Voici le N°2 de Boko Haram: Il serait camérounais

Voici le N°2 de Boko Haram: Il serait camérounais

Certains spécialistes le présentent comme le successeur de Shekau, leader actuel de la secte.

Le State Security Service (SSS), le principal service de renseignement nigérian, présente Mamman Nur Alkali comme le cerveau de l’un des attentats les plus symboliques jusqu’ici attribués à la secte islamiste Boko Haram. Le 26 août 2011 en effet, la secte frappait en plein coeur d’Abuja, capitale politique du Nigeria, le bâtiment abritant les Nations – unies. Bilan : 23 morts et 76 blessés.

Depuis, le gouvernement nigérian propose une récompense de 25 millions de Nairas (74 millions de Fcfa selon les cours actuels) pour toute information pouvant conduire à sa capture. Sauf que l’homme reste jusqu’ici introuvable. Présenté comme étant d’origine camerounaise, Mamman Nur est né il y a environ 38 ans dans le nord-est du Nigeria où il a effectué toutes ses études primaires et secondaires, avant d’intégrer l’université de Kano pour y suivre des études théologiques. Nous sommes à la fin des années 1990. Dans cette institution universitaire, Mamman Nur Alkali rencontre Mohammed Yusuf, futur fondateur de Boko Haram.

C’est aussi là, qu’il repère un autre étudiant dont il admire le discours radical : Abubakar, natif du petit village Shekau. Il va l’introduire auprès de Mohammed Yusuf et ensemble, vont sillonner les mosquées des Etats de Yobe et de Borno pour y prêcher un salafisme saoudien «made in Nigeria». Ils appellent leur groupe «Yusufiya» du nom de Mohammed Yusuf. Pour marquer leur opposition à l’éducation occidentale, Mamman Nur, Mohammed Yusuf et Abubakar Shekau vont déchirer leurs diplômes au cours d’une cérémonie publique en 2002.

Considéré comme une petite bande d’illuminés, le groupe va prendre en quelques années de l’envergure et inquiéter sérieusement les autorités nigérianes. A la suite des violences attribuées à la secte, son leader Mohammed Yusuf est arrêté en juillet 2009 puis tué, officiellement à la suite d’une tentative d’évasion. Abubakar Shekau, gravement blessé va se mettre au vert pendant quelques mois.

Mamman Nur prend le contrôle de la secte islamiste pour empêcher qu’un vide ne s’installe à sa tête. Le nouveau leader est apprécié des membres influents de la secte regroupés dans une structure appelée la Choura. A la suite de la pression de l’armée nigériane en cette année 2009, Mamman Nur et quelques disciples quittent le Nigeria. Les services de renseignement nigérians se mettent activement à sa recherche mais ne lui trouvent aucune filiation au Nigeria, aucun proche connu. Ils pensent alors qu’il se trouve entre l’Extrême-Nord du Cameroun qu’il connaît bien pour y avoir séjourné régulièrement, et le Tchad.

Certaines sources affirment que pendant cette éclipse, il aurait intégré Aqmi pour parfaire sa formation dans l’utilisation et la fabrication de bombes. D’autres avancent même qu’il aurait fait un tour en Afghanistan… En tout cas, en juillet 2010, Abubakar Shekau réapparaît dans une vidéo et annonce depuis une cachette dans l’Etat de Borno, qu’il a succédé à Yusuf et a formé la Jama`à Ahl al- Sunna li al-Da`wa wa al-Jihad (les disciples du Prophète pour la propagation de l’Islam et la guerre sainte), communément appelé «Boko Haram». Shekau débarque avec des méthodes encore plus sanguinaires. Pis, il tue systématiquement tous ceux qui s’opposent à lui dans l’organisation.

Mamman Nur conteste, comme un certain nombre de cadres de l’organisation, les attentats contre les musulmans. Shekau ne le tuera pas, sans doute par respect pour la vieille amitié qui les lie. Mamman Nur, alors devenu numéro 2, par trop prudent, migre de nouveau vers la Somalie auprès des islamistes Al-Shabab. Il marque son retour au Nigeria avec l’attentat contre la représentation des Nations unies à Abuja. Cette signature lui vaudra, au sein de son organisation, le pseudonyme de «Ben Laden, faiseur de bombes». Alhadji Nur, homme d’affaires à ses heures perdues, va même être sollicité par une faction dissidente de Boko Haram, Ansaru.

Mais Shekau a besoin de lui, pour plusieurs raisons. Contesté dans la galaxie islamiste, Abubakar Shekau ne bénéficie d’aucune légitimité auprès d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et des Al-Shabab somaliens. Ce qui est tout le contraire de Mamman Nur qui a ses entrées jusque dans les cercles restreints d’Al-Qaïda. Si l’actuel leader de Boko Haram venait à être tué, les spécialistes s’accordent à dire que Mamman Nur Alkali lui succèderait sans trop de difficultés. Et impulserait une nouvelle orientation à la secte qui lui doit déjà le perfectionnement des attentats- suicides et la tactique du déguisement des membres de Boko Haram en éléments des forces de sécurité nigérianes.

Mamman Nur ne serait pas le premier Camerounais à occuper une haute fonction dans une secte islamiste au Nigeria. L’on se souvient qu’au début des années 1980, le nommé Maitatsine, originaire de Maroua, avait fondé un mouvement tout aussi extrémiste que Boko Haram, et dénommé «Maitatsine». Opposé à l’éducation occidentale, il était allé jusqu’à interdire le port des montres. Il sera tué en avril 1984, au cours d’un violent raid de l’armée nigériane, dans les environs du marché de Kano. Raid qui a décimé plus de 3.000 de ses fidèles.

DAVID WANEDAM
Source: L’Oeil du Sahel

 

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2 comments

  1. essombabertrand45

    Boko haram et des sectes semblables prospèrent facilement au Nord du Nigeria, où les populations réduites à l’extrême pauvreté, n’ont pas accés à l’éducation occidentale, que finalement elles rejettent, à la faveur des cultures traditionnelles bonnes ou mauvaises.

  2. essombabertrand45

    Les sectes des illuminés trouvent un terrain fertile au Nord du Nigeria où les populations réduites à l’extrême pauvreté n’ont pas accès à l’éducation de base, que finalement elles rejettent à la faveur des cultures traditionnelles bonnes ou mauvaises. Ces sectes ont moins prise dans les Etats voisins où des efforts d’éducation sont consentis en dépit des moyens plus modestes.

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