Venu secourir des migrants, un navire de MSF se fait attaquer au large de la Libye par des professionnels formés à la tactique militaire

Venu secourir des migrants, un navire de MSF se fait attaquer au large de la Libye par des professionnels formés à la tactique militaire

Le Bourbon Argos, un des trois bateaux de Médecins sans frontières, a été pris pour cible, le 17 août dernier, par des hommes armés qui ont tiré sur l’embarcation avant de monter à bord. «Il y avait une réelle intention de nuire et potentiellement de tuer», affirme un membre de l’association humanitaire.

Après avoir vu plusieurs de ses hôpitaux bombardés au Yémen ou en Syrie ces derniers mois, c’est un des navires de Médecins sans frontières (MSF) qui a été la cible d’une attaque. Le 17 août dernier, le Bourbon Argos, un des trois bateaux de recherche et de sauvetage en mer de l’association humanitaire, a en effet été attaqué au large de la Libye par un groupe armé non identifié. Cet assaut soulève des questions sur la viabilité des opérations de sauvetage de migrants dans le sud de la Méditerranée, notamment au large de ce pays en proie à une guerre civile aux multiples facettes depuis la chute du dictateur Mouammar Khadafi, en 2011. La présence grandissante de l’État islamique dans cette zone est également un sujet d’inquiétudes pour les missions humanitaires.

Joint par Le Figaro, Médecins sans frontières rapporte qu’un «bateau non identifié, et avec lequel aucun contact n’avait été établi, s’est approché du Bourbon Argos peu après 9h30». Des hommes armés ont alors tiré sur le navire de la flotte de MSF avant de monter à bord. «Entre-temps, l’équipage a pris ses précautions et s’est retiré dans une salle de sécurité. Grâce à cela, il n’y a eu aucun blessé», précise MSF qui précise qu’aucun migrant n’était à bord au moment de l’assaut. Les assaillants, qui n’ont rien volé à bord, sont repartis à bord de leur embarcation environ 50 minutes plus tard, sans dire qui ils étaient, ni ce qu’ils voulaient.

Toutefois, selon MSF, leur objectif aurait été «d’attaquer physiquement» l’équipage. «Il ne s’agissait pas de coups de semonce. Nous avons reçu au moins treize balles, frappant les différentes parties du pont. Il y avait, je crois, une réelle intention de nuire et potentiellement de tuer», a précisé Stefano Argenziano, coordinateur des opérations de MSF au Guardian. Dans un communiqué, l’association a condamné «cet acte honteux envers une organisation humanitaire qui sauve et prescrit des soins médicaux à ceux qui traversent la mer Méditerranée».

Des assaillants «formés militairement»

Pour l’heure, le bateau, qui n’a subi que des dégâts légers, est amarré dans un port de Sicile. Si cette attaque a surpris au sein de l’association, MSF assure que ses deux autres navires continuent leurs missions en Méditerranée. Une enquête est en cours pour savoir qui sont les auteurs de l’assaut. «Ce sont des professionnels, et non de simples pêcheurs. Ils ont été formés à la tactique militaire et à l’utilisation des armes», a déclaré Stefano Argenziano, toujours dans le quotidien britannique. Si des dizaines de milices opèrent impunément le long de la côte libyenne, les assaillants feraient partis d’un des groupes les mieux organisés.

Si la culpabilité de l’État islamique ne peut pas, pour l’heure, être exclue, Anas el-Gomati, directeur de l’Institut libyen Sadeq, juge peu probable que l’organisation djihadiste soit derrière ce raid. «Le mode opératoire ne ressemble pas à celui de Daech. De plus, cette opération semble bien au-delà des capacités actuelles de l’État islamique en Libye qui est embarqué dans une guerre aux fronts multiples dans le centre du pays», a affirmé le chercheur au Guardian.

Au cours des deux dernières années, MSF a secouru plus de 25.000 migrants au sud de la Méditerranée. Depuis avril, 10.925 personnes ont été secourues au cours de 84 opérations grâce aux différents navires de MSF.

Yohan Blavignat

Source: Le Figaro

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