Une question économique et politique. Franc CFA : sortir du statu quo

Une question économique et politique. Franc CFA : sortir du statu quo

De plus en plus de mouvements sociaux africains demandent la fin du franc CFA. Quelques partis politiques d’opposition et des économistes plaident aussi en faveur d’un nouveau système monétaire, qui ne soit plus sous la tutelle de la France. Leur constat est le même : en soixante-dix ans d’existence, le franc CFA a empêché les quatorze pays qui l’utilisent d’avoir une politique monétaire autonome et a freiné leur développement économique.

Sortir du franc CFA est tout à fait possible techniquement. Il existe même plusieurs options pour y parvenir. La France peut, par exemple, quitter le système CFA et laisser les pays africains de la zone franc gérer eux-mêmes leur intégration monétaire. Ce « Frexit » est d’autant plus faisable que la « garantie » de convertibilité du franc CFA théoriquement apportée par le Trésor français a rarement été effective. Chaque État membre peut aussi sortir individuellement et lancer sa propre monnaie, comme l’ont fait Madagascar et la Mauritanie en 1973. Autre possibilité : les États créent chacun une monnaie nationale mais restent liés par une unité de compte commune et une gestion solidaire de leurs réserves de change. La solution d’une monnaie unique pour un ensemble transcendant la zone franc est également envisageable. La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), dont font partie huit pays de la zone franc, travaille depuis plusieurs années sur un projet allant dans ce sens.

Ces différents scénarios n’ont rien de nouveau : ils ont été proposés par des économistes africains il y a plusieurs décennies. À la fin des années 1960, l’économiste Samir Amin avait ainsi élaboré un plan de sortie de la zone franc à la demande du président du Niger, Hamani Diori, qui voyait bien que le franc CFA imposait de lourds handicaps à son pays. Mais, jusqu’ici, un élément a manqué pour rompre le statu quo monétaire : la volonté politique. Côté français, les résistances sont fortes. L’État et un certain nombre d’acteurs puissants trouvent de nombreux intérêts financiers et politiques dans l’actuel système et semblent incapables d’imaginer leurs relations avec les pays africains de la zone franc autrement que dans un cadre de domination néocolonial.

Quant aux dirigeants africains, ils sont entre le marteau et l’enclume. Si la plupart d’entre eux savent que le franc CFA empêche leurs pays de « décoller », ainsi que l’a déclaré Idriss Déby, le courage leur manque pour imposer leurs vues face à leurs interlocuteurs français. Cela s’explique : au cours de ces soixante dernières années, les responsables africains qui ont critiqué le franc CFA ont été sanctionnés par Paris, parfois même assassinés, comme le président du Togo Sylvanus Olympio. Cependant, le contexte a changé : mieux informés, les citoyens sont de plus en plus conscients que le système CFA est injuste et inefficace. Le contrôle qu’exerce le gouvernement français est par ailleurs de moins en moins facile à justifier, notamment…

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