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Voici comment le gouvernement de Ouattara prépare la prochaine crise de l’endettement

Voici comment le gouvernement de Ouattara prépare la prochaine crise de l’endettement

La croissance sans réformes conduit au défaut de paiement, mais pas au progrès.

Les pays africains sont de nouveau en train de prendre leur envol. Ils font de la croissance sans changements structurels. Avec les mêmes structures organisationnelles, institutionnelles, politiques, administratives, ils arrivent à faire des taux élevés de croissance comme dans les années 60, juste après les indépendances, au moment où René Dumont écrivait son célèbre ouvrage au titre prémonitoire «L’Afrique noire est mal partie».

La Côte d’Ivoire n’est pas en reste dans cette dynamique, elle qui affiche un taux de croissance officiel de 10%, selon son premier ministre. Dans la foulée de cette croissance, des pays en pleine gestion de programmes Ppte (pays pauvres très endettés) obtenus au forceps, peuvent lever sur le marché international des sommes colossales de dettes remboursables dans dix ans.

La Côte d’Ivoire, après plusieurs autres et avant plusieurs autres, vient d’obtenir avec l’appui d’un consortium de banques constitué de la Bnp Paribas, de Citigroup et de Deutsche Bank, 750 millions de dollars au taux de 5,65%. Sur le marché international des obligations d’Etat, le gouvernement cherchait à vendre ses titres pour 500 millions de dollars et si l’on en croit les banques conseillères, ce sont 185 investisseurs qui, malgré la note  B1 attribuée à la dette de ce pays par les agences de notation Moody’s et Fitch, se sont précipités avec  plus de 4,75 milliards de dollars de souscriptions. Les investisseurs font tellement confiance à la Côte d’Ivoire qu’ils préfèrent prêter à l’Etat ivoirien plutôt que de venir eux-mêmes directement investir. Cette performance des investisseurs impressionnent les observateurs financiers comme on peut le lire sur le site de Financial Afrik : http://www.financialafrik.com/. Scénario similaire pour le Rwanda qui, en avril 2013, voulait vendre des obligations pour 400 millions de dollars, et s’est retrouvé avec des propositions d’achat de plus de 3,5 milliards de dollars. Le gouvernement fédéral allemand, à la tête de la meilleure économie européenne actuelle, arrive à vendre pour 4,46 milliards de dollars d’obligations, là où le marché était prêt à mobiliser un peu plus de 7 milliards de dollars. Il y a de l’argent bon marché qui se déverse sur le monde.

La dette souveraine en eurobonds est devenue la seconde source de la croissance dans les pays africains, après les fonds publics chinois qui boostent les investissements publics. Ainsi, à l’instar de la Côte d’Ivoire, plusieurs pays ont vendu sur ce marché des obligations d’Etat, appelées aussi dans ces cas des eurobonds. On peut citer sans être exhaustif : l’Égypte (3,7 milliards $), l’Afrique du Sud (2 milliards $), le Kenya avec (1,5 milliards $ en juin 2014), le Nigeria et le Ghana (1 milliard $ chacun), le Rwanda (400 millions $ en avril 2013), le Sénégal (700 millions $ sur dix ans)  etc. Après la Côte d’Ivoire, plusieurs autres se préparent à y vendre leurs obligations parmi lesquels l’Angola, le Cameroun, la Tanzanie, l’Ouganda, le Mozambique, le Gabon etc.

La signature de toute l’Afrique est de nouveau jugée crédible, alors que la presque totalité de ces pays sont notés B, ce qui caractérise des économies fragiles avec une gouvernance spéculative et des risques réels de défaut de remboursement ou d’insolvabilité. Les emprunts obligataires ne cessent d’augmenter sur le continent, pendant qu’en Asie ou en Amérique latine, ce sont les investissements directs étrangers qui stimulent la croissance. On est passé de 1,2 milliards de  $ Us empruntés en 2000 à 7,2 milliards de $ pour  2010 ; puis à 8,1 milliards de $ en 2012 ; et enfin à 11 milliards  de $ US en 2013. En mi-2014, la dynamique continue, de plus en plus forte.

Mais alors que l’Allemagne emprunte, en juillet 2014, au taux d’intérêt de 1,20% pour une obligation placée à dix ans, le Rwanda doit payer un taux d’intérêt de 6,625 %, le Kenya 6,875 % et la Côte d’Ivoire 5,625%. Les prix à payer pour des pays noté B est donc largement plus élevé que ceux supportés par des pays notés du triple A comme l’Allemagne. D’ailleurs si on regarde le tableau de rémunération des obligations à dix ans en moyennes annuelles ci-dessous, on constate que le pays pauvres payent relativement plus chers leur accès au marché international des obligations que les pays développés et démocratiques.

