Yamoussoukro : Comment Ouattara a détruit les projets de Gbagbo. La trahison des héritiers

Yamoussoukro : Comment Ouattara a détruit les projets de Gbagbo. La trahison des héritiers

A la tête de la Côte d’Ivoire de 1960 à 1993, Félix Houphouët-Boigny, le premier président ivoirien, depuis 1983, avait voulu faire de Yamoussoukro, son village natal, la capitale politique du pays. Pour cela, il y avait fait sortir de terre, la présidence locale de la République, la basilique Notre dame de la paix (un des édifices religieux catholiques les plus grands au monde), la Fondation Félix Houphouët-Boigny (construite pour abriter les différentes rencontres nationales et internationales, un hôpital général, une grande mosquée, de grandes voies futuristes à l’image de l’ambition, de grandes écoles spécialisées (à défaut d’une université) et de jolis quartiers résidentiels.

S’il était encore aux affaires, il aurait certainement achevé son rêve. Un rêve qui a été abandonné par son successeur Bédié et qui a repris vie sous Laurent Gbagbo, l’opposant historique d’Houphouët-Boigny. «Le Président Houphouët-Boigny a voulu laisser un témoignage de son attachement à la terre qui l’a vu naître, à son village natal et à la Côte d’Ivoire, mais aussi un témoignage des valeurs auxquelles il croyait: la foi, la paix, l’enseignement et la recherche. Nous héritons de ces choix. Nous devons les assumer car ils expriment une part de nous-mêmes. Mais il ne suffit pas de revendiquer un héritage, encore faut-il se rendre digne de l’héritage, en inscrivant l’œuvre de son prédécesseur dans le sens de l’histoire. Yamoussoukro est un projet de philosophie politique, un projet de civilisation. A Yamoussoukro, c’est l’Afrique réunie que nous voulons affirmer et célébrer, c’est la Côte d’Ivoire, terre d’accueil et de rencontres de tous les peuples…», a indiqué Laurent Gbagbo dans Jeune Afrique n° 2369 du 4 au 10 juin 2006, pour justifier sa volonté de poursuivre l’œuvre de celui qu’il a pourtant politiquement combattu pendant plusieurs années.

Il a fallu donc que Laurent Gbagbo vienne au pouvoir en 2000, soit 17 ans plus tard, pour voir un début de réalisation des infrastructures devant matérialiser ce rêve d’Houphouët. Cela, avec la construction effective des infrastructures devant matérialiser le transfert de la capitale politique d’Abidjan à Yamoussoukro. Pour cela, il avait envisagé la construction d’un nouveau palais présidentiel, la construction de l’Hôtel des députés dont le seul financement étranger provient de la Chine. La construction de l’Assemblée nationale, du Bloc administratif, la réhabilitation des autres édifices construits par Houphouët-Boigny (laissés en ruine et en léthargie sous Bédié), la réhabilitation des voiries, le réaménagement du réseau public d’eau, d’assainissement, d’électricité et de téléphone et le prolongement de l’autoroute du nord. Une structure spéciale a été mise en place pour piloter les travaux du transfert. Il s’agit du Programme spécial pour le transfert de la capitale à Yamoussoukro. Elle était dirigée par Alphonse Noufé. Il avait pour objectif de concrétiser le vœu d’Houphouët-Boigny jusqu’en 2013. Les sites pour abriter ces infrastructures ont été identifiés et les travaux avaient même connu un début de réalisation.

Les édifices qui devraient voir le jour avant 2013

Selon les engagements pris par le pouvoir Gbagbo, le transfert de la capitale politique d’Abidjan à Yamoussoukro devrait être une réalité avant 2013. Pour cela, un certain nombre d’édifices devraient voir le jour entre 2000 et 2013. Il s’agit notamment de l’Assemblée nationale et quarante autres bâtiments destinés à accueillir les ministères, la Cour suprême, la Cour constitutionnelle, un autre palais présidentiel (en dehors de celui construit par Houphouët-Boigny), un second siège de la radio et de la télévision nationale, un hôpital international et un centre olympique (dans le style du Stade de France, à Paris). Le budget total du projet s’élevait à 3.000 milliards de Fcfa. L’espace identifié pour construire ces édifices vaut au moins 6.000 hectares. «C’est comme si nous construisions une ville nouvelle», avait soutenu Alphonse Noufé en son temps. Nous sommes en 2017 et rien de tout cela n’est fait. Seul l’Hôtel des parlementaires (Hp), rebaptisé, depuis au moins deux ans, «HP Resort», a eu la chance d’être achevé avant le changement de régime de Gbagbo. Avec l’installation de Ouattara (qui se dit houphouétiste), au pouvoir d’Etat, après l’arrestation puis la déportation du Président Laurent Gbagbo au centre de détention de la Cpi, à Scheveningen, en Hollande, nombreux observateurs étaient très convaincus que celui-ci allait réaliser le rêve d’Houphouët-Boigny.

