Xénophobie: à quoi jouent les Ivoiriens ?

Xénophobie: à quoi jouent les Ivoiriens ?

La Côte d’Ivoire a beau se mentir, elle ne pourra faire l’économie d’une courageuse introspection pour comprendre pourquoi et comment la nation-modèle de Félix Houphouët-Boigny, en tout juste un quart de siècle, a perdu ses repères et perd régulièrement pied. À force de se faire peur, les Ivoiriens avancent dangereusement vers le pire…

En Côte d’Ivoire, le mot xénophobie a resurgi dans le débat national. Et les lieutenants des leaders politiques se le jettent à la figure, dans une ambiance qui rappelle, dites-vous, le climat qui précède les heures les plus sombres de l’histoire récente du pays. Faut-il s’en inquiéter ?

Il faut s’en inquiéter, parce que ce mot apparaît dans un contexte de non-dits lourds de sous-entendus. Hélas, ces trente dernières années, ce terme, tel un oiseau de mauvais augure, est apparu comme en prélude à la descente aux enfers de la patrie de Félix Houphouët-Boigny. Régulièrement. À nouveau les uns et les autres se renvoient les accusations de xénophobie par médias interposés, telle une sentence définitive d’excommunication. Et tous donnent l’impression de s’être d’ores et déjà fait à l’idée que le pire est certain. L’on n’en est que plus malheureux pour la Côte d’Ivoire, tant le niveau du débat politique semble d’une médiocrité désespérante. C’est à qui frapperait le plus bas. Il ne s’agit pas de convaincre, non ! Mais, plutôt, de parvenir à discréditer le plus possible les autres. Il ne s’agit pas d’expliquer et de s’expliquer sur les faits. Nullement ! Mais, plutôt, de détourner le débat sur toujours plus de futilités.

Aussi, lorsqu’un ancien chef d’État laisse entendre que, sous couvert d’orpaillage clandestin, on ferait entrer des étrangers dans le pays, dans le but d’organiser une fraude à l’identité ivoirienne, dans la perspective de la présidentielle de l’année prochaine, personne ne s’interroge sur ce qu’il peut y avoir de vrai dans de telles affirmations. Un porte-parole préfère n’y voir que « l’instrumentalisation de la haine de l’étranger », et des menaces supposées pour « l’unité nationale ». Ainsi posé, le débat évacue les interrogations sur la véracité des faits, donc, sur le fond.

En même temps, l’on ne peut pas perdre de vue que de telles accusations, surtout dans la bouche du père du concept de l’ivoirité, rappelle une certaine xénophobie…

La question de la xénophobie vient naturellement à l’esprit. Et les Ivoiriens, mieux que quiconque, savent dans quels engrenages l’on s’engouffre, lorsque les problèmes sont posés de la sorte. Mais, si l’on en est encore là, aujourd’hui, c’est aussi parce que ce pays, ces huit dernières années, s’est ostensiblement voilé la face sur ce qui l’a fait passer d’un coup d’État à des élections calamiteuses, puis d’une rébellion à de nouvelles élections calamiteuses, et enfin à une des guerres les plus foudroyantes qu’ait connue l’Afrique de l’Ouest indépendante. O ! Il y a bien eu une Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, mais, même les plus généreux se bornent à la qualifier de « belle coquille vide ».

La Côte d’Ivoire faisait naguère, avec le Sénégal, figure d’exception dans cette sous-région fragilisée par tous les travers de la mauvaise nation : coups d’État à la chaîne, guerres civiles, rébellions et autres sécessions. Du point de vue du pire, en moins de deux décennies, la Côte d’Ivoire s’est largement rattrapée.

Il y a tout de même eu quelques belles années de mieux-être économique, ces derniers temps…

L’illusion ultime est de croire que cela peut suffire à faire oublier les blessures profondes faites dans la chair d’une nation. Le leadership véritable, à la fin de la guerre, n’imposait-il pas de s’interroger de manière plus courageuse sur ce qui a conduit la nation-modèle au fond du précipice ? Au lieu de cela, Alassane Ouattara, secondé par Henri Konan Bédié (son Nyerere, disait-il) s’est contenté de déporter à La Haye Laurent Gbagbo. Deux ennemis intimes qui se trouvent une victime expiatoire pour faire oublier qu’ils étaient les deux principaux comptables du passif national, cela peut marcher quelques années, auprès d’une partie de la population. Gbagbo n’aura été, pour Ouattara et Konan Bédié, que le plus petit dénominateur commun, l’espace de quelque huit petites années. C’est fini ! Retour aux antipathies anciennes. Ce sera plus violent, hélas !

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