Voici la lettre prémonitoire d’un citoyen burkinabè à Blaise Compaoré trois mois avant sa fin: Cher cousin, c’est le début de la fin !

Voici la lettre prémonitoire d’un citoyen burkinabè à Blaise Compaoré trois mois avant sa fin: Cher cousin, c’est le début de la fin !

Bonjour cher cousin,

Je t’écris cette lettre pour m’enquérir de vos nouvelles et te faire part des nôtres. En ce qui nous concerne, Dieu merci tout va bien. Ton neveu Eric, mon troisième fils, a réussi à son baccalauréat et nous sommes très fiers de lui. Mes problèmes de dos se sont légèrement améliorés alors j’entame avec grand soulagement la saison hivernale qui s’annonce. En tout cas ici tout va pour le mieux si on peut le dire ainsi. Tu as certainement appris les différents décès qu’il y a eu çà et là cette année au village. Le vieux Tiiga qui t’appelait son ami et qui s’amusait beaucoup avec toi quand tu étais encore petit s’en est allé aussi tout récemment. La vie est ainsi faite di-t-on, on y peut rien.

Djamila Carole Imani à gauche et sa mère Chantal Compaoré à droite Voici la lettre prémonitoire dun citoyen burkinabè à Blaise Compaoré trois mois avant sa fin: Cher cousin, c’est le début de la fin !

Djamila Carole Imani (à gauche) et sa mère Chantal Compaoré (à droite)

Comment vont notre femme Chantal et sa fille Djamila ? J’ai vu que ma nièce est déjà devenue une femme. Ah, que le temps passe ! Chantal, elle se fait rare. On la voit de moins en moins à la télévision, il n’y a rien de grave, j’espère. Avant il ne se passait pas un jour sans que mes enfants me disent « papa on a vu tantie Chantou à la télé, elle était marraine de ceci ou de cela ». Tu lui transmettras à elle et à sa fille nos salutations. Quant à François, cela fait des lustres qu’on ne s’est plus vu, mais j’entends parler de lui à travers les médias. Il m’a carrément oublié, d’ailleurs toute la famille m’a mis ainsi que ma petite famille aux oubliettes. Plus personne ne se soucie de ce que je suis devenu depuis la fin d’année 1987. C’était lors de cette réunion de famille où j’avais dit que tu as eu tort d’avoir assassiné ton ami et frère Thomas Sankara. Tu t’en souviens ? Ce jour-là, toute la famille m’est tombée dessus à bras raccourcis me traitant de tous les noms d’oiseaux. J’ai compris ce jour-là que je venais d’être banni de la famille et que plus rien ne serait plus pareil. Ainsi commença ma lente et inexorable descente aux enfers sur terre. J’ai d’abord été licencié, ensuite ma femme a perdu son boulot. Tout se passait comme si le sort s’acharnait contre nous. Nous devons notre salut aujourd’hui à mes oncles maternels qui ont bien voulu m’accueillir avec ma famille pour nous donner des lopins de terre. Aujourd’hui, tout est au mieux dans le meilleur des mondes, les années de disette et de famine sont un lointain souvenir pour ma famille. Eh oui ! Durant ces années de plomb beaucoup d’eau a coulé sous le pont, mais mes convictions n’ont pris aucune ride.

Du village, je suis l’actualité nationale et internationale avec mes enfants, tes neveux et nièces qui sont devenus des adultes. Nous suivons les choses et nous en discutons régulièrement, d’ailleurs la fois passée, la petite dernière, celle qui porte le nom de notre grand-mère paternelle, me demandait : « Papa, tonton Blaise serait-il malade ? » Selon elle tu es tout amaigri avec un regard de quelqu’un qui souffre d’une douleur intense. J’avoue que je n’ai pas su quoi lui répondre. Mais en vérité cher cousin, c’est ce que tout le monde pense. Tu n’es plus que l’ombre de toi-même, quelqu’un disait à ton sujet que ce n’est plus un homme qui nous gouverne mais un fantôme. J’ai dit par la suite à ma fille qu’en effet tu es malade et tu souffres de remords et de regrets. Elle a souri et m’a dit que les remords ne sont pas une maladie. Ah les enfants, si seulement ils pouvaient comprendre ! J’ai essayé de leur expliquer comment un homme pouvait être rongé de l’intérieur comme un bois mort bouffé délicatement et sûrement par des termites. Je leur dit que tu as tué ton ami, Thomas Sankara, et d’autres personnes pour devenir président et cela te pèse des tonnes sur la conscience depuis lors. J’espère qu’ils ont compris maintenant pourquoi tu es devenu comme un fantôme, un mort vivant, une vraie loque humaine dont tout le monde attend le jour du dernier souffle.