Quand l’opposant historique surprend tout le monde

Mais Ouattara et Bédié ont tourné le dos au rêve de leur ‘’mentor’’. Ils ont préféré se consacrer à leurs propres intérêts. Choisissant ainsi d’abandonner les chantiers initiés par Houphouët. Si Ouattara a décidé de se consacrer à ses affaires personnelles, Bédié lui, a choisi de produire un autre Yamoussoukro dans son village, à Daoukro. En y construisant un autre édifice de grande valeur, l’hôtel de la paix. Il va même rêver, lui aussi une autoroute devant relier Daoukro à Bouaké. Ce projet sera étouffé dans l’œuf avec le coup d’Etat du 24 décembre 1999, qui a porté le Général Robert Guéi au pouvoir. Ce qui est curieux dans tout ça, c’est que c’est celui à qui on pensait le moins, celui qui a farouchement combattu Houphouët-Boigny, qui a relevé ce défi. Il s’agit de Laurent Gbagbo.

Dès qu’il est arrivé au pouvoir en 2000, Laurent Gbagbo comprend qu’au lieu d’abandonner Yamoussoukro où d’énormes sommes d’argent ont déjà été englouties, il vaut mieux les poursuivre afin de concrétiser le transfert effectif de la capitale et de rendre utiles les fonds publics qu’elle a déjà consommés. «Je me suis toujours opposé à l’idée du président Houphouët d’ériger son village natal en capitale politique. Mais comme c’est déjà consommé, il faut courageusement s’engager dans la voie des réalisations déjà entreprises pour rendre le village utile afin d’éviter un gaspillage sans précédent des ressources de l’Etat», a expliqué celui qui était pourtant très opposé au transfert de la capitale dans le village natal du «Vieux». Ainsi, il entreprend les premiers travaux nécessaires pour le transfert des différentes institutions du pays. S’il commence simultanément les différents ouvrages à réaliser, l’Hôtel des Parlementaires d’une capacité de trois cents (300) chambres sort de terre en premier et fonctionne même depuis des années.

Les chantiers des palais de l’Assemblée nationale, de la présidence de la République et les sièges des autres institutions de la République, qui étaient prévus pour être achevés en un temps record, et qui forçaient l’admiration ont été plombés par la salle guerre qui a été imposée à Laurent Gbagbo 2 ans après son accession au pouvoir d’Etat en 2000. Les traces de ces édifices qui sortaient de terre y sont encore visibles. Même s’ils sont pratiquement envahis par la brousse. Signe de leur abandon par le successeur de Gbagbo. Et pour marquer sa volonté de faire de Yamoussoukro le centre des prises de décisions de l’Etat, il va régulièrement y séjourner. Yamoussoukro a plusieurs fois abrité les Conseils de ministres sous Gbagbo. Contrairement à Bédié et Ouattara. En campagne dans la région des Lacs, le 19 juin 2009, dans le cadre de l’élection présidentielle de 2010, le candidat Ouattara avait pourtant promis de s’installer dans la capitale politique, Yamoussoukro, une fois élu président de la République. Après son installation forcée au palais du Plateau, il a certes résidé à Yamoussoukro pendant un bref moment, mais ce n’était que de la poudre aux yeux. Puisque après son investiture, Ouattara y est très rarement retourné.

La trahison des héritiers

«L’Etat est une continuité», a-t-on coutume de dire. Mais en Côte d’Ivoire la notion de «L’Etat est une continuité», n’est pas une réalité avec le pouvoir Ouattara. Puisque les projets devant matérialiser le transfert effectif de la capitale politique d’Abidjan à Yamoussoukro ont tous été abandonnés depuis que Ouattara a été installé de force par la France de Sarkozy et ses alliés. Pour quelles raisons ? Silence radio à la présidence de la République ivoirienne. Bédié et Ouattara, deux grands houphouétistes devant l’Eternel, n’ont pas pu réaliser le rêve du «Vieux», celui du transfert effectif de la capitale politique à Yamoussoukro, son village natal. La preuve en est que tous les chantiers initiés par Gbagbo sont littéralement abandonnés. L’Assemblée nationale en construction juste en face de l’Hôte des parlementaires est presque perdue dans la brousse. Idem pour les autres ouvrages. Notamment le palais de la présidence, et les bâtiments devant abriter les institutions de la République. Nous sommes en 2017, soit plus de 6 ans après le 11 avril 2011 et la «la cité aux Caïmans» ne fait plus la fierté des habitants de la ville.

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Pourtant un avant le 11 avril 2011, la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire faisait fière allure. Mais aujourd’hui la réalité du terrain est tout autre. La réalité est que Yamoussoukro est à l’abandon. Yamoussoukro se meurt. La ville ne donne plus envie d’y vivre en un mot comme en mille. Surtout après que Ouattara et ses alliés du Pdci et de la ‘’communauté internationale’’ ont mis en place «un plan commun» pour enlever Laurent Gbagbo du pouvoir. Une situation qui amène des habitants à regretter le Woody de Mama. «Gbagbo n’est pas Baoulé. Il n’est pas de Yamoussoukro. Il n’est pas militant du Pdci. C’est lui qui ne voulait pas surtout que Houphouët-Boigny fasse de son village la capitale politique de la Côte d’Ivoire. Pourtant c’est lui qui nous a surpris en mettant en œuvre le rêve d’Houphouët. Bédié était là il n’a rien fait dans ce sens. Ouattara est venu et jusque là on ne voit rien venir. Vous comprenez qu’il est tout à fait légitime qu’on regrette Gbagbo !» A regretté Konan Koffi Nicaise, qui dit être natif de la région. «Je suis certain que si on ne lui avait pas fait la guerre et qu’il était encore là, Yamoussoukro ne serait pas à l’agonie», a-t-il ajouté.

