Zizanie au sommet de l’État: Entre attaques djihadistes et coups d’état présumés! Comment Hamed Bakayoko manipule Ouattara

Arrestation programmée des colonels Chérif Ousmane et Ouattara Morou.

Depuis l’attaque sanglante de Kafolo contre la position avancée des Forces de Défense et de Sécurité dans la région du Tchologo, c’est la paranoïa au sommet de l’État. Pendant que certains cherchent à en tirer profit pour solder des comptes politiques personnels au niveau local, d’autres, notamment le Président de la République, vivent dans la crainte que cet évènement ne conduise à un changement violent de régime.

Ainsi, et tous ses collaborateurs l’auront remarqué, le Président de la République quitte rarement son domicile de la Riviera Golf pour aller travailler à son bureau au Plateau. Quand il s’y rend, il dépasse rarement la vingtaine de minutes de présence. Appréhendant d’être mis sur écoute ou que les communications de ses collaborateurs soient interceptées, il leur a tous demandés de changer de numéro de téléphone portable. Il a également demandé à son Ministre de la Défense d’être particulièrement attentif à l’humeur de la troupe et de surveiller étroitement les éléments contestataires ou séditieux.

Hamed Bakayoko, qui n’en demandait pas tant, a aussitôt déployé un vaste programme d’espionnage et de manipulation. Et c’est bien là l’erreur commise par le Président Alassane Ouattara, qui s’est rapidement trouvé pris dans l’engrenage de la complotite que son Ministre de la Défense lui sert à profusion. Depuis sa prise de pouvoir en 2011, en effet, il ne se passe pas de trimestre sans que son truculent ministre ne vienne lui annoncer avec fierté avoir déjoué un coup d’État savamment préparé par des ennemis imaginaires.

Chris Yapi a souvent entendu des interlocuteurs et observateurs étrangers se poser la lancinante question : « Mais, par quoi donc Hamed Bakayoko tient-il le Président Ouattara ? » Certains sont allés jusqu’à établir un parallèle avec le Président Ali Bongo Ondimba du Gabon du temps où celui-ci était mené par la barbichette par son tout-puissant Directeur de cabinet de l’époque, Maixent Accrombessi, laissant les Gabonais hébétés.

En Côte d’Ivoire, ce n’est certainement pas par le vaudou que le ministre exerçait son influence, comme l’affirmaient les Gabonais pour le cas d’Ali Bongo Ondimba, mais bien par le délire paranoïaque qu’Hamed Bakayoko a su créer et entretenir.

Le Président Ouattara a longtemps vécu dans la terreur qu’un coup d’État militaire ne le chasse du pouvoir, comme ce fut le cas pour ses prédécesseurs les présidents Bédié et Gbagbo. Pour s’en prémunir, il s’est littéralement livré à la sagacité de son Ministre de la Défense, qui a bien compris que pour qu’il continue à exister, il lui faut inventer des complots à la chaîne.

Pour ce faire, n’en doutez pas, Hamed Bakayoko a un talent certain et de l’énergie à revendre. Il appuie donc à fond la pédale de l’épouvante, en se servant de tous les instruments de l’État à sa disposition.

À tous les militaires qui encore l’ignorent, Chris Yapi certifie que la plupart des officiers supérieurs sont sur écoute, à commencer par les ex-chefs de guerre. Souvent, devant son petit auditoire de beuveries, le Ministre de la Défense s’amuse à faire écouter à ses amis les écoutes de militaires qui se laissent aller à des amourettes. Ils sont sur écoute et pour cause !  Hamed Bakayoko a réussi à incruster dans le cerveau du Président Ouattara qu’il fallait se méfier particulièrement des ex-chefs de guerre et de leur ancien leader Guillaume Soro et il veille soigneusement à ce que le Chef de l’État ne l’oublie jamais.

Les officiers issus des ex-Forces nouvelles, ainsi que certains de leurs soldats sont considérés comme des meneurs ou des leaders. C’est le cas de Koné Dramane dit Dramane Bah. Ce dernier emprisonné depuis janvier 2019, est défini comme un soldat dangereux, mais courageux et écouté par ses frères d’armes. Autre point qui le rend suspect : il est parenté à Guillaume Soro.

En effet, Sénoufo comme ce dernier, il est également père d’un enfant avec la belle-sœur de M. Soro. Et cet enfant a été baptisé : Koné Kigbafori. Évidemment, aux yeux d’Hamed Bakayoko cela vaut crime.

Ainsi, Hamed Bakayoko a truffé de micros la cellule de Dramane Bah, espérant enregistrer une conversation suspecte de ce dernier qu’il pourrait présenter au Président Alassane Ouattara comme la preuve d’une collusion entre Guillaume Soro et ledit prisonnier. En plus des micros, le Ministre de la Défense envoie des jeunes soldats auprès de Dramane Bah pour bavarder avec lui et s’attirer sa sympathie. Ils se disent révoltés par ce qui lui arrive, ainsi que par le mauvais traitement et les injustices qui sont faits à Guillaume Soro, dans le but de pousser Dramane Bah, affaibli et malade, à faire des confidences, qui seraient ensuite utilisées comme des preuves que l’ancien Premier ministre manipule les militaires pour faire un coup d’État. Toujours cette obsession du coup d’État.