Cher cousin, j’ai appris que tu as repris à fumer et à boire, à vrai dire cela ne m’étonne pas beaucoup. Sache que tu ne pourras jamais noyer tes méfaits dans l’alcool ni dans la drogue. Tout ce qu’il te reste à faire c’est de renoncer à toutes ces manigances que toi, François et vos camarades envisagez pour demeurer au pouvoir après 2015. Vous avez assez abusé de ce peuple qui est resté pendant 27ans silencieux et brave. Que des crimes de sang, des crimes économiques vous avez commis dans ce pays et contre ce peuple ! Ton cynisme et ta cruauté ont dépassé les frontières de notre pays. Tu t’es retrouvé grand parrain des rébellions au Liberia, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire. Ton nom est cité dans des trafics illégaux d’armes et envoi de soldats burkinabé comme mercenaires. Aujourd’hui on parle de tes accointances avec des groupes djihadistes terroristes qui foisonnent sur le continent. Très sincèrement je ne pense pas que le peuple (environs 800 000 électeurs) t’a élu pour agir en son nom et pour son compte dans ce sens.

Cousin ravise-toi et comprend que les choses ont changé. Chaque chose a une fin et je crois que le commencement de la fin de ton époque a sonné. Le compte à rebours est déclenché et crois-moi quand ça commence, ça ne s’arrête plus. Cousin tu es dans l’œil du cyclone et personnellement, je pense que tu dois te ressaisir et accepter pour une fois de respecter la constitution. Je me rappelle en 2005, année de la fin de ton second septennat, toi et tes amis invoquiez la non-rétroactivité de la loi et finalement tu as été candidat et élu pour ton premier mandat de 5 ans. Tu as été réélu en 2010 pour ton second mandat qui touche à sa fin l’année prochaine en 2015. Là encore vous êtes encore dans les intrigues et autres manœuvres pour contourner cette même loi que tu as juré de respecter, lors de tes nombreuses prestations de serment devant le peuple.

Cousin, la vérité est bonne à dire tout cela n’est pas bien, toi, ton frère et vos amis, vous prenez les burkinabé comme des imbéciles, des gens à qui on peut faire croire au père noël. Si vous continuez dans cette logique, crois-moi, cher cousin, tout cela va très mal se terminer pour vous, surtout pour toi. Qu’est-ce qu’il te faut pour comprendre que les gens ne veulent plus de toi et de François à la tête de ce pays ? Regarde par toi si tu as encore un minimum de lucidité, avant c’était à peine une centaine de personnes qui s’intéressait aux activités de l’opposition politique. De nos jours, ce sont des dizaines de milliers de burkinabé qui se massent sous le soleil et la pluie à la place de la révolution, au stade du 4 août et ailleurs dans d’autres villes et villages. Cela devrait te mettre la puce à l’oreille qu’il y a un réveil populaire et qu’il faudra que tu prennes les bonnes décisions pour préserver le minimum au moment venu. Souvent je me demande ce que te disent toute ta horde de conseillers qui grouille comme une nuée de mouches autour de toi à longueur de journée. Les Assimi Kouanda, Salia Sanou, Achille Tapsoba, Alain Yoda, Luc Adolphe Tiao, Alain Edouard Traoré et consorts ne seront plus là pour verser une larme sur ta dépouille mortelle. Ces gens-là jouent simplement des rôles, ce sont des acteurs qui attendent la dernière minute pour retourner leurs vestes. Rappelle-toi de Mobutu combien de ses courtisans étaient à son enterrement, à peine sept malheureuses personnes.

Pour ma part, je me suis senti le devoir de t’interpeller à ce sujet pour te dire mon point de vue par rapport à tout ce qui se passe en ce moment. Sénat, modification de l’article 37 de la constitution etc. faut laisser tout ça, il est temps de laisser la place à quelqu’un d’autre, à une autre vague de leaders afin qu’elle aussi apporte sa part et passe le témoin. Cher cousin, c’est ainsi que fonctionnent les républiques modernes. Tu sais les années, Bokassa, Houphouët Boigny, Mobutu, Eyadema, Bongo et autres, c’est fini. Regarde un peu ce qui s’est passé avec Ben Ali, Moubarak etc. c’est ce que tu risques si tu continues à t’entêter pour t’imposer.

J’imagine que tu as eu un peu de temps pour regarder quelques matches de la coupe du monde de football Brésil 2014. J’ai vu le parcours de l’équipe du Brésil et cela m’a fait penser à toi, cousin et à ton projet contesté de référendum. Tu te souviens de la fronde populaire contre la tenue de ce mondial parce qu’une bonne partie des brésiliens estime cette manifestation sportive trop onéreuse et inopportune. Les autorités brésiliennes ont choisi de mettre en veilleuse les revendications légitimes de leur propre peuple pour faire place au jeu et à leurs propres intérêts. La suite nous la connaissons un parcours des plus catastrophiques que le Brésil ait jamais connus dans l’histoire des coupes du monde de football. Humiliation, déshonneur et honte sont en ce moment les sentiments qui habitent ceux qui ont relégué les cris du peuple brésilien au second rang. Il parait que tout a été mis en œuvre pour que le Brésil gagne la coupe pour faire taire à jamais ceux qui étaient opposés à l’organisation du mondial. Mais hélas, tu vois cousin ça n’a pas marché. Malgré tout il était comme établi que ceux qui se sont entêtés devaient prendre la honte et finalement c’est le peuple qui se trouve réconforté dans sa lutte. Penses-y cher cousin, fais le parallèle avec ton référendum et tu verras qu’il serait plus sage de ne pas forcer les choses tout le temps. La honte n’est jamais loin.

Bien à toi,

Publié le 17 juillet 2014

Par Charles K. Somé

Ton cousin

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*