 

      
Pays20092010201120122013Mai 2014
Australie5.045.374.883.383.703.78
Autriche3.943.233.322.372.011.62
Belgique3.903.464.233.002.411.99
Zone euro4.033.784.313.053.01 2.55
Finlande3.743.013.011.881.86 1.69
France3.653.123.322.542.20 1.84
Allemagne3.222.742.611.501.571.33
Grèce5.179.0915.7522.5010.05 6.38
Italie4.314.045.42 5.494.32 3.12
Corée du sud5.104.594.113.433.16
Japon1.341.151.120.840.70
Malaisie3.593.523.453.253.42
Pays-Bas3.692.992.991.931.961.70
Pakistan12.7313.0513.3611.73 …12.08
Portugal4.215.4010.2410.556.293.66
Espagne3.984.255.445.854.562.93
Suède3.252.892.611.592.121.88
Suisse1.971.670.740.561.25  …
Royaume-Uni3.653.613.121.912.452.69
États-Unis3.263.212.791.802.352.56

Source : la base de données des statistiques financières internationales du FMI 2014

Les différences ne s’arrêtent pas là. En Allemagne, la croissance se fait avec des créations d’emplois et des hausses de revenus, pendant qu’en Côte d’Ivoire, elle se fait avec des hausses du chômage et du coût de la vie. En Allemagne, la croissance espérée en 2014 se situe entre 1,8 % et 2 % pour les optimistes du gouvernement qui se réjouissent du retour de la stabilité, alors qu’en Côte d’Ivoire, elle est déjà à plus de 10%, selon le gouvernement.

Dans la gestion de l’économie comme dans celle du football, l’Allemagne a d’abord fait les réformes nécessaires après avoir pris conscience de  ses faiblesses et tiré les leçons de ses déboires d’il y a 15 à 20 ans, pour devenir aujourd’hui championne du monde aussi bien dans les performances économiques que sportives. En Côte d’Ivoire, nous faisons de la croissance sans réformer nos structures, comme avec le football. Il ne nous reste plus qu’à espérer des miracles pour que le principe aristotélicien qui veut que les mêmes causes produisent les mêmes effets, pour une fois, ne soit pas vérifié. Ne sommes-nous pas en Côte d’Ivoire ? Après tout, cette dynamique de l’endettement a déjà conduit notre pays à la faillite en 1976-77, juste quinze ans après les indépendances. Nous avons décidé d’appeler cette période de mauvaise gestion du nom de «miracle ivoirien», comme nous avons décidé que le «carrefour de la mort» s’appellerait désormais «carrefour de la vie», pour exorciser le mauvais sort.

Toutes nos félicitations au gouvernement pour cette brillante performance d’endettement. Cependant, gardons à l’esprit les propos de deux experts des finances mondiales. Konrad Reuss, responsable du département Afrique subsaharienne chez S&P: «Les beaux jours des obligations internationales émises ces deux dernières années, par de nouveaux ou en provenance des marchés frontières, comme ceux des pays africains sont aujourd’hui dépassés. Les périodes où on assistait à des sursouscriptions et des taux très étroits ne sont plus d’actualité». Et Christine Lagarde (Fmi) qui, dans le Financial Times du 29 mai, déclare: «Les émissions obligataires représentent un financement supplémentaire, mais génèrent aussi une vulnérabilité supplémentaire (…) Les gouvernements (africains) devraient être plus prudents afin ne pas surcharger les économies avec trop de dettes».

Que se passerait-il si, dans les mois à venir, les banques centrales américaine et européenne changeaient leurs politiques monétaires ? Que se passerait-il pour la dette ivoirienne à rembourser si la déflation mondiale venait à se résorber ? Sans réformes institutionnelles et juridiques, la croissance n’est qu’une augmentation statistique du pib, elle ne conduit pas au progrès. S’endetter pour se désendetter est la meilleure façon de se retrouver en défaut de paiement si des réformes économiques et politiques de fond ne sont pas menées. «La seule source de prospérité durable réside dans le renforcement de l’offre. Il est indispensable de renoncer à faire de la dette le moteur principal de la croissance», déclare la banque centrale des banques centrales, la Banque des Règlements Internationaux (Bri), dans son 84ème rapport annuel de juin 2014.

Source: Lider-ci.org

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