D’ailleurs, depuis le 23 décembre 2019, ils n’ont pas pu encore établir qu’il y avait un projet de subversion en cours. Mais, Hamed Bakayoko n’en démord pas. Il lui faut absolument un nouveau complot à faire mousser devant le Président Ouattara et sa nouvelle mission est toute trouvée : prouver au Président Ouattara que Guillaume Soro et Moustapha Chafi, bien connu du Président de la République, sont derrière l’attaque terroriste de Kafolo. Le Ministre de la Défense, au temps où il se tenait coi devant la puissance institutionnelle et diplomatique de Guillaume Soro, se murmurait intérieurement que l’association Soro-Chafi n’était que danger ! Son rêve était de disloquer cette paire.

Pendant six ans, de manière quasi obsessionnelle, il a essayé par tous les moyens de les incriminer, sans succès. C’est ce dernier point qui, frise la névrose, qui fait tristement sourire.

En effet, en plus de chercher à prouver que Guillaume Soro depuis son exil en France et M. Chafi depuis le Qatar où il réside désormais, veulent faire un coup d’État, le régime veut absolument trouver un indice qui permettrait d’affirmer qu’ils ont un lien avec cet attentat meurtrier. Vous vous souviendrez que le journal « Le Patriote » dont le propriétaire n’est autre qu’un certain Hamed Bakayoko n’a eu de cesse de titrer sur MM. Soro et Chafi comme des djihadistes, afin de préparer le peuple ivoirien à avaler la future couleuvre.

Tout l’entourage du Président Ouattara sait qu’Hamed Bakayoko est un menteur doublé d’un manipulateur. Ce sont ses manigances qui ont souvent conduit le Président Ouattara à commettre des erreurs. Hambak veut le pouvoir et tout le pouvoir. Tout le monde sait désormais qu’il a tenté de transformer la maladie du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly en opportunité politique pour lui-même. C’est-à-dire devenir le candidat du RHDP à la présidentielle d’octobre 2020. L’histoire nous enseigne qu’un tel arriviste ne peut que devenir un Brutus. Sauf la providence, Hamed Bakayoko finira par déposer le Président Alassane Ouattara à la Bourguiba. Le temps nous dira.

Pour l’heure, deux événements vont donner au Ministre l’occasion de mettre en lumière ses talents de manipulateur :

1. L’arrestation du leader de l’attaque de Kafolo

La traque des services de renseignement combinés a permis de diriger les pistes des enquêteurs vers un certain Sidibé Issa, nous apprend-on au ministère de la Défense. La prudence sied ici, car le Ministre Bakayoko nous a habitué aux canulars. Ce dernier a été arrêté dans la ville de Hiré, où selon les services, il se faisait passer pour un mendiant, alors qu’en réalité ce serait lui qui coordonnait les attaques à Kafolo.

2. L’arrestation d’un jeune soldat à Akouédo

Dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 juin 2020, une coupure générale d’électricité a jeté un vent de panique sur le camp d’Akouédo. Aussitôt, les forces mobilisées vont se déployer croyant à une attaque. Dans la battue qui va s’opérer, un jeune sergent, Ouattara Aboulaye, sera reconnu comme auteur de cette coupure et mis aux arrêts.

L’arrestation du chef djihadiste qui se trouvait toujours encore en Côte d’Ivoire, alors que tout le monde pensait qu’il avait fui et l’interpellation d’un soldat arrêté avec la suspicion qu’il voulait s’emparer d’armes pour déclencher un coup d’État avec certains de ses amis, a créé une surchauffe dans le cerveau du Ministre de la Défense. Pour lui, une coupure d’électricité ne peut en aucun cas être fortuite. Ça ne pouvait qu’être le début du coup d’État qu’il avait toujours redouté.

Alors, dès qu’il en fut informé, il s’est précipité au nouveau camp d’Akouédo, le samedi 20 juin pour tenir un discours belliqueux sur les terroristes, leurs complices et malicieusement sur les hommes politiques qui les soutiennent. Cela avant même que les enquêtes aient débuté.

À partir de ces deux évènements, Hamed Bakayoko va essayer de bâtir une théorie du complot dans laquelle Guillaume Soro doit forcément jouer un rôle par le truchement des ex-chefs de guerre. Chris Yapi avait prévenu il y a quelques mois dans une enquête, que tous les ex-commandants de zone seraient mis aux arrêts, les uns après les autres. Le moment est venu pour Hamed Bakayoko d’exécuter ce schéma longtemps conçu, mais dont l’opportunité tardait à se présenter. Les ex-Com’zones qui sont actuellement visés sont le Colonel-major Chérif Ousmane et le Colonel Ouattara Morou, tous deux supposés avoir servi loyalement Guillaume Soro.

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