a presque huit ans, je m’en souviens encore.

Ton père est noir et je suis blanche. De nos jours, cela n’est plus exceptionnel. Nous sommes ce que les gens appellent un couple mixte et nos enfants sont métisses. Tu es métisse. Cependant, comme nous avons choisi de vivre dans un pays de blancs, pour eux, tu seras noire.

Mon petit bébé, tu es noire et la vie, je l’espère, te réserve de grands bonheurs. Tu devras aussi, et j’en pleure, affronter bien des haines. 

Le petit garçon de ta classe qui ne voulait pas jouer avec toi à cause de ta couleur, celui-là grandira et tu le retrouveras à 20 ans, lorsque tu chercheras du travail, tranquillement assis à son bureau de recruteur. Il te sourira et te fera remplir les formulaires, te complimentera sur ta robe et te demandera, comme ça, pour savoir, de quel pays tu viens. Plus tard, lorsque tu le rappelleras pour avoir des nouvelles, il te répondra que, malheureusement, il a dû faire un choix. Tu ne répondras pas car tu savais déjà.

Malgré tout, malgré eux, tu trouveras un emploi, car tu seras allée à l’université, tu auras un métier. Tu travailleras mais tu auras de forts risques de ne pas gagner autant que la copine blanche avec qui tu as étudié. Tu ne te plaindras pas car tu sauras déjà.

La propriétaire de la jolie maison aux volets bleus que tu souhaiteras louer parce que tu aimes son petit jardin aux hydrangées, ne te fera même pas visiter. Elle te dira que la maison est louée dès que tu te présenteras. C’est vraiment pas de chance! Tu ne poseras pas de questions car tu sauras déjà.

La vieille dame de l’autobus qui refuse la place que tu lui offres, l’enfant qui se moque de tes cheveux, le policier qui te regarde d’un air suspicieux, les blagues racistes de ton voisin qui te jure la main sur le coeur, qu’il n’est pas raciste… Tu devras très tôt les affronter.

À 20 ans, tu auras déjà mille fois fait l’expérience du racisme ordinaire, cette haine mesquine qui te souris en face et te crache dans le dos. Tu auras, à 20 ans, déjà mille fois vécu ce sentiment d’injustice qui te blesse au plus profond de ton être, tu auras été insultée, bafouée, rejetée, non pas pour ce que tu fais, mais pour ce que tu es…

Si je le pouvais, je prendrais cette violence sur moi, afin de t’épargner, je saurais être forte et me  tenir debout, je ne plierais jamais. Si je le pouvais.

Aurais-je aimé être toi? J’aurais aimé avoir ton magnifique visage, tes cheveux incroyables et ta peau, et ta peau, et ta peau…. Je sais aujourd’hui qu’il est difficile d’être une femme noire, que le monde est injuste et que tu devras te battre, beaucoup plus que les autres, beaucoup plus que moi pour faire valoir tes droits. Je sais aussi que tu es forte, que tu es fière et qu’aucune haine, jamais, ne te mettra à terre.

Et je serai toujours là pour te le rappeler…

Maman. »

Un jour ma fille m’a demandé si j’aurais aimé être noire comme elle, et mon coeur a saigné.

Source: themetisinfo.com

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