Une campagne internet à 3 millions en 2012 ? Le mail qui accuse Sarkozy
A picture taken on February 15, 2012 shows a magnifying glass in front of a screen featuring a page of the official Twitter account of France's president Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy is today to reveal the worst kept secret in French politics by officially launching his re-election campaign, changing up a gear with fewer than ten weeks to polling day. AFP PHOTO THOMAS COEX

Une campagne internet à 3 millions en 2012 ? Le mail qui accuse Sarkozy

Après le scandale Bygmalion, les projecteurs se braquent sur un autre prestataire de la campagne présidentielle du président sortant.

Depuis l’affaire Bygmalion, de multiples soupçons pèsent sur la générosité de l’UMP envers ses sous-traitants durant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. Alors que l’attention se tournait essentiellement sur l’aspect événementiel de la campagne, un article publié ce vendredi dans l’hebdomadaire “Marianne” attire les regards vers le budget de la campagne numérique de Nicolas Sarkozy.

Un mail que s’est procuré l’hebdomadaire, signé “Le Forgeron” et adressé au directeur général de l’UMP Eric Cesari et à Brice Hortefeux, fait un “récapitulatif des budgets internet” de la campagne. Or ce “Forgeron” ne serait nul autre que Jean-Baptiste Descroix-Vernier, ami de l’ancien président et propriétaire du groupe Rentabiliweb spécialisé dans le paiement en ligne. “Seuls les initiés sont au courant” de la participation de ce magnat du Web à la campagne de 2012 mais “JBVD” est alors “un des prestataires favoris” du président sortant, avance “Marianne”.

Dans ce message daté du 23 février 2012, le “Forgeron” se targue d’avoir monté “une machine de guerre pour quasiment trois fois moins cher que l’opposition, sans pour autant négocier avec l’efficacité”. Il évoque un budget de 700.000 euros pour “l’infrastructure internet”, contre 1,8 million d’euros, selon lui, pour le PS. “Carton absolu du Président sur Facebook, lancement totalement réussi du Twitter”, efficacité maximale, vante l’auteur du message.

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Jean-Baptiste Descroix-Vernier lors d’un déjeuner avec les acteurs du Web organisé par Nicolas Sarkozy à l’Elysée en décembre 2010 (LIONEL BONAVENTURE/AFP).

Mais les coûts les plus importants sont ailleurs. En ce qui concerne les opérations de “CRM” (Customer relationship management, c’est-à-dire les outils permettant un contact direct avec les citoyens comme les “mailings”), l’auteur du message déclare qu’il a “réussi pour l’instant à maîtriser le budget en maximalisant à 800.000 euros”. Tout en précisant qu’il en coûtera de 300.000 à 500.000 euros supplémentaires pour le même service au second tour de l’élection.

L’UMP avait déjà un prestataire officiel

Ce mail indique aussi que l’entourage du candidat Sarkozy avait une connaissance très précise des dépenses de la campagne numérique, alors qu’Eric Cesari, mis en examen dans le dossier Bygmalion, affirmait jusqu’ici ne pas en avoir été informé. “Toute la chaîne de facturation est totalement transparente avec Eric”, précise le mail.

Ce n’est pas tout. “Marianne” dit également s’être procuré un devis daté du 26 février 2012, signé auprès de la société Servtel 3000 pour la “mise en oeuvre et la diffusion d’un dispositif d’acquisition du trafic Web et médias sociaux” : le montant : 934.076 euros… pour cette filiale du groupe Rentabiliweb.

“Le budget internet est déjà consommé et ne pourrait pas supporter une telle dépense”, alerte pourtant un mémo confidentiel de la directrice financière de l’UMP, le 8 mars.

Si cette dépense était supportée par l’UMP, elle amoindrirait les efforts nécessaires de l’UMP sur d’autres postes de dépenses”.

Un mélange des genres déjà entraperçu lors de l’affaire Bygmalion… Surtout que l’UMP avait déjà désigné une société pour mener la campagne numérique de Nicolas Sarkozy : le secrétaire national du parti Jean-François Copé avait signé le 1er février 2012 un contrat de 878.000 euros hors taxes avec l’agence Emakina.

Si l’on additionne ce montant avec l’ensemble des prestations évoquées par JBVD dans son mail, on atteint pratiquement les 3 millions d’euros pour internet, alors que seulement 1.331.846 euros ont été déclarés officiellement sur ce poste de dépenses”, calcule “Marianne”.

Contacté par “Marianne”, Jean-Baptiste Descroix-Vernier n’a pas souhaité réagir.

Timothée Vilars

Source: Le Nouvel Observateur


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