«Parce que lorsque Bédié a abandonné Yamoussoukro au profit de Daoukro, c’est Gbagbo qui était en train de sauver la ville. La résidence des hôtes, le palais présidentiel, les infrastructures hôtelières, les lieux touristiques et bien d’autres bâtiments administratifs étaient tombés en ruines…», a poursuivi notre interlocuteur. «Ouattara a lui aussi déçu. Alors qu’il nous avait promis faire mieux que Gbagbo. Mais il est presqu’à la fin de son 2e mandat, et on ne voit rien venir à l’horizon. Mais avec l’arrivée de Gbagbo au pouvoir, on avait senti un début de changement et on sentait le transfert effectif de la capitale politique à Yamoussoukro. Parce que 2 ans après son arrivée au pouvoir, plusieurs œuvres sont sorties de terre. L’Hôtel des parlementaires, qu’il a construit en pleine guerre et qui fait aujourd’hui notre fierté, est isolé de la ville parce que le pouvoir Ouattara refuse de bitumer les voies qui mènent à cet hôtel, qui est même envahi par la broussaille où les bandits se cachent pour nous attaquer, même en pleine journée. C’est à cause de ça que les taxis refusent de venir ici…» A commenté Coulibaly Adama, un chauffeur de taxi communal.

Yamoussoukro malade de ses routes

En plus de l’abandon du projet du transfert dans les faits de la capitale politique à Yamoussoukro, on constate que les œuvres existantes le sont également. Puisque non seulement les bâtiments construits par Houphouët ne sont pas entretenus, mais les routes aussi sont à l’image de cette réalité. La situation est devenue intenable avec les fortes pluies de ces dernières semaines. Une fois dans la ville, le visiteur est tout de suite frappé par la grandeur et l’étendue des routes. Toutes choses qui expliquent qu’Houphouët-Boigny avait déjà projeté de bâtir une grande ville, une ville du futur. Cela se constate d’une part, par le tracé des voies, et d’autre part, par la grandeur des chaussées qui permettent une fluidité du trafic en toutes circonstances.

Selon nos recherches, le réseau routier de Yamoussoukro, construit dans les années 1975, était estimé à 470 km dont 220 km de routes bitumées. Malheureusement, depuis près deux décennies, l’entretien régulier de ces routes n’a pas suivi la densification progressive du trafic. Pourtant selon les spécialistes, une route bien faite selon les normes établies, doit résister entre 15 et 20 ans. Il y a donc plus de 20 ans que les routes de Yamoussoukro existent. Elles ont donc besoin d’un entretien régulier afin qu’elles survivent au temps. Malheureusement faute d’entretien, Yamoussoukro a mal à son réseau routier qui constituait toute une fierté pour les populations, les autorités locales et les visiteurs nationaux et internationaux. Aujourd’hui, la réalité est tout autre. Et le confort de circulation a quasiment disparu. Les rues et artères sont dans un piteux état.

La nationale A3 qui traverse la ville, à partir des corridors de Kpoussoussou en provenance d’Abidjan et de celui de Morofé, en direction de Bouaké, est elle aussi presqu’atteinte par la dégradation. A l’intérieur des quartiers, les larges voies de circulation sont truffées de crevasses. Une situation que les usagers et autres conducteurs dénoncent. «Quand on voit nos routes, c’est là qu’on sent qu’Houphouët est vraiment mort !» Commente un chauffeur de taxi. «Yamoussoukro est abandonnée et se dégrade chaque jour, aux yeux de tous. Cette situation n’est pas normale car il s’agit du village du président Houphouët-Boigny, père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne. Je compte sur vous les journalistes, pour que cela soit su parce que la mairie que je dirige n’a pas suffisamment de ressources propres pour s’en occuper. Aidez-nous à faire entendre notre voix au plus haut niveau», avait plaidé le maire Gnrangbé Jean, en août 2017, lors d’une rencontre avec les agents de Fraternité Matin. «Le projet du transfert de la capitale politique à Yamoussoukro ne concerne le District de Yamoussoukro. Nous n’avons donc rien à voir avec ça. Il faut vous adresser à la présidence de la République qui pourra vous dire pourquoi le projet est abandonné. Sinon nous n’avons pas d’explication à vous donner», a expliqué le chargé de communication du District autonome de Yamoussoukro, joint au téléphone, à l’occasion du congrès-colloque de l’Olped à l’Hôtel des parlementaires rebaptisé «HP Resort».

F. B

Source: letempsinfos.com

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