Un syndicaliste colombien poursuit BP pour complicité d’enlèvement

Un syndicaliste colombien poursuit BP pour complicité d’enlèvement

Un syndicaliste colombien a porté plainte, vendredi 22 mai à Londres, contre le géant pétrolier BP, qu’il accuse de complicité dans son enlèvement et sa torture par des paramilitaires il y a treize ans.

Gilberto Torres a été enlevé pendant quarante-deux jours en 2002 dans l’est de la Colombie, avant d’être libéré grâce à une mobilisation de ses collègues qui avaient menacé d’une grève nationale dans le secteur pétrolier.

Le syndicaliste et son avocate affirment avoir des preuves incriminant pour cet enlèvement le propriétaire et gestionnaire d’une compagnie d’oléoduc colombienne, Ocensa, dont BP était actionnaire. Le groupe pétrolier a quant à lui fermement démenti toute implication et promis « de se défendre vigoureusement ».

« L’armée collaborait avec les paramilitaires »

« Nous demandons une compensation pour l’emprisonnement et la torture de Gilberto Torres. Nous pensons qu’ils (BP) ont été négligents et complices. D’abord parce qu’ils finançaient l’armée (…) et ensuite parce qu’ils étaient actionnaires d’Ocensa », a expliqué à l’AFP Sue Willman, avocate du syndicaliste.

Selon elle, les responsables de BP auraient dû « prendre davantage de précautions », vu que la compagnie opérait dans une zone où les paramilitaires étaient actifs. « Ils savaient que l’armée collaborait avec les paramilitaires (…) et ils ont continué à financer l’armée sans surveiller de près ce qui se passait », a-t-elle ajouté.

Gilberto Torres s’est confié au Guardian, qui a publié un documentaire en ligne. Kidnappé peu après avoir organisé une grève en protestation du meurtre d’un autre syndicaliste, il avait reçu plusieurs menaces les jours avant son enlèvement, rapporte le quotidien britannique.

M. Torres affirme notamment avoir vu comment ses ravisseurs, qui ont par la suite déclaré avoir été payés pour protéger l’oléoduc, ont interrogé un rebelle présumé des FARC. Ils l’avaient frappé jusqu’à lui faire avouer qu’il appartenait aux FARC, puis l’avaient abattu, et coupé son cadavre en morceaux. Il pensait alors qu’il allait subir le même sort, mais après six semaines de captivité, il avait été remis à la Croix-Rouge. Il est l’un des deux seuls leaders syndicaux à avoir survécu à un enlèvement en Colombie.

Des meurtres peu médiatisés

Etre syndicaliste en Colombie est une activité dangereuse. Selon les estimations de l’ONU, environ 3 000 syndicalistes ont été assassinés et 6 000 ont disparu dans la région de Casanare au cours des trente dernières années. Une partie a été victime de paramilitaires engagés par des entreprises locales, mais ces meurtres ont été peu médiatisés, alors que la guerre civile entre guérilla FARC et le gouvernement occupait les titres.

De son côté, BP affirme n’avoir « jamais engagé, ni jamais travaillé, ni jamais encouragé d’activités paramilitaires en Colombie à l’époque où elle y était active », précisant ne plus avoir d’activité de production de pétrole et gaz en Colombie. Le Guardian rapporte cependant le témoignage des paramilitaires qui ont été condamnés à Bogota pour l’enlèvement du syndicaliste. Selon eux, Ocensa avait commandité l’assassinat, ce que la compagnie dément. D’après l’avocate de M. Torres, la procédure pourrait prendre « des années » avant un éventuel jugement.

Source: Le Monde.fr

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