Vous voulez comprendre l’origine du racisme et des complexes de supériorité ou d’infériorité qui y sont attachés? : Regardez cette vidéo très édifiante

La domination de l’Afrique n’est pas de nature exclusivement militaire, politique et économique. Pour être pleinement efficace et acceptée par toutes les couches de la société européenne, cette domination et les moyens de son exercice se doivent d’être justifiés, légitimés au plan moral, philosophique, religieux. Des penseurs européens décrètent alors l’infériorité intellectuelle du Nègre. Ils ont pour noms : Voltaire (1694-1778), Cuvier (1769-1832), Gobineau (1816-1882) et Lévy-Bruhl (1857-1939) en France, Hume (1711-1776) en Angleterre, Kant (1724-1804) et Hegel (1770-1831) en Allemagne,. …

On trouve chez Voltaire (François Marie Arouet de son vrai nom, 1694-1778), philosophe du Siècle des Lumières maçonniques, certains éléments fondamentaux des théories racistes qui prendront au 19ème et dans la première moitié du 20ème siècle, en Europe, leur forme achevée :

“Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils ne doivent point cette différence à leur climat, c’est que des Nègres et des Négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu’une race bâtarde d’un noir et d’une blanche, ou d’un blanc et d’une noire. (Œuvres complètes de Voltaire, Essai sur les mœurs et l’Esprit des Nations, tome 1, Paris, J. Esneaux, 1821, p. 6 et 7).

Emmanuel Kant (1724-1804), dans Observations sur le Sentiment du Beau et du Sublime écrit :

“Les nègres d’Afrique n’ont reçu de la nature que le goût des sornettes. Monsieur Hume (voir David Hume, Essays Moral and Political, 1748) défie qui que ce soit de lui citer l’exemple d’un nègre qui ait montré des talents, et il affirme que, parmi les centaines de mille de noirs transportés loin de leur pays, et dont un grand nombre cependant ont été mis en liberté, il ne s’en est jamais trouvé un seul pour produire quelque chose de grand dans les arts, dans les sciences ou dans quelque autre noble discipline, tandis qu’il n’est pas rare de voir des blancs issus de la plèbe susciter l’admiration du monde par l’excellence de leur dons … ”

Georges Cuvier, dans Recherches sur les ossements fossiles, (Volume 1, Paris,Deterville, 1812, p. 105) écrit s’agissant des Noirs africains :

“la plus dégradée des races humaines, dont les formes s’approchent le plus de la brute, et dont l’intelligence ne s’est élevée nulle part au point d’arriver à un gouvernement régulier”.

Dans Histoire naturelle de l’Homme, il traite de “De la dégénération des animaux”, (Paris, 1766, tome XIV, pp. 311-374) affirmant que l’homme blanc incarne par excellence la nature humaine et les autres races seraient le produit d’une dégénérescence.

Le mathématicien Maupertuis dans son ouvrage Vénus physique expose antérieurement la même conception. (“Seconde partie, contenant une dissertation sur l’origine des Noirs”).

Voici comment le comte Joseph Arthur de Gobineau (1816-1882) résume les caractères de la race noire dans son ouvrage, Essai sur l’inégalité des races humaines :

“La variété mélanienne est la plus humble et gît au bas de l’échelle. Le caractère d’animalité empreint dans la forme de son bassin lui impose sa destinée, dès l’instant de la conception. Elle ne sortira jamais du cercle intellectuel le plus restreint. Ce n’est cependant pas une brute pure et simple, que ce nègre à front étroit et fuyant, qui porte, dans la partie moyenne de son crâne, les indices de certaines énergies grossièrement puissantes. Si ses facultés pensantes sont médiocres ou mêmes nulles, il possède dans le désir, et par suite dans la volonté, une intensité souvent terrible. Plusieurs de ses sens sont développés avec une vigueur inconnue aux deux autres races : le goût et l’odorat principalement. (Gobineau : Essai sur l’inégalité des races humaines, Paris, Nouvel Office d’Édition, 1963, Introduction, p. 368)

Le philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) écrit dans La Raison dans l’Histoire. Introduction à la Philosophie de l’Histoire :

“L’Afrique, aussi loin que remonte l’histoire, est restée fermée, sans lien avec le reste du monde ; c’est le pays de l’or, replié sur lui-même, le pays de l’enfance qui au-delà du jour de l’histoire consciente, est ensevelie dans la couleur noire de la nuit.” (Hegel, La Raison dans l’Histoire. Introduction à la Philosophie de l’Histoire, trad. Kostas Papaioannou, Paris, Plon, 1965, p. 39. Collection : “Le monde en 10/18”, p. 247). Cf. Théophile Obenga, Cheikh Anta Diop, Volney et le Sphinx, Paris, Présence africaine / Khepera, 1996, p. 91, 37, 21).
La proclamation de l’abolition de l’esclavage, au cours du 19ème siècle, l’apparition du concept idéologique de mission civilisatrice de l’Europe vis-à-vis du monde non Blanc, marquent la charnière entre deux périodes consécutives d’une économie mondiale dominée par les puissances occidentales qui basculent dans l’ère industrielle. Au système du commerce transatlantique de Noirs réduits en esclavage (commerce dit “triangulaire” – Europe, Afrique, Amérique -) se substitue la domination coloniale de l’Afrique, l’appropriation de son sol, de son sous-sol, de son espace maritime et plus tard aérien par l’Europe. Aussi l’abolition officielle de l’esclavage ne s’est-elle nullement accompagnée d’une remise en cause institutionnelle des théories racistes, mais au contraire, celles-ci ont été savamment affinées, renforcées par des arguments présentés comme scientifiquement fondés. L’intelligentsia occidentale cherche donc à consolider encore son dispositif idéologique de domination de l’Afrique.

Lucien Lévy-Bruhl (1857-1939) a écrit l’ouvrage intitulé : La Mentalité primitive (1922) qui fait suite à son précédent livre Les Fonctions mentales dans les sociétés inférieures (1910). Les sociétés inférieures sont les sociétés non européennes. La Mentalité primitive se définit par son caractère mystique et prélogique. L. Lévy-Bruhl a dirigé en France, la Revue philosophique (1917). Il a été un membre important de la Société française de philosophie et a enseigné à la Sorbonne. Il crée en 1925 l’Institut d’ethnologie.

« Ces malheureux sauvages ont la taille rabougrie, le visage hideux, couvert de peinture blanche, la peau sale et graisseuse, les cheveux mêlés, la voix discordante et les gestes violents. Quand on voit ces hommes, c’est à peine si l’on peut croire que ce soient des créatures humaines … On se demande souvent quelles jouissances peut procurer la vie à quelques-uns des animaux inférieur ; on pourrait se faire la même question, et avec beaucoup plus de raison, relativement à ces sauvages. » Charles Darwin (Voyage d’un naturaliste autour du monde, 1831 à 1836).

C’est donc une véritable théorie raciste qui est élaborée par l’intelligentsia européenne. Elle établit une corrélation imaginaire, pseudo-scientifique, entre la couleur de la peau et les capacités intellectuelles qui vise en particulier à positionner le Nègre au bas de l’échelle dans son système de hiérarchisation des races et au sommet de laquelle est placé l’homme Blanc. Le Nègre est nié en tant qu’être humain à part entière, il est “chosifié” selon l’expression d’Aimé Césaire